‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 67 sur 522 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

sentiments. Les extrêmes obligations dont je vous suis redevable ne me permettaient pas de vous en faire une moins expresse et moins fidèle, et l'honneur d'une bienveillance aussi particulière que celle que vous m'avez témoignée, m'engageait à vous assurer que je ne prétends plus de fortune que dans le monde qui dure toujours, afin que votre extrême affection pour moi ne vous porte plus à m'en procurer dans celui-ci dont la figure passe si tôt. Mais quelque solitaire que je sois, je conserverai toujours le souvenir et le ressentiment de vos faveurs, et je ne serai pas moins dans le désert que j'ai été dans le monde,

« Monseigneur, etc.

« Le 5 Décembre 1637. »

Mais ni cette lettre, ni toute cette conduite ne fut pas reçue favorablement de M. le chancelier; il s'irrita plus que jamais contre M. de Saint-Gyran, et cela ne contribua pas peu à tout ce qui lui arriva quelques mois après.

M. Le Maître s'étant trouvé à la mort de M'^^ d'Audilly, sa belle-tante, vers la fin du mois d'août 1637, les paroles de M. de Saint-Cyran, qui l'assistait dans son agonie, lui percèrent tellement le cœur qu'il ne put retenir l'abondance de ses larmes. Ceux qui en furent les témoins les attribuaient à la douleur de la perte d'une personne si chère; mais la componction * de son âme en était le véritable sujet; et quoiqu'il connût M. de Saint-Gyran avant ce terapslà, et qu'il lui parlât quelquefois de son salut, néanmoins il le pressa si instamment en cette occasion de se charger de sa conduite, que cet abbé discerna, par une lumière spirituelle, le langage de sa douleur et de son amour d'avec tout ce qu'il lui en avait dit autrefois. Il prévit même les conséquences de la chose qu'il lui proposait ; et lui dit que par là il avait dessein de le faire entrer dans une affaire qui pourrait avoir d'étranges suites par la considération de sa personne, de son emploi et de sa réputation ; que cela était capable de lui attirer une persécution toute nouvelle ; mais qu'il fallait s'y résoudre si Dieu le voulait, n'y ayant rien à épargner quand il s'agit de son service. Et l'événement a fait voir que cette prévoyance d'un homme sage a

l . Le copiste a cru devoir corriger et substituer corruption à componction.

78 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT

été une véritable prédiction, rien n'ayant plus contribué à la persécution de M. de Saint-Cyran que le consentement qu'il donna à la retraite de M. Le Maître.

Cette grâce ne fut pas unique, car M. de Séricourt % son frère, qui avait embrassé la profession des armes, étant alors au siège de La Capelle, fut touché en même temps du même désir de renoncer à toutes choses, et de chercher son salut dans l'éloignement du monde. De sorte qu'ayant communiqué leur dessein à M"» Le Maître, leur mère, qui n'était pas encore religieuse, son mari n'étant pas encore mort en ce temps-là, elle recueillit avec joie le fruit de la bonne éducation qu'elle leur avait procurée et de l'oblation qu'elle en avait souvent faite.

Ils demeurèrent quelque temps au dehors de la maison de Port-Royal de Paris, dans un petit logis que M"® Le Maître, leur mère, leur avait fait bâtir^ pendant qu'elle était au dedans du monastère avec M"* sa mère et treize de leurs plus proches parentés. Ils y vécurent pendant six mois, aussi reclus que des chartreux, sans se voir qu'à matines qu'ils disaient ensemble, mangeant et logeant chacun dans une chambre séparée, sans autre entretien que celui qu'ils avaient avec Dieu par la prière et la lecture des livres saints, et ils recevaient tous les jours la consolation de la visite de M. de Saint-Cyran et d'un autre ecclésiastique de leurs amis.

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