‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 413 sur 522 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

fait une querelle personnelle, lorsqu'on aurait supplié l'approbation de son livre.

MM. Brousse, Bourgeois, Taillandier et Feydeau autorisèrent ce livre par une même approbation, signée du 23 avril. M. Hermant en avait déjà donné une séparément du 16 du même mois, et M. Olonergan, hibernois, souscrivit la sienne du 27 '.

Voilà le projet et le but de cet écrit, dont l'auteur a marqué par avance tout ce qui devait arriver par la censure vague et confuse de ces propositions; et l'événement a fait voir que cette préface était une espèce de prophétie.

On écrivit aussi quelque temps après pour défendre l'approbation que M. Olonergan, hibernois, avait donnée à ce livre De la grâce victorieuse, et que M. Ghapelas avait voulu faire censurer dans l'assemblée de la Faculté au commencement du mois suivant.

GHAPITaE XVI

Censure de l'Iaquisition coolre quelques ouvrages de M. l'archevêque de Maliaes, et de M. l'évêqne de Gand, et contre leurs maudemeuts, et ceux des vicaires généraux d'Ypres, pendant la vacance du siège. Lettre du P. Gaborens, récollet, après son retour de Paris à Sully.

On vil dans ce même mois de mai, par une nouvelle expérience, quelle est la conduite de la cour de Rome envers les personnes qui s'affaiblissent après avoir témoigné d'abord de la résolution et de la vigueur. Nous avons vu de quelle manière M. l'archevêque de Malines [et M. l'évêque de Gand] avaient enfin publié au mois de mars [la bulle contre Jansénius, après s'en être défendus longtemps, à cause qu'ils la croyaient fausse et supposée. Cette publication ne les mit nullement à couvert de ce qu'ils croyaient devoir craindre raisonnablement, et dès que l'on eut reconnu que la fermeté qu'ils avaient toujours fait paraître commençait à se ralentir, on ne fit plus difficulté de les pousser à bout, et de les réduire aux dernières extrémités, en censurant leurs

1. Ici Hermaut analyse longuemeut l'ouvrage imprimé du docteur Lalauue De la grâce victorieuse (ln-12).

ouvrages, et en usant contre leur autorité et leurs personnes de toute la sévérité de la discipline ecclésiastique.

On commença par flétrir dans le tribunal de l'Inquisition ce qu'ils avaient fait pour justifier leur conduite dans le refus ou dans le délai de la publication de cette bulle d'Urbain VIII. On y fit passer par l'examen un petit livre intitulé : Hationes ob quas illustrissimus et reverendissimus D. archiepiscopus Mechlinensis, Belgii primas, regise catliolicas majestatis a consilio status, et a promulgalione buHse, qua proscribitur liber oui titulus Cornetii Jansenii Iprensis Auguslinus, abstinuit ex mandato regio Suœ Majestati exhibilic in gallico et latino translatu. An. 1 649. On y déféra aussi un autre livret, qui portait pour titre : Raisons pour lesquelles on n'a [pas trouvé convenable] de publier au diocèse de Gand avec tes solemnités accoutumées certaine bulle contre le livre du défunt évêque d'Ypres Jansénius^ représentées par Mff'' le révérendissime évêque de Gand au conseil privé de Sa Majesté catholique à Bruxelles, le 20 mars 1649.

On y proposa aussi les trois mandements de la publication de cette bulle faite par ces deux prélats et par les vicaires généraux de l'église d'Ypres au mois de mars de cette année 1651, dont le premier était intitulé : Jacobus Dei,eic. Le deuxième élait intitulé : Antonius Triesle, etc. Et le troisième était intitulé : Vicarii générales sedis Episc, etc. *.

Le tribunal de l'Inquisition déclarait que ces livrets et ces mandements lui ayant été déférés comme contenant plusieurs choses préjudiciables à l'autorité du Saint-Siège apostolique, Sa Sainteté les avait fait examiner dans celte sainte congrégation, et qu'après avoir considéré mûrement et avec soin ce qui y était contenu, et pesé et entendu sur ce sujet les suffrages des cardinaux, Sa Sainteté avait été d'avis de défendre ces mêmes livrets et mandements, comme par le présent décret elle les condamnait et défendait; voulait et ordonnait qu'ils fussent tenus pour condamnés et défendus, faisant entendre à ceux qui en étaient les auteurs, qu'à moins qu'ils ne s'en purgeassent au plus tôt, ils seraient châtiés par les peines et censures ecclésiastiques. Ce décret est daté du 11 mai.

Voilà de quelle manière on se conduisit dans le tribunal

1. Les titres de ces ouvrages sout ea eutier au iiis., mais d'uue lecture très difficile.

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de l'Inquisition envers ces prélats à qui on fit porter la peine de leur affaiblissement et de leur crainte; et cette flétrissure de leurs ouvrages ne servit que de prélude pour les autres maux qu'on avait dessein de leur faire dans la suite.

Le 16 de ce même mois de mai, un récollet de Sully, nommé le P. Gaborens, étant revenu d'un voyage de Paris, qu'il n'avait fait que dans le dessein de conférer avec des personnes de doctrine et de piété sur les contestations du temps touchant la matière de la pénitence et de la grâce, manda à M. Le Roy, qui était alors chanoine de Notre-Dame de Paris, et qui depuis est devenu abbé de Haute-Fontaine, ce qui lui était arrivé sur la fin de son voyage. Il lui témoignait par cette lettre que depuis qu'il lui avait parlé et aux autres défenseurs de la vérité, il se sentait tellement affermi dans les sentiments pour lesquels il tremblait auparavant, à cause des persécutions qu'il avait souffertes dans son ordre ; et quelque sujet qu'il eût de se défier de lui-même, il ne croyait pas que personne pût à l'avenir lui faire changer d'opinion, à moins qu'il ne fût obligé de déférer en cela à l'autorité publique de l'Église.

11 lui parlait de l'extrême satisfaction qu'il avait eue de voir et d'entretenir M. Arnauld, et que quand il avait reçu cet honneur, il avait cru rencontrer un autre saint Jérôme au désert, parmi les Écritures saintes, pour la défense de riCglise. Qu'il avait été bien reçu à Chartres par M. Le Féron, docteur de Sorbonne. Qu'ayant aussi vu M. Musnier ' à Orléans, ce docteur lui avait déclaré qu'il fallait suivre les sentiments de saint Augustin, comme étant ceux de l'Église, ajoutant même que M. l'évêque d'Orléans avait signé la lettre de quelques autres de ses confrères au pape pour empêcher le mauvais effet de celle de M. deVabres. Et que comme il avait dit au même M. Musnier qu'il ne savait presque plus ce qu'il fallait prêcher, étant blessé de voir qu'on se donnait toute sorte de licence de prêcher hautement le mensonge, pendant que ceux qui connaissaient la vérité n'osaient ouvrir la bouche pour la publier dans les chaires évangéliques, ce docteur lui répondit qu'en effet ce n'était pas l'intention de M. l'évêque d'Orléans que l'on

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