‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 411 sur 522 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

t)ieu, par la blessure qu'en recevait toute l'Église.

Ce fut dans cet esprit d'aveuglement et d'injustice dont ils étaient animés qu'ils publièrent d'abord un libeUe intitulé : /.<? grand chemin du jatisénisme au calvinisme enseigné par Labadie^ et ils en firent une seconde édition au commencement de cette année 1651, avec l'addition de quelques éloges.

Dès que la déclaration de ce transfuge sortit de la presse de l'imprimeur de Montauban, quelques théologiens du nombre de ceux qui défendaient la doctrine de saint Augustin engagèrent M. Hermant, docteur de Sorbonne et chanoine de Beauvais à y répondre. Mais comme il fallait suivre à la piste ce fourbe spirituel dans tous les lieux où il avait eu de l'emploi, pour le ruiner par ses propres armes, ce qui demandait beaucoup de temps à cause de l'éloignement des provinces où il avait vécu, et que d'ailleurs il s'agissait de soutenir la cause de toute l'Eglise que cet apostat avait attaquée dans tous les points controversés, ce travail, qui demandait un juste volume, ne put être achevé que sur la fin de l'été de cette année 1651.

Mais M. Arnauld, qui travaillait de son côté à réprimer l'insolence de ce déserteur et à repousser les impostures des Jésuites, publia dès le commencement du mois de mai un excellent ouvrage qui avait pour titre : Lettre d'un doC' leur en théologie à une personne de condition et de piétéy sur Ifi sujet de l'apostasie du sieur Jean de Labadie. Par laquelle on fait voir d'une part, quil n'a quitté l'Eglise que pour éviter la punition que méritaient ses fausses et impies révélations^ ses attentais, et ses sacrilèges; et de l'autre, que les Jésuites n'en peuvent prendre aucun avantage pour déchirer, comme ils font publiquement, les docteurs de Sorbonne et autres disciples de saint Augustin.

Cet ouvrage était d'autant plus nécessaire que l'insolence des Jésuites commençait à n'avoir plus aucunes bornes. Car dans la liberté qu'ils avaient de faire imprimer tout ce qu'ils voulaient avec privilège du roi, parce qu'ils disposaient absolument des censeurs qui les faisaient expédier, ils avaient l'effronterie d'appeler de célèbres docteurs de Sorbonne « de petits doucets réformés, qui, sous une belle aptparence extérieure et des paroles sucrées, cachaient dans 'leur cœur le venin de Calvin, et le faisaient couler dans les

oreilles de leurs auditeurs et confidents, en attendant le temps favorable de se faire calvinistes à découvert » et ils accusaient outrageusement les religieuses de Port-Royal, qui étaient en odeur de piété à tous ceux qui les connaissaient « d'être plus proches de Charenton et de Genève que de Rome et de Notre-Dame de Paris. »

Au lieu de gémir de la chale de Labadie, ils en chantaient comme un cantique de joie et de triomphe, dans ce libelle du Chemin du jansénisme au calvinisme, et dans un autre auquel ils avaient donné le titre superbe de : Triomphe de la vérité catholique contre les novateurs, ou J ansénius condamnéf où parlant de ce premier libelle qui contenait un avis au lecteur de douze lignes, quelques petites remarques du jésuite, et un recueil de quelques endroits de la déclaralion et de la lettre de Labadie, ils se vantaient de « l'avoir publié depuis peu de jours dans tout Paris avec l'applaudissement public de tous les catholiques et la honte et l'alfliclion publique de tous les jansénistes '. »

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