‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 37 sur 522 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Histoire du Chapelet secret du Saint-Sacrement.

Comme si ces afflictions secrètes et domestiques n'eussent pas encore été suffisantes pour exercer la patience de la Mère Angélique et de ses filles, il s'éleva encore un orage du deliors, qui ne s'étant formé que par une occasion assez légère, mit le monastère du Saint-Sacrement à deux doigts de sa ruine dès son établissement.

Dès l'année 1627, M. l'évèque de Langres, étant tout occupé de la dévotion du Saint-Sacrement qu'il avait dessein d'accroitre par ce nouvel institut, fit entrer dans son zèle quelques personnes d'une piété éminente comme M. l'archevêque de Sens, le P. de Condren*, le P. Séguenot' et plusieurs autres de l'Oratoire, qui prenaient alors beaucoup de part à la direction du monastère de Porl-Royal, et il communiqua aussi cette pensée à la Mère Marie-Angélique et à la Mère Catherine-Agnès de Saint-Paul.

Comme toutes ces personnes ne pensaient qu'à honorer le Saint-Sacrement par un titre particulier, sa dévotion était leur plus ordinaire entretien, aussi bien que la matière continuelle de leurs méditations. Quoique la mère Geneviève de Saint-Augustin ne fût alors qu'une jeune religieuse, néanmoins elle était déjà en très grande réputation, et l'on faisait beaucoup d'état de ses lumières intérieures. Cette fille disant un jour un petit chapelet qui contenait ces mots : Jésus, Amour, Miséricorde, il lui vint en pensée de les changer en ces autres : 1" Adoration à J.-C. au Très Saint- Sacrement; 2° Honneur à J.-C. au Très Saint-Sacrement; 3° Gloire à J.-C. au Très Saint-Sacrement. La Mère Agnès, ayant eu part en cette dévotion par la communication qu'elle lui en fit, la goûta fort et la porta à la pratiquer; et dans le dessein qu'elle eut de l'augmenter, elle y ajouta d'autres paroles jusqu'à seize, par la considération des seize siècles

1. Charles de Condren, second général de l'Oratoire (1588-1641).

2. Claude Séguenot (1596-1676) ; d'abord avocat, il entra à l'Oratoire en 1624. Sa traduction du livre de saint Augustin sur la sainte Virginité le fit emprisonner en même temps que l'abbé de Saint-Cyran.

qu'il y a que le Saint-Sacrement a été institué, avec une oraison à la fin. Ce Chapelet ayant été imprimé en une feuille par l'ordre de M. de Langres, personne n'y trouva à redire *. Ce n'est pas celui dont on a tant parlé dans la suite, mais il peut bien y avoir donné occasion, car ce fut dans ce même temps que le P. de Condren, depuis général d« l'Oratoire, entretenant sur ce sujet la Mère Catherine-Agnès de Saint-Paul, et voulant savoir ses dispositions, parce qu'elle prenait direction de lui, elle lui dit avec simplicité qu'elle se tenait devant J.-C. au Saint-Sacrement dans une disposition d'anéantissement et d'abaissement qui se pouvait exprimer par quelques autres attributs; elle eut quelque difficulté à s'expliquer davantage, quoiqu'il l'en pressât; mais comme il usa de toute son autorité pour le lui ordonner, elle crut qu'il lui serait plus aisé de s'expliquer par écrit, et il l'y obligea, de sorte qu'elle écrivit ce qui s'appela depuis le Chapelet secret du Saint-Sacrement, composé de seize attributs, avec une petite application* de ces attributs en particulier. Et elle le fit avec une si grande facilité;, et avec si peu d'effort d'esprit, qu'elle a dit depuis, et l'a même écrit, qu'elle ne pouvait pas s'en rien attribuer à elle-même, parce qu'il lui semblait qu'elle n'avait prêté que sa main, et qu'un autre esprit que le sien lui dictait ce qu'elle écrivait presque sans réflexion, de sorte qu'il fallait que ce fût, ou l'esprit de Vérité, ou l'esprit d'illusion qui l'ait conduite en cela, et qu'elle-même n'y avait aucune part.

Ayant mis ce petit écrit entre les mains du P. de Condren, il l'approuva avec éloge, aussi bien que MMs'» de Sens et de Langres à qui il en fît part, et Mk' de Sens particulièrement témoigna en être ravi. On le nomma le Chapelet secret, pour le distinguer du premier qui était devenu public par l'impression, et en effet il demeura fort secret depuis l'année 1627 jusqu'en l'année 1633. Il n'y eut dans tout ce tempslà qu'environ huit personnes du dehors qui en eurent la connaissance, et qui étaient celles qui travaillaient à l'établissement de l'ordre du Saint Sacrement, savoir : les deux

1. Tout ce passage, depuis Cette fille, est barré au nos. ; il est bon à conserver.

2. Le ms. porte explication, mais peut-ôtre faut-il préférer l'autre mot qui se rencontre également dans la copie conservée à l'Arsenal.

Page 1