‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 445 sur 522 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Troubles excités parles Jésuites dans la ville d'Alençon et autres lieux du diocèse de Scez.

Il y eut pendant cette année une assez grande contestations entre les Jésuites d'Alençon d'une part, et quelques ecclésiastiques de la même ville de l'autre. Cette dispute avait commencé dès la fin de l'année 1649, par un sermon que M. Le Noir', théologal de Séez, avait prêché le jour de la Toussaint, dans l'une des églises d'Alençon; et comme le recteur des Jésuites en avait fait beaucoup de bruit sans aucun sujet, il l'avait fait imprimer en 1650 sous ce titre : La Sainteté des saints prise dans sa source qui est la prédestination, préchée le jour de la Toussaint dans une des églises de la ville d'Alençon, avec une Préface adressée aux ecclésiastiques de la même ville.

Dix docteurs de Sorbonne ayant approuvé ce sermon, ce recteur des Jésuites d'Aleùçon rechercha un accommodement avec le prédicateur dont il avait noirci la réputation. Au lieu qu'il avait été de porte en porte pour accuser d'hérésie sa doctrine touchant la prédestination gratuite, pour la traiter d'athéisme, de fatalité, de cruauté, de calvinisme, il la loua en un instant comme une doctrine saine, catholique, ancienne et soutenue par les plus savants de la société, et sollicita ses plus puissants amis pour être les médiateurs de sa réconciliation avec M, Le Noir. Plusieurs personnes qu'il avait abusées en témoignèrent de l'étonnement, et allèrent en troupe au collège pour apprendre sa rétractation de sa propre bouche.

d'exactitude; et on en a seulement retranché quelques incidents qui ont paru moins nécessaires à cette relation générale, quoiqu'ils fassent leur effet dans son Journal, auquel on renvoie ceux qui ne voudront rien perdre des plus légères circonstances. 11 faut reprendre maintenant la relation des affaires particulières qui se passèrent en divers endroits tant de France que des Pays-Bas pendant que ces choses se négociaient à Rome. »

1. Jean Le Noir (1622-1692), chanoine et théologal de Séez. Poursuivi avec acharnement par les Jésuites, il eut le tort de publier quelques écrits trop vifs, entre autres l'Évêque de cour; il passa une grande partie de sa vie en exil ou en prison. V. le Nécrologe de Cerveau (xvu* siècle), p. 268.

Mais celte réconcilialioQ ne fut pas de longue durée. Car ce recteur des Jésuites d'Alençon, ne pouvant souffrir l'assemblée de quelques ecclésiastiques de la ville, quoique faite par l'autorité du curé et avec l'approbation verbale de MM. Dufriche et Basile, vicaires généraux pendant le siège épiscopal vacant par la mort de M. Camus de Pontcarré*, et qu'elle n'eût pour but que de députer entre eux quatre de leur corps pour accompagner le Saint Sacrement, et de conférer des cas de conscience et de la discipline ecclésiastique, il fit cabale avec sept ou huit personnes de leur congrégation qui se joignirent avec quelques prêtres scandaleux, et ayant même engagé dans son parti le curé de la ville, il les obligea tous de porter leurs plaintes aux vicaires généraux contre les prêtres de cette assemblée, qu'ils déférèrent comme des personnes qui formaient des résolutions et des conventicules contraires à la foi orthodoxe de l'Église catholique, apostolique et romaine. Les grands vicaires se laissèrent surprendre eux-mêmes et donnèrent une sentence conforme aux intentions du recteur. Mais comme il vit que les prêtres maltraités se mettaient en état de s'en défendre et de le pousser lui-même à bout, il chercha encore avec des empressements extraordinaires, et par la négociation des plus puissants du diocèse, la grâce de se réconcilier avec eux, leur donnant cet acte signé de sa main, parce qu'on ne se fiait plus à sa parole. « Je n'ai parlé des prédications et des assemblées des ecclésiastiques qu'en ces termes, que j'avais assisté les années passées à plusieurs sermons de M . de Courteille *, desquels j'avais tiré grande satisfaction, comme ne contenant rien qui fût contre la saine doctrine et les bonnes mœurs, et que j'avais lu celui qu'il a [fait] imprimer, dans lequel je n'avais trouvé aucune erreur ni rien qui dût scandaliser personne. Que pour les assemblées de MM. les ecclésiastiques, je ne les avais jamais reprises, et que je les avais toujours jugées saintes et profitables, faites dans l'ordre et bien intentionnées, et n'ignorant pas les fruits qu'apportent ces exercices de piété pour la gloire de Dieu, l'honneur du Saint Sacrement, l'édifîca-

1. Jacques Camus de Pontcarré, évêqiie de Séez en 1614, mourut eu 1650.

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