‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 78 sur 522 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Mémoire de M, l'évêque de Langres donné à M. le cardinal de Richelieu contre M. l'abbé de Saint-Cyran.

Après que M. l'abbé de Saint-Cyran eut été conduit au bois de Vincennes comme un criminel, et qu'y étant resserré étroitement, sans plume, sans encre, sans papier et sans livres, pour y être gardé à vue par des soldats, il fallut justifier un traitement si dur et si violent en le rendant coupable des erreurs qui, jusqu'à ce temps-là, n'avaient subsisté que par les bruits vagues et confus que ses enne-

1. Jean de Launoy, surnommé le Dénicheur de saints (1603-1678).

2. Insoliiâ audaciâ genius, Rigalt. in Vita Jacobi Puteani. — M"»» la duchesse d'Aiguillon a fait ôter ces paroles de quelques éditions. (Note ms, d'Hermant.)

mis déclarés avaient répandus pour le perdre. M. l'évêque de Langres produisit pour cet effet un mémoire, consultant plutôt sa passion que sa conscience et son honneur, qu'il fit tomber secrètement entre les mains de M. le cardinal de Richelieu par celles de M. Harlay de Sancy', évêque de Saint-Malo, où il accusait cet abbé d'ambition et d'orgueil dans sa conduite, et lui attribuait une doctrine pernicieuse.

Toutes les personnes équitables furent surprises d'un procédé si peu raisonnable et si peu humain ; car les é vaques, que saint Ambroise appelle les vicaires et les lieutenants de l'amour de J.-C, sont obligés beaucoup plus que le commun des chrétiens d'avoir de la compassion pour les affligés, et ils employaient autrefois tout le crédit qu'ils avaient auprès des empereurs et des princes pour obtenir des grâces en faveur des plus insignes criminels. Ceux mêmes qui ne conservent pas jusqu'à la fin les liens de l'amitié avec les personnes qu'ils ont aimées, ne laissent pas d'en respecter le souvenir après la rupture, et de s'empêcher du moins d'exercer contre elles les dernières hostilités quand ils se sont séparés d'elles par quelqu'une de ces fâcheuses nécessités qui ne sont que trop ordinaires dans le cours de cette vie. L'estime de M. de Langres envers xM. de Saint-Cyran ne pouvait guère aller plus loin que de le vouloir charger de la direction de sa conscience, ni son amitié monter plus haut qu'en lui voulant résigner son évêché, comme il avait fait plusieurs fois par l'entremise de ses amis et par luimême, puisque l'on a su qu'il l'avait pressé plusieurs fois de venir avec lui trouver le roi pour cet effet.

Il est vrai que J.-C. nous oblige d'arracher l'œil et de couper la main qui nous scandalise, et de renoncer pour l'amour de lui à tout ce que nous avons de plus cher et qui nous parait plus nécessaire dans le monde; mais il y a quelques mesures à prendre avant que d'en venir là. On n'use d'incisions qu'après avoir employé les remèdes les plus doux, et si le commandement de la correction fraternelle est d'une obligation indispensable à l'égard de tous les chrétiens, l'engagement en est encore beaucoup plus pres-

1. Achille Harlay de Sancy (1581-1646), d'abord évêque de Lavaur, tour à tour prêtre, soldat et diplomate et finalement évêque de Saint- Malo. Ce prélat fut un des approbateurs de la « Fréquente Communion ».

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