‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 4 sur 522 · INTRODUCTION IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION IX

lontiers « sur les choses qui regardaient la conscience et la morale. »

f^aborieiix an suprême degré, Hermant a laissé de nombreux travaux dont Baillet donne la nomenclature très exacte. Chose curieuse, après avoir énuméré les vingtquatre ouvrages, anonymes ou non, qui parurent du vivant de son héros, le savant biographe fait mention de ses « ouvrages non imprimés. » Il cite jusqu'à ses moindres opuscules, jusqu'à ses lettres, et il ne dit absolument rien des cinq énormes in-folio dont les autographes sont à la Bibliothèque nationale. Cette omission est volontaire, et elle témoigne des appréhensions que l'on avait, au commencement duxvii<= siècle (Baillet mourut en 170G), relativement à ces précieux manuscrits. En signaler l'existence, c'était les exposer à une destruction certaine; les Jésuites et la police de Louis XIV, qui était toute à leur discrétion, n'auraient pas manqué de faire saisir et de brûler une histoire si sévère pour eux. Aussi cacha-t-on soigneusement les Mémoires de Godefroi Hermant, comme l'on cachait alors V Histoire de Port-Royal, de Racine, et les importants Mémoires de Lancelot, de Du Fossé, de Fontaine et de bien d'autres. Ces derniers sortirent de l'obscurité après 1730, parce qu'on put les imprimer à l'étranger; les Mémoires d'Hermant furent conservés avec un soin jaloux dans les bibliothèques particulières, puis dans la riche bibliothèque des Bénédictins de Saint-GéVnîain-des-Prés où se dissimulaient alors, attendant des jllars meilleurs, le manuscrit autographe des Pensées de Pascal et une infinité de documents relatifs à l'histoire de Port-Royal, C'est de là que la Révolution l'a fait passer, avec tout le fonds Saint-Germain, sur les rayons de la Bibliothèque nationale.

Ainsi, durant tout le xviiïc siècle, les Mémoires de Godefroi Hermant n'ont pas été connus du public; et pourtant les amis du savant chanoine considéraient cette histoire ecclésiastique comme une œuvre de haute valeur. Au lendemain même de la mort d'Hermant, peut-être auparavant, il s'en était fait plusieurs copies, et quelques-unes d'entre elles portent les traces d'une revision très attentive en vue d'une publication plus ou moins prochaine. Quelques fragments de ces copies se trouvent aujourd'hui à la bibliothèque de la Sorbonne, à l'Arsenal où à la bibliothèque

X INTRODUCTtON

de Saint-Pétersbourg; d'autres sont conservés chez des particuliers. Parmi ces dernières il en est une qui mérite une mention spéciale; elle a été faite à Port-Royal même, parles soins d'une religieuse de ce monastère, la mère Elisabeth de Sainte-Agnès Le Féron, et les doctes Messieurs l'ont revue et corrigée avec un soin minutieux. Malheureusement on n'en possède qu'un volume, celui qui a trait aux événements de 1662, et quant aux autres copies, elles ont toutes été faites, à ce qu'il semble, par des scribes ignorants.

C'est pour toutes ces raisons que les Mémoires d'Hermant, connus sans doute de quelques savants, n'ont pas été consultés aussi souvent qu'ils auraient dû l'être. Les copies incomplètes sont dispersées ici ou là : deux volumes à la Sorbonne, trois à l'Arsenal, six ailleurs; et quant au manuscrit autographe, conservé ;\ la Bibliothèque nationale sous les jjos 17725-17729 du fonds français, il se défend contre la curiosité des lecteurs par sa compacité même et par la difficulté qu'on éprouve à déchifi"rer un texte dont la lecture est souvent très malaisée. Si intéressante, si utile que m'ait semblé depuis trente ans déjà la publication de ces Mémoires, j'avouerai que je ne l'aurais jamais entreprise si je n'avais entre les mains, en sept volumes petit in folio, la meilleure et la plus complète de toutes les copies qui en ont été faites. Exécutée aux environs de 1700 par un véritable calligraphe, elle est d'yVe lecture très facile, avec des divisions très nettes en livres et en chapitres, et chacun de ses tomes est accompagné d'une table des matières qui facilite singulièrement les recherches. Cette copie est fidèle, sauf quand le malheureux scribe avait à transcrire du latin, de l'espagnol ou du grec; elle présente néanmoins, si l'on veut la confronter avec l'autographe, d'assez nombreus(!S différences de détail; on voit qu'elle a été faite après revision et correction du manuscrit original, et le copiste s'est permis des suppressions sur lesquelles nous aurons bientôt à revenir.

Que fallait-il donc faire en bonne critique, étant donnée la coexistence du manuscrit autographe et des copies du xvii« siècle? S'il s'était agi d'un texte de Retz, de Pascal ou de Bossuet, il eût fallu de toute nécessité reproduire l'autographe et conserver à titre de variantes les leçons diffé-

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