‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 403 sur 522 · LIVRE vt · texte numérisé non relu

LIVRE vt

prétendait avoir été fait dans le chnpitre général des Capucins, qui privait ceux de leur ordre de leurs offices, de la faculté de prêcher et d'enseigner, en cas de contravention à la bulle d'Urbain VIII contre Jansénius. Un capucin de Flandre, qui désirait en être éclairci, ayant interrogé sur ce sujet un provincial de leur ordre qui était à Rome dans le temps de ce chapitre général, il lui répondit publiquement qu'il était étonné de voir ce décret dont on n'avait pas parlé un mol au chapitre ; que c'était à faux qu'on lui donnait ce titre de décret du chapitre général, ne pouvant passer pour tel, à moins que d'avoir été proposé en plein chapitre, et exposé à la consultation des provinciaux et custodes des provinces, qui représentent le corps de toute la religion, et en qualité de députés de leur province, pour être ensuite ou admis ou rejeté à la pluralité des voix. Que ces choses n'y ayant point été observées, ce décret ne pouvait passer pour capitulaire, de sorte qu'en leur chapitre provincial, tenu au mois d'octobre, on n'avait pas seulement parlé de le faire observer; que tout au plus ce ne pouvait être qu'un décret de la définition générale concerté entre des particuliers, et qu'ils croyaient ne les obliger à rien, puisque ne défendant que d'enseigner et de défendre Doctrinam Jansenii damnatam et circurnscriptam a Sede Apostolica, eux autres, aux Pays-Bas, ne connaissaient aucune doctrine de Jansénius condamnée, quoiqu'une bulle subreptice en voulût faire passer une pour suspendue; qu'il osait l'assurer là-dessus que tous leurs lecteurs et tous ceux qu'ils connaissaient de prédicateurs respectaient en Jansénius les sentiments de saint Augustin, et que quand une force majeure obligerait à n'enseigner ni ne soutenir l'évêque d'Ypres, ils ne connaissaient pas d'obéissance si aveugle qu'elle leur fît abandonner la doctrine de saint Augustin pour le molinisrae, et quitter les sentiments de l'humilité chrétienne en un docteur de l'Église, pour se perdre dans les routes d'une superbe théologie. On fit imprimer cette lettre de ce capucin de Flandre, écrite le 2 de mars 1651, sans y changer un seul mot ; et un ecclésiastique de Paris qui en avait l'original s'ofTrit de la faire voir à tout le monde.

Mais dans le temps même que ce bon religieux de Flandre témoignait tant de résolution et de fermeté pour la défense de la doctrine de la grâce, les colonnes des églises des Pays-

530 MÉMOIRES DE GODEPROI tlEl^MANt

Bas étaient déjà fort ébranlées. M. Boonen, archevêque de Malines, âgé de plus de quatre-vingts ans, s'étant abstenu de publier le décret de l'Inquisition contre le Catéchisme de la grâce, composé par M. Feydeau, et ayant fait censurer par la Faculté de Louvain celui du P. l'Hermite, jésuite, avait rendu raison de sa conduite par une lettre écrite au pape, le 28 janvier de cette année 1651.

Le 28 février, l'archiduc Léopold écrivit aux évoques de son gouvernement des Pays-Bas pour la publication de la bulle d'Urbain VIII contre le livre de Jansénius, mais en leur ordonnant de la faire d'une manière qui ne fût pas préjudiciable aux privilèges, libertés et coutumes anciennes, sans y faire aucune innovation, et leur déclarant de plus, que Sa Majesté catholique lui avait écrit du 14 juillet 1650, que son intention était, après la publication et exécution de cette bulle, d'interposer ses prières et son autorité envers Sa Sainteté pour lui demander une revision du livre de Jansénius, et qu'il ne prétendait nullement qu'il se passât rien dans la publication de cette bulle qui pût ternir le lustre de saint Augustin et des autres Pères de l'Eglise, ni causer aucun déchet et rabaissement à leur réputation, ni au rang et autorité qu'ils ont toujours eus dans l'Église catholique, apostolique et romaine. C'était dorer la pilule, et promettre ce que les Jésuites n'avaient nul dessein d'observer.

Le huitième jour de mars on vit sortir de la presse de l'imprimerie de Bruxelles un placard du roi d'Espagne pour la publication de cette bulle, avec de très grandes peines contre les contrevenants, savoir : d'une amende de cinq cents florins pour la première fois, d'un bannissement de six ans de tous les pays de l'obéissance de ce roi pour la seconde ; en ordonnant qu'à l'égard des religieux qui ne possédaient rien en propre, l'amende devait être prise à l'égard du supérieur qui l'avait ou souffert ou toléré, et condamnant les mendiants et leur supérieur même au bannissement en cas de pareille contravention.

