CHAPITRE XV
Relation de ce qui arriva à la thèse de Sorbonique de M. Hermant.
M. Hermant, chanoine de Beauvais, achevait alors sa licence, dont il soutint les trois actes sur la fin de cette année, parce que la qualité de prieur de Sorbonne et divers emplois qu'il avait eus l'année précédente pour la défense de l'Université et de l'Église, ne lui avaient pas donné le temps de partager ses exercices en deux années, selon l'usage ordinaire des personnes qui sont sur les bancs.
La liaison très étroite qu'il avait dès lors avec plusieurs des plus illustres prélats du clergé de France, qui l'honoraient de leur amitié, l'obligea de se rendre au conseil que lui donnèrent quelques-uns de ses amis de dédier sa Sorbonique à l'Assemblée générale qui se tenait alors à Paris.
Le concours extraordinaire d'archevêques et d'évèques qui honorèrent son acte de leur présence fit assez voir combien la liberté qu'il avait prise de le leur dédier leur avait été agréable; car il s'y en trouva un très grand nombre vers le midi, et vingt-huit ou trente vers le soir. Sa thèse n'était composée que de passages des saints Pères qui formaient comme un centon et un tissu continuel, à la réserve d'un endroit, dans lequel il condamnait les principaux excès du relâchement des casuisles modernes. «C'est, disait-il, de l'école de cette trompeuse indulgence que vient la publication qui s'est laite de ces propositions : que l'acte intérieur de l'amour de Dieu n'est que de conseil, et non de précepte; que l'on satisfait à l'amour de Dieu quand on ne le hait point; qu'il est permis d'acheter un bénéfice à prix d'argent, pourvu que ce ne soit point par manière de récompense égale à la chose. Qu'un homme qui jure le nom de Dieu pour autoriser un mensonge léger est plus coupable d'irrévérence qu'il ne commet véritablement un crime; que celui qui jure par la tète, par le ventre, etc., se laissant emporter de colère contre les hommes et non contre Dieu,