‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 327 sur 522 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

qu'il possédait dès lors très parfaitement, lui attirait l'applaudissément des grands et la vénération des petits. Sa manière n'était pas cette vaine affectation de paroles qui ne servent qu'à flatter agréablement l'oreille et qui ne pénètrent jamais jusqu'au fond de l'flme. 11 parlait au cœur de Jérusalem, et faisait entrer les plus importantes vérités de la religion et de la morale chrétienne jusqu'au fond des entrailles.

Les Jésuites, qui n'ont jamais souffert à personne d'avoir du mérite et de la réputation impunément, à moins que d'être tout à fait à eux, ne pouvaient souffrir l'éclat de cet orateur chrétien qui effaçait les plus habiles prédicateurs de leur compagnie. Ils avaient tâché de le décrier dans tous les lieux où il avait prêché, à l'Oratoire, à Saint-Eustache, à la Sainte-Chapelle, à Notre-Dame de Paris, à Saint-Andrédes-Arts, à Saint-Gervais. A peine avail-il commencé à ouvrir la bouche dans Paris que les Jésuites commencèrent à le persécuter et à le noircir de médisances et de calomnies. Dès l'année 1642 ou 1643, M. de Noyers, qui leur était entièrement dévoué, parla de lui au roi comme d'une personne qui commençait à prêcher la nouvelle doctrine de Jansénius, qu'il qualifiait d'hérétique; et sur cette plainte Sa Majesté obligea M. l'archevêque de Paris de s'en informer exactement et de lui en faire le rapport. Le P. Dorron*, qui était alors supérieur [de la maison de Paris]* de l'Oratoire, ayant eu ordre d'amener avec lui ce prédicateur, chez M. l'archevêque de Paris, le P. Des Mares fut fort surpris de se voir sitôt en butte à l'animosité des Jésuites ; mais il lui fut fort aisé de se défendre, et M. de Paris, se témoignant fort satisfait de ce qu'il lui offrit de faire voir que tout ce qu'il disait était ce que les Jésuites eux-mêmes enseignaient, à la réserve des moliiiistes, promit d'aller trouver le roi dès le lendemain pour le justifier de toutes les calomnies qu'on lui avait imposées. Mais la maladie de Sa Majesté étant notablement augmentée, il ne fut pins en état d'entendre cet éclaircissement. Ainsi l'affaire en de-

1. Charles Dorron, supérieur de la maison de Paris, mort en 1666.

2. Cette additioa, qui est nécessaire, est empruntée à Batterel, dont les Mémoires domestiques, composés en grande partie d'après Hermaut, viennent d'être imprimés.

meura là, et cette première persécution n'eut pas de suite.

Depuis ce temps-là les Jésuites n'avaient point cessé de lui imposer d'avoir prêché des propositions erronées et scandaleuses, comme entre autres qu'on ne pouvait, sans péché mortel, assister à la messe en état de péché mortel, et quoiqu'il eût plusieurs fois exposé ses véritables sentiments par une explication toute contraire à cette erreur qu'on lui imputait et qu'il en eût éclairci son auditoire à Saint-Eustache, à Notre-Dame et à Saint-Paul, néanmoins ils n'ont jamais cessé de tâcher de le persuader aux peuples.

S'ils ne l'épargnaient point dans la ville, où le grand nombre de ses auditeurs pouvait aisément détruire la calomnie, il ne faut pas s'étonner qu'ils entreprissent de le faire passer dans les provinces pour un détestable hérétique, pour le décrier dans l'esprit de ceux qui ne le connaissaient que sur leur rapport. Le P. Maurice, carme déchaussé, étant un jour à Liancourt pour consoler M. de Liancourt ' de la mort de M. de La Hocheguyon son fils*, le P. Des Mares vit des effets de l'impression que fait naturellement la calomnie sur les esprits pour les prévenir de sentiments désavantageux à la réputation du prochain; car le compagnon de ce religieux, qui était prêtre, lui dit en pleine table qu'il n'avait pas cru jusqu'alors que ses sentiments sur la religion fussent aussi sains et aussi droits qu'il les remarquait par son entretien, parce que les Pères jésuites de Nevers avaient dit à leurs Pères qu'il était un hérétique arien, et qu'il ne croyait pas la divinité de N. S. J.-C. Voilà jusqu'où la passion fait aller la calomnie.

En l'an 1647, comme il prêchait en la chapelle du Petit Bourbon, le jour des Trépassés, il dit qu'il ne fallait pas s'imaginer que les riches pour lesquels on faisait dire en un jour des mille messes après leur mort fussent plutôt pour cela délivrés de leurs peines que les pauvres vraiment chrétiens, qui ont part à ce sacrifice, encore qu'on n'y songe point, parce que le soulagement que les morts en

i. Roger du Plessys, duc de la Rocheguyou, marquis de Liancourt (1598-1678), et sa femme Jeanne de Schomberg étaient de fidèles amis de P. R.; ils recueillirent à diverses reprises les solitaires persécutés

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