‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 81 sur 522 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Recherche et examen des papiers de M. de Saint-Cyran, suivie d'admiration et d'éloges. Information contre sa doctrine.

Après que M. Testu, chevalier du guet, eut mené M. de Saint-Cyran au bois de Vincennes et reçu ordre de se saisir de ses papiers, il les fit porter à M. le chancelier, où étaient alors M. de Bullion, surintendant des finances, et quelques autres. Ce chef de la justice, voyant un si grand coffre tout plein, et croyant que ce fussent des livres imprimés, lui dit que ce n'était pas cela que l'on demandait, mais des manuscrits. Sur quoi ayant répondu que ce n'était autre chose, et M. le chancelier s'en étonnant, il ajouta : « Monsieur, il y a donc encore beaucoup plus de sujet de s'étonner, car voici un second coffre, plus grand que l'autre, qui est tout plein. »

M. le chancelier distribua tous ces manuscrits à diverses personnes en qui il avait confiance, pour y chercher ces erreurs prétendues de M. de Saint-Cyran. Et après les avoir examinés durant deux ans avec un esprit de censeurs, ne s'y étant rien trouvé que d'orthodoxe et qui ne marquât une vaste et solide érudition, on les rapporta à M. de Saint- Cyran au bois de Vincennes, où M. d'Andilly les a vus plusieurs fois dans sa chambre. M. Habert, alors théologal de Paris, et depuis évêque de Vabres, lui dit aussi en ce tempslà, qu'ayant eu pour sa part quelques volumes à examiner, il l'avait fait avec très grand soin, et n'y avait rien trouvé que d'admirable et digne des plus grands hommes de l'antiquité; marquant en particulier un discours fait dans une ville mi-partie par lequel il exhortait les huguenots à se

convertir, les catholiques à s'avancer dans la piété, et les uns et les autres à vivre en paix.

Le même M. le chancelier étant à Chaillot peu de temps après la prison de M. de Saint-Cyran, dit à M. d'Andilly qu'on avait trouvé parmi ses manuscrits la minute écrite de la main de cet abbé, de cette belle lettre qui est imprimée en tête de la réfutation de la Somme Théologique du P. Garasse. Sur quoi M. d'Andilly lui répondit que M. le cardinal de Richelieu ayant dit plusieurs fois qu'il voudrait avoir donné dix mille écus, et savoir qui l'avait faite, il était bien étrange que le sachant maintenant de certitude, il pût le tenir en prison.

Ensuite étant venus à parier du grand ouvrage entrepris par M. de Saint-Cyran pour la défense de M. le cardinal du Perron contre les ministres, et auquel il travaillait actuellement lorsqu'on l'avait arrêté, M. le chancelier lui ayant dit qu'on lui pourrait fournir au bois de Vincennes toutes les choses nécessaires pour continuer cet ouvrage, il lui répondit qu'il ne pouvait assez s'étonner que, demeurant d'accord que personne n'était si capable que M. de Saint- Cyran de défendre en cela l'Église, on eût enfermé et comme enchaîné dans une prison le bras qui pouvait lancer ces foudres contre ses ennemis, et qu'il lui semblait encore plus étrange qu'après l'avoir traité de la sorte on pensât à se servir de lui dans une occasion si importante.

Il y a encore plusieurs personnes très considérables dans l'Eglise et dans le Conseil du roi qui ouïrent en ce tempslà les éloges que M. le chancelier donna à tous ces écrits rigoureusement examinés par son ordre; et cette seule justification pourrait suffire, quand il n'y en aurait pas tant d'autres très convaincantes, pour faire voir l'innocence de M. de Saint-Cyran, n'étant pas possible que dans un si grand nombre d'écrits il ne se fût rien trouvé qui eût mérité la censure de ceux qui n'avaient pas de trop favorables intentions en s'appliquant à cette lecture, ni que cet abbé n'eût découvert ses véritables sentiments dans une si prodigieuse multitude de traités, s'il eût eu quelques erreurs cachées au fond du cœur.

Mais le feu de la persécution était trop allumé contre lui pour l'éteindre si promptement ; trop de personnes prenaient part à sa ruine pour espérer qu'on le mît sitôt en liberté,

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