Celte ordonnance si rigoureuse fit trembler les plus hardis; Tévôque de Gand publia la bulle par son mandement du 26 mars; les vicaires généraux de l'église d'Ypres pendant le siège vacant firent la même chose le 27 du même mois ; et enfin l'archevêque de Malines exécuta

UVliK VI o'3i

faiblement ce qu'il avait toujours résolu de ne point faire et se condamna lui-même, par un long narré contenu dans son mandement du 29, se contentant de mettre à couvert pour toute exception l'autorité de saint Augustin,

Cependant, le 31 du même mois, sur la requête présentée à l'archiduc Léopold par les trois états de Brabant au sujet de la publication de cette bulle où il y avait des clauses tout à fait contraires à leurs privilèges, Son Altesse accorda de leur en donner un extrait authentique, pour s'en servir aux occasions, et de ce que l'intention de Sa Majesté n'était pas que cette publication donnât aucune atteinte aux privilèges du Brabant et des autres provinces du Pays-Bas.

L'abbé de Sainte-Anastasie, internonce en Flandre, n'étant nullement satisfait de ces exceptions, et les regardant comme peu favorables aux prétentions de Rome, publia, le 20 du mois d'avril suivant, une protestation qu'il avait faite à Bruxelles, par laquelle il cassait, irritait et annulait sous les peines des censures contenues dans les conciles œcuméniques, sacrés canons et constitutions apostoliques, toutes les choses qui se trouveraient, dans ce placard, être préjudiciables au Saint-Siège apostolique et à sa juridiction, et à la liberté et immunité ecclésiastique. Mais l'archiduc Léopold cassa cet acte de l'internonce, par une lettre écrite en son conseil du 23 juin de la même année, ordonna que les exemplaires de cette protestation seraient apportés au greffe, et mis entre les mains du procureur général ; qu'il serait informé contre l'imprimeur, et que celui qui le dénoncerait aurait mille florins pour sa récompense, payables par le receveur des fmances de Sa Majesté.

Voilà de quelle manière la publication de cette bulle, qui avait été poursuivie depuis tant d'années par les Jésuites avec une si grande chaleur, excita du trouble dans l'État aussi bien que dans l'Église.

Ce fut pendant cette dispute que l'on imprima deux petits traités, l'un sans date sous ce titre : Jus Belgarum circa receptionem bullarum; et l'autre au mois d'avril, qui était intitulé : Vertumnus dialogus. Ce dernier était écrit contre le P. M. Paludanus, à qui on reprochait son changement et son inconstance, dont il avait donné des marques par un livre qu'il publia vers le carême, et qu'il nomma : Apologia constitutionis Urbani.

Un avait aussi écrit contre la Molinomachie de M. Sinnich. Il réfuta cet écrit par un autre qui fut imprimé en cette année 1651 et qu'il intitula : Notarum Molinomachiœ Aurelii Avili per anoni/mum oppressarum spongia, sive Responsio dispuncloria ad lihellum cul tilulus Appendix ad Vitalem Bulhv fJrbanianie demonslratam, etc.

CHAPIRE XI

Sermons iujurieiix du P. Langlois, jésaite, daus l'église de Mautes et du P. Brisacier daus Saint-Solenne de Blois, contre M. Callaghan. On répond par écrit à ce dernier.

Le P. Langlois, jésuite, préchant cette année le carême à Mantes, s'emporta par de grandes invectives contre les disciples de saint Augustin, dans le dessein de décrier M. Louïstre, curé de la même ville. H fit valoir autant qu'il put la chute de Labadie contre des personnes qui en gémissaient, et qui en étaient très innocentes, et se trouvant autorisé par le doyen du chapitre et quelques chanoines, et par les officiers de la justice et du corps de la ville, il ne donna point d'autres bornes à sa passion que celles que sa maladie lui fit prendre malgré lui en l'arrêtant au lit le jeudi saint, et l'empêchant d'achever ce qu'il avait commencé avec tant d'aigreur et de scandale. Un capucin qui prit la place ne fut pas plus modéré, tant la conspiration contre la grâce de J.-C. était générale.

M. Callaghan, hibernois de naissance et docteur de la Faculté de Paris, venait d'être établi prieur- curé de Cour- Cheverny^dans le voisinage de Blois. Pour satisfaire d'abord aux obligations d'une charge redoutable aux anges mêmes, il commença par instruire ses paroissiens d'un chrétien qui a violé l'innocence de son baptême, employant ses premières prédications à leur inspirer [l'horreur de ce] qui leur avait fait perdre un si grand bien, pour leur découvrir ensuite le souverain et l'unique remède que J.-C. a laissé à l'Église pour la guérison de toutes nos maladies.

Les Jésuites, ne pouvant soutfrir ni ce langage si opposé à leur doctrine relâchée^ ni le voisinage d'un homme qui ne |

leur était importun que par sa piété et son zèle, entreprirent aussitôt de le perdre d'honneur dans la province, et

Page 1