LIVRE I
était sa principale dévotion après Jésus-Christ. Ayant lu avec une grande application tous les auteurs ecclésiastiques, on ne voyait personne qui eût plus de lumière et plus de force que lui pour repousser les calvinistes; et ceux qui aimaient l'honneur de notre religion reconnaissaient combien il était important de la défendre contre les ministres qui entreprenaient de lui insulter impunément.
Quatre des principaux d'entre eux, savoir : du Moulin *, Mestrezat *, Le Faucheur % et Aubertin * avaient déchiré la mémoire de M. le cardinal du Perron^ d'une manière fort outrageuse; et M. Mole qui était alors procureur général, et qui témoignait en ce temps-là une estime et une affection très particulières pour M. de Saint-Cyran, étant vivement touché de cet excès des hérétiques, le pressa diverses fois de travailler à les réfuter; mais il s'en excusa toujours, ne voyant pas d'engagement assez pressant pour se charger de cet emploi dont il connaissait l'importance autant que personne. Enfin Dieu lui en fit naître l'occasion, lorsqu'il y pensait le moins.
M. Charpentier •, ce saint prêtre qui a établi la dévotion de Notre-Dame de Garaison en Gascogne, celle de Notre- Dame de Bétharam en Béarn, et celle du Mont-Valérien près Paris, lui était uni par une très étroite amitié, et a conservé pour lui jusqu'à la mort une vénération toute extraordinaire. Ce saint homme étant revenu de Béarn, et M. de Saint-Cyran lui ayant demandé s'il s'y convertissait quantité de huguenots, il lui répondit en pleurant : « Comment se convertiraient-ils, puisqu'ils triomphent de ce que plusieurs de leurs ministres ayant fait de gros volumes contre les écrits de M. le cardinal du Perron, il n'y a [pas] un seul catholique qui jusqu'ici ait entrepris d'y répondre ? »
1. Pierre du Moulin (1368-1658), théologien calviniste, ministre à Chareoton.