CHAPITRE XXVU
Nouvelles délibérations des chapitres des Carmes déchaussés et des Feuillants contre Jansénius. Liste de plusieurs écrits publiés en France sur cette matière et sur celle de la pénitence.
Nous avons déjà remarqué ce que les Carmes déchaussés avaient fait en 1646 dans leur chapitre provincial de Charenlon. Us y en tinrent encore un en cette année 1649, et conformément à leurs délibérations précédentes, ils défendirent à tous leurs religieux, tant supérieurs qu'inférieurs, de soutenir, enseigner ou approuver la doctrine de Cornélius Jansénius, évêque d'Ypres, qu'ils disaient causer de grands troubles dans l'Eglise, comme entre autres choses que J.-C. n'est pas mort pour tous les hommes, que les actions des infidèles sont des péchés; que Dieu ne veut pas que tous les hommes soient sauvés, et autres semblables, et ils ordonnèrent que les lecteurs, prédicateurs ou confesseurs qui contreviendraient à ce règlement seraient déposés de leurs offices, et que les autres seraient punis comme le défînitoire provincial le jugerait à propos. Us eurent soin de marquer dans l'acte de leur délibération que de trentecinq suffrages de leur assemblée, il y en avait eu trente-deux pour ce règlement.
Les Feuillants, qui tenaient aussi en la même année leur chapitre général dans le monastère de la Celle, ordonnèrent que dès que leur procureur général serait arrivé à Rome, il enverrait en diligence à tous les monastères de la congrégation les bulles d'Urbain VIII et d'Innocent X contre
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Jansénius, afin de les faire publier et observer par tout le monde.
11 y fut aussi défendu à tous les frères de la congrégation d'enseigner, de prêcher ou de soutenir la doctrine de Jansénius, nouvellement introduite, ou de quelques autres semblables auteurs, qui peut être une occasion de trouble et de querelle.
Cependant le P. Sirmond, qui tâchait toujours de fouiller dans l'antiquité pour soutenir la cause de ses confrères, fit imprimer cette année un recueil de sentences de saint Augustin touchant la prédestination et la grâce, qu'il croyait être ancien de plus de huit siècles, et une lettre d'Amalon, archevêque de Lyon à Gothescalc avec la réponse de ce moine bénédictin* et afin qu'elle fût connue de plus de personnes, le P. Girard, jésuite, prit le soin de la traduire en notre langue. Et vers ce même temps, le P. Petau publia sa première dissertation touchant l'interprétation du concile de Trente et la doctrine de saint Augustin,
Un autre écrivain qui était alors assez peu connu pensa avoir assez d'autorité pour imposer silence à tous les autres et prononcer des oracles sous le nom de saint Augustin en les confirmant par l'autorité de saint Grégoire pape et de saint Bernard. C'était le P. François de saint Augustin de Macedo, de l'ordre des frères mineurs, de l'Observance de la province de Portugal, qui se disait « maître es arts et professeur en théologie et prédicateur ordinaire du Roy très chrétien et de la Reine régente, «On peut remarquer un petit échantillon de son esprit par l'éloge de saint Augustin qui se lit au commencement de son livre et dont voici les premières paroles : « Divo divino, Aurelio aureolo, Augustino augusto.,,* >) Il y avait dans ce long éloge des pensées assez bizarres, et on ne comprenait pas trop bien quel avantage il trouvait pour saint Augustin de l'appeler un monstre d'Afrique; mais ses hyperboles allaient jusqu'à dire qu'il
1. On lit ici en marge du ms. mais non de la main d'Hermant : « Voir cette lettre dans M. Mauguin, Marquer l'avantage qu'on en peut tirer pour la doctrine, quoiqu'il paraisse mal informé touchant la personne de Gothescalc. »
2. Ici se trouvent au ms, quelques citations du latin grotesque du P. Macedo. 11 faut renoncer à les transcrire d'après Hermant, et de longues recherches n'ont pu faire rencontrer l'opuscule imprimé.
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était probable que saint Augustin avait vu Dieu clairement en cette vie... Mais il était agréable quand il finissait cet éloge en appelant saint Augustin son mignon et son petit cœur.
Cet homme se vantait d'avoir lu saint Augustin pendant dix ans et de n'avoir jamais lu Jansénius, et il croyait que cette considération, jointe à celle de son grand mérite dont il était fort prévenu, devait faire recevoir son livre comme un oracle. Mais il s'applaudissait à lui-même et en voulant réunir les deux partis il fut négligé de tout le monde'.
Il parut encore en la même année un livre intitulé : Saint Prosper disciple de saint Augustin. De la vocation des Gentils j où la doctrine catholique de la liberté et de la grâce est déclarée contre les erreurs des hérétiques et de ceux qui favorisent leur parti. La préface de cet ouvrage était pleine d'injures et de calomnies, et l'auteur, qui se forgeait des monstres et des fantômes pour les combattre, faisait d'inutiles efforts pour prouver le libre arbitre, que personne ne lui niait, et ne travaillait que pour faire voir que les sectateurs de Molina sont de parfaits imitateurs des Pélagiens, puisqu'ils reprochent aux disciples de saint Augustin ce que les anciens hérétiques imposaient à saint Augustin même. Il y avait aussi quelques réflexions de l'auteur à la fin de ce traité. Mais on lui montra solidement l'année suivante qu'il était mauvais critique, et que le livre de la vocation des Gentite n'a jamais été de saint Prosper.
1. Tout ce passage, depuis: Un autre écrivain, transcrit sur ce qu'Hermaut appelait un petit papier, a été omis par le copiste, peut-être à cause d'un renvoi « au livre de Macedo, dont la doctrine n'est pas mauvaise, ce qu'il faut marquer, » disait l'auteur du renvoi.