CHAPITRE XXIX
M. l'évèque de Beauvais interdit le P. Noël, cordelier, et le rétablU
ensuite.
Dans le temps même que l'Église souffrait une blessure si profonde dans ses immunités sacrées, le chapitre de Beauvais qui avait choisi depuis quelque temps M. Chaillou pour son doyen, commençait déjà à se diviser de messire Nicolas Choart de Buzanval', son évêque, par l'inquiétude de ce docteur de Sorbonne, attaché de fout temps aux Jésuites, et ennemi déclaré de la doctrine de saint Augustin.
M. de Beauvais, qui avait été sacré évêque à Paris le Séjour de janvier 1651, dans l'église des prêtres de l'Oratoire de Saint-Magloire, s'était rendu dans son église dès le mois suivant avec une résolution ferme et constante de s'appliquer uniquement pendant tout le reste de sa vie à la conduite de son troupeau. Quoique la conjoncture pût être alors assez favorable pour conserver à la cour la charge de grand aumônier de la reine régente, qui vaquait par la mort de messire Augustin Potier, son oncle, il n'eut jamais la moindre pensée d'en demander ni les provisions, ni la récompense, ni lui, ni personne de sa famille; et il souffrit sans peine qu'elle fût offerte premièrement à M. le cardinal François Barberin, et donnée ensuite à M. l'évèque de Rennes, depuis archevêque d'Auch. L'amour qu'il avait conçu pour la résidence ne s'est jamais ralenti dans son cœur. Toute la France sait qu'il s'en est acquitté avec une assiduité exemplaire, et qu'il a rempli toutes les fonctions de son ministère avec une application infatigable.
1. Nicolas Choart de Buzanval ou Buzenval (1611-1679), neveu d'Augustin Potier et son successeur sur le siège épiscopal de Beauvais, fut l'un des plus vertueux prélats du zvii* siècle. Il fut l'un des quatre évêques qui refusèrent de signer le Formulaire.
Entre les règlements que son prédécesseur avaient laissés dans son diocèse, il en avait fait an pendant les dernières années de sa vie pour empêcher que la conscience de son peuple ne fût troublée par des prédications indiscrètes, afin de conserver tout ensemble les lumières de la vérité par des instructions édifiantes proportionnées à la capacité des auditeurs, et l'avantage de la paix en empêchant la chaleur et la contention de la dispute dans les chaires évangéliques. Ce fut le sujet de l'ordonnance que fit cet illustre prédécesseur de M. Févêque de Beauvais pour défendre aux prédicateurs de son diocèse de traiter en chaire, par esprit de contention, les matières de la grâce, qui par l'indisposition des auditeurs incapables d'en faire le discernement, sont plus propres à jeter le trouble dans leurs esprits qu'à les éclairer; et il leur recommanda de prendre souvent pour sujet de leurs discours l'explication de ce que nul chrétien ne doit ignorer sur cette matière, savoir la nécessité de la grâce en ce qui est du salut, l'obligation étroite de la demander à Dieu par de très humbles et très fréquentes prières, et de s'appliquer sérieusement avec ce divin secours à la pratique des bonnes œuvres et aux exercices de la pénitence. M, de Beauvais, son successeur, ayant renouvelé lui-même cette ordonnance le 19® jourd'avrill651, c'est-à dire l'année môme de son avènement à l'épiscopat, et deux mois ou environ après son entrée, elle fut signifiée à l'instant à tous les chapitres, communautés, monastères et couvents de son diocèse, et à tous les prédicateurs tant séculiers que réguliers.
Le P. Noël, cordelier, docteur en théologie de la Faculté de Paris, était alors gardien des cordeliers de Beauvais ; on ne le connaissait point encore si bien que l'on a fait depuis que l'on a vu son portrait dans le factum de M. l'archevêque de Sens au sujet du monastère de Sainte-Catherine de Provins. Car quoiqu'on y ait épargné son nom, on sait néanmoins par ses lettres originales qu'il était l'un des principaux personnages qui s'étaient signalés dans ce couvent par des libertés peu religieuses. Mais comme il avait dès lors de grands desseins de se tirer de l'état de cordelier par la prélature, et qu'il commençait pour cet effet d'amasser de l'argent dont on a trouvé des sommes considérables à samort, il avait assez de fierté pour se regarder déjà comme