CHAPITRE XX
Arrêt du Parlement de Paris sur les conclusions de M. Talon, avocat général, contre ce décret dé l'Inquisition.
On ne voyait rien dans cet écrit qui fût ni contre la foi, ni contre les droits du royaume. Néanmoins l'intrigue des Jésuites et de leurs partisans était si grande qu'ils eurent le crédit de le faire condamner par une sentence de M. le prévôt de Paris, comme contraire à ce décret^ et celte procédure si avantageuse apparemment à leur cabale, était comme le comble de leur triomphe.
Mais leur joie fut bientôt diminuée par un événement inopiné. Car les personnes qui veillaient pour la conservation de l'autorité royale, voyant que sous prétexte de favoriser la passion des Jésuites, on travaillait, sans y penser, à établir en France le tribunal de l'Inquisition, se réveillèrent lorsqu'on y pensait le moins. M. Mole, premier président, et MM. les gens du roi furent mandés par l'ordre du roi et de la reine régente, sa mère, qui devaient partir le lendemain pour la Picardie. Le Parlement avait déjà pris connaissance de cette affaire, sur la plainte aue M. Broussel*, conseiller de la grande chambre en avait faite, et on avait conclu que les gens du roi seraient mandés pour leur dire qu'ils eussent à s'informer de ce fait, et aussi de ce que le lieutenant civil avait fait en cette occasion sans en donner part à la cour. Mais M. le premier président, qui croyait n'avoir à faire qu'un simple compliment, étant allé avec la compagnie au Palais Royal, fut surpris lorsque M. le chancelier leur dit : qu'il avait deux choses à leur dire de la part du roi, dont la première concernait les remontrances qu'ils avaient résolu de faire pour le regard du tarif et de quelques autres impositions; l'autre regardait la délibération qui avait été faite ce matin-là même sur la publication du décret du pape contre de nouvelles doctrines; que le roi et l'État avaient en cela beaucoup d'avantage, voyant le nonce de Sa Sainteté présenter une
1. Pierre Broussel est le conseiller dont l'arrestation amena en 1648 la première émeute de la Fronde.
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requête pour faire publier un décret doctrinal. M. le premier président, touchant le premier point, dit : qu'il n'y avait eu aucune résolution à faire des remontrances; mais que pour l'autre point, la compagnie avait trouvé que l'autorité du roi et la liberté du royaume avaient été trop blessées, en ce que l'on voyait le nonce établir une juridiction en ce royaume, chose qui n'avait jamais été soufferte. Sur cela M. le chancelier l'interrompit par trois fois, et autant de fois, M. le premier président lui dit : « Monsieur, ayant l'honneur de parler au roi, c'est à Sa Majesté de m'imposer silence, et non à vous. Ce n'est point à vous que je parle. C'est porter peu de respect à la présence du roi qui m'écoute. » Après cela il s'étendit sur ce qui avait été résolu dans les deux assemblées de notables, que les nonces n'avaient point d'autre qualité en France que celle de simples ambassadeurs, et non de juges. Et sur ce que M. le chancelier disait qu'il y avait un arrêt du conseil pour permettre au nonce ce qu'il avait fait; M. le premier président répliqua que la chose était bien plus mauvaise, puisque le sceau autorisait un acte si préjudiciable au droit durci et à nos libertés. Comme l'affaire s'échauffait, et que M. le chancelier n'avait pas tout l'applaudissement qu'il pouvait désirer, la reine se leva, et leur dit : « Messieurs, l'on avisera à mettre ordre à cette affaire. » M. le cardinal Mazarin, qui était alors dans la chambre, mais non proche du roi, s'approcha de Sa Majesté, après avoir ouï cette contestation. Et sur ce que l'on remarqua que M. le nonce met dans son acte qu'il est envoyé vers le roi et le royaume, M. l'avocat général Talon' (hors néanmoins la présence du roi) dit que cela n'était pas à propos en France, mais bien en Pologne, où le roi est distingué du royaume. M. le cardinal Mazarin tomba dans ce sens, et dit qu'il fallait parler autrement en France. M, Talon dit à M. le chancelier, en présence du cardinal : « Voulez-vous, Monsieur, soutenir que le nonce a juridiction en France, et qu'il puisse faire de tels décrets? » M. le chancelier lui dit que non, et que cela ne valait rien; et M. le cardinal, y ayant condescendu, ils se séparèrent.
Le lendemain, dixième jour de mai, MM. les gens du roi,