‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 429 sur 522 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

M™e la marquise d'Aumont', veuve, de la maison de Cheverny, qui s'était retirée après la mort de M. son mari dans la maison de Port-Royal de Paris, où elle est morte depuis ce temps-là, se crut obligée de s'adresser à M. l'archevêque de Paris pour lui demander la réparation de cette injure. Elle lui écrivit pour cet effet avec beaucoup de civilité et de respect, et lui représenta humblement les deux raisons qui l'obligeaient de prendre une si grande part dans cette affaire.

La première, et celle qui la touchait le plus, était de voir les étranges impostures que le P. Brisacier publiait contre les religieuses d'une maison à laquelle elle était si étroitement unie. Car après les avoir appelées les Filles impénitentes, les désespérées, les asacramentaires, les incommuniantes et tout ce quil vous plaira ; après avoir parlé d'elles comme si elles eussent été sans honneur aussi bien que sans religion, il avait encore la hardiesse d'assurer en particulier, dans un livre imprimé et qui portait son nom à la tète, cette prodigieuse fausseté qu'une des règles de leurs constitutions était qu'il était bon de mourir sans sacrements, afin d'imiter le désespoir de J.-G. en croix.

L'autre raison qu'elle disait l'avoir obligée de recourir à M. de Paris, était qu'elle se considérait comme la cause innocente de ce scandale, parce qu'ayant procuré aux habitants de Cour-Cheverny, qui était à elle, un curé qui fût capable de les aider à se sauver, et Dieu leur ayant donné par son entremise M. de Callaghan, docteur de Sorbonne, de qui elle connaissait le mérite et la piété il y avait douze ans, pour l'avoir vu auprès de M. l'évéque d'Avranches, son beau frère; aussitôt qu'il avait été en possession de sa cure, les Jé.-uites de Blois avaient excité contre lui une violente persécution, et l'avaient décrié dans Blois en pleine chaire, par la bouche du P. Brisacier, comme un iiérétique et un méchant, en lui imposant mille calomnies qui l'auraient perdu entièrement de réputation parmi le peuple que Dieu lui avait commis, s'il ne se fût purgé comme il avait fait par un écrit très modéré. Elle témoignait que c'était pour cela que ce jésuite avait pris sujet de faire le libelle diffamatoire dont elle avait pris la liberté de

1. A.aiie Hurault de Cheveruy, veuve de Charles, marquis d'Aumont, lieutenant-général des armées du roi {?-16d8).

lui parler. Elle ajoutait que si les premières saillies que ce jésuite avait faites en prêchant se fussent passées dans le diocèse de Paris, elle se fût dès lors adressée à lui, M. l'archevêque, pour le supplier très humblement de lui imposer silence, sachant bien qu'il ne permettrait pas à ses prédicateurs de se servir de la chaire de vérité pour satisfaire leurs passions. Mais que depuis ce temps-là, ce jésuite ayant été assez hardi pour avoir fait imprimer à Paris ce qu'il avait prêché à Blois, fait afficher à la porte même de son église métropolitaine et devant ses yeux une pièce qui faisait horreur à tous les gens de bien, elle ne pouvait dans toutes ces circonstances qu'elle ne se jetât en toute humilité à ses pieds pour le conjurer de ne pas laisser impuni celui qui méprisait son autorité en traitant si injurieusenient ses filles, qu'il ne pouvait offenser sans s'atlaquer à sa personne sacrée, qu'elle pouvait assurer être autant plus honorée dans le monastère de Port-Royal, qu'en pas un autre de son diocèse.

Quoique ceux qui connaissaient depuis longtemps l'impunité dont jouissaient les déclamateurs et les écrivains furieux dans le diocèse de Paris attendissent peu de vigueur de M, l'archevêque, néanmoins, soit que l'atrocité des injures dont le P. Brisacier avait rempli son libelle fît impression sur son esprit, soit que l'ancienne affection qu'il avait toujours conservée pour la Mère Marie Angélique le portât à empêcher qu'elle ne fût traitée publiquement de désespérée avec le reste de ses sœurs, il prit à cœur de faire examiner ce livre, et donna la commission à M. Robert Duval, docteur et professeur de Sorbonne, de lui en faire le rapport. Cette discussion fut enfin suivie d'une censure datée du 29 décembre. Mais elle ne fut publiée qu'au commencement de l'année suivante; nous réservons à en parler en ce temps-là.

Cependant M. Callaghan travaillait de son côté à sa propre justification, et on imprima vers ce temps-là une de ses lettres du 24 décembre, adressée à un docteur de Sorbonne de ses amis, touchant les principales impostures du P. Brisacier, jésuite. Il y avait aussi joint une autre lettre d'un seigneur catholique d'Hibernie, nommé R. Bellings',

1. 11 s'agit ici de M. Bclliugs, secrétaire d'État du conseil souverain des catholiques d'Irlande et gendre de milord de Mongaret.

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