‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 437 sur 522 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Quelques docteurs attachés aux Jésuites s'emportent contre cette censure. M. de Paris la soutient. On la défend par plusieurs écrits et principalement par celui de L'innocence et de la vérité défendues*.

La publication de cette censure fut une protection toute visible pour les disciples de saint Augustin, dans un temps où leurs adversaires se promettaient de les accabler. Les docteurs partisans des Jésuites ne pouvaient se contenir; M. Hallier faisait éclater son ressentiment en toutes rencontres, et la colère le transporta jusqu'à cet excès que de dire [à ce sujet] à l'un des frères de M. de Sainte-Beuve, que M. de Paris était un homme passionné et qui avait agi sans considération. Ce qui lui paraissait le plus insupportable était ces paroles de la censure : « jusqu'à l'accuser d'hérésie quant à la doctrine. » Car il reconnaissait que par là toute la doctrine était à couvert, et il avait entrepris de faire passer, à quelque prix que ce fût, Port-Royal et tous les disciples de saint Augustin pour hérétiques. Quelques curés de Paris furent tellement touchés de cette censure qu'ils ne la publièrent point avec les autres, et il fallut employer l'autorité de l'Église pour les y contraindre. On remarqua dans ce nombre M. Chapelas, curé de Saint- Jacques de la Boucherie, M. OUier, curé de Saint-Sulpice, et M. Abelly, curé de Saint-Josse.

Cependant M. de Paris continuait à se soutenir, et dans une lettre que l'on a, écrite de sa main, du 10 janvier de cette année, pour répondre à une de M. l'évéque d'Angers, il lui mande, en lui envoyant la censure, qu'il a fait ce qu'il a dû dans cette fâcheuse et misérable rencontre, en faisant justice publique d'un crime si honteux et infâme par les mensonges et calomnies horribles du P. Brisacier, qu'il appelle téméraire et insolent prêtre religieux, au lieu qu'il appelle toujours la Mère Angélique sa bonne fille.

Il écrivit aussi vers ce temps-là une lettre dont on a l'original, pour mander à M™° la princesse de Guéméné qu'il s'était fait lire un écrit qu'elle lui avait communiqué,

1. Ms. reconnues. On trouvera quelques lignes plus bas le titre exact de cet ouvrage.

(c'était la défense de sa censure), et qu'il a remarqué qu'il était aussi retenu que l'autre, c'est-à-dire celui du P. Brisacier, était insolent;, à l'ordinaire de tels esprits. Il la supplie néanmoins d'en retarder la publication, afin de mieux faire réussir la réparation de cet excès qu'il avait demandée avec justice, et que les Jésuites ne lui avaient accordée qu'avec peine.

Il se fit donc alors plusieurs écrits, tant à l'occasion de cette censure que pour la justification de M. Callaghan et de Port-Royal. Ce docteur écrivit sa deuxième lettre quand cette censure fut publiée, et il y rendait compte d'un entretien qu'il avait eu avec M. l'évêque de Chartres pour lui demander justice contre le P. Brisacier. Il en écrivit une troisième à un docteur de Sorbonne de ses amis, pour faire voir les faussetés et les impostures de ce jésuite.

On donna ensuite au public, avec la permission de M. l'archevêque, la Défense de la censure de M. de Paris, pour la justification des religieuses de Port-Royal \ contre une lettre imprimée sous ce titre : Lettre d'importance sur le livre du Jansénisme confondu, composée par le R. P. Brisacier', avec un extrait des principales injures, impostures et calomnies dont ce livre est rempli.

Enfin vers le mois de juillet de la même année, on mit au jour un livre de M. Arnauld intitulé : L'Innocence et la vérité défendues contre les calomnies et les faussetés que les Jésuites ont employées en divers libelles pour déchirer les vivants et les morts, et décrier la doctrine sainte de la pénitence et de la grâce; et que le P. Brisacier a recueillies en y ajoutant beaucoup de nouvelles dans son livre censuré par M. l'archevêque de Paris, intitulé : Le Jansénisme confondu.

Ce jésuite avait écrit tant d'impostures que M. Arnauld en avait fait d'abord une liste, en marquant : 1° celles qui étaient contre M. Callaghan; S» celles qu'il avait inventées contre M. de Saint-Cyran ; 3" celles qu'il avait forgées contre M. Jansénius, évêque d'Ypres ; 4' contre Port-Royal ; 5» contre diverses autres personnes, ou en général ou en particulier.

On y voyait après cela une liste des erreurs calomnieusement imposées. Et à la tête de tout l'ouvrage on voyait \di Réfutation d'un écrit nouvellement publié à B lois par le P. Brisacier pour servir de réponse à la lettre de M. Calla-

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