Ms. : Janssen... naquit à Leerdam
3. Jacques Jauson, professeur de théologie à Louvain (1547-1625).
LIVHE II 103
la considération du pays, mais aussi par la vue des excellentes qualités qu'il remarquait en la personne de ce cher disciple.
La grande ardeur qu'il avait pour l'étude l'ayant fait tomber dans une dangereuse maladie, les médecins lui conseillèrent de changer d'air; et comme il avait appris le grec de lui-même avec un travail incroyable, il crut que pour se perfectionner dans la connaissance de cette langue, il lui serait avantageux de faire un voyage en France, où cet idiome est plus connu par un très grand nombre de savants hommes qu'il ne l'est dans les Pays-Bas.
Étant donc venu à Paris dans ce dessein, il y parut avec éclat, et non seulement il trouva le moyen d'y subsister par une honnête condition qui le chargea de la conduite de quelques jeunes gentilshommes, mais même il y fît quelques actions publiques, comme entre autres une harangue latine dans le collège de Lisieux.
M. de Saint-Cyran, qui avait ouï ce discours public, se lia dès lors d'affection avec lui, l'éleva insensiblement à quelque chose de plus digne d'un théologien que ne sont les lettres humaines, lui inspira un grand désir de la lecture de saint Augustin, l'emmena à Bayonne pour y travailler avec plus de loisir et de repos qu'ils n'auraient fait à Paris, et cet exercice les occupa durant plusieurs années entières.
Etant rappelé à Louvain où il reçut le bonnet de docteur en 1617, il fut fait principal du nouveau collège de Sainte- Pulchérie. Il prit le soin de le faire rebâtir de l'argent que les proviseurs de cette maison lui fournirent, et l'ayant augmenté de plusieurs autres maisons, il en fut en quelque manière le fondateur. Mais comme le soin du ménage et de la conduite de la jeunesse consumait beaucoup de son temps et l'empêchait d'étudier autant qu'il l'eût souhaité, il renonça à cet emploi pour vivre dans une grande solitude, où il passa quelques années, sans autre conversation que de quelques docteurs de ses plus intimes.
Il passa ensuite de la qualité de lecteur ordinaire en théologie à celle de professeur royal de l'Écriture Sainte, y ayant été nommé par le roi d'Espagne en 1630, où il fit paraître sa suffisance par le grand nombre de savants disciples qui sont sortis de son école, et par les commentaires sur l'Écriture qu'il leur dictait, et qui ont été imprimés après
sa mort. Car outre rintelligence extraordinaire qu'il avait acquise de la doctrine des saints Pères de l'Église, il avait aussi acquis une très grande connaissance de la langue hébraïque et de la grecque, de sorte que les ministres de Bolduc ayant eu la témérité de présenter un cartel de défi aux catholiques, la persuasion où l'on était qu'il n'y avait personne plus capable que lui de réprimer l'insolence de ces hérétiques fit que l'on jeta les yeux sur lui pour y répondre, et l'événement a fait voir combien ce choix avait été judicieux, puisqu'il en prit l'occasion de mettre au jour d'excellents traités de controverse dont quelques-uns ont été traduits en notre langue.
Mais quoique ce fût un homme de cabinet et qui avait passé toute sa vie dans l'étude, il ne laissait pas d'être très capable de conduire des affaires, par la maturité de son jugement et par l'étendue de son esprit. Aussi l'Université de Louvain, qui avait des affaires à solliciter au Conseil d'Espagne, pour se défendre des entreprises des jésuites qui troublaient sa tranquillité et son repos, le députa deux différentes fois pour un voyage qui lui était si nécessaire, et lui donna lieu de se signaler dans les Universités de Salamanque et de Valladolid, mais d'une manière qui irrita contre lui cette société, car il y était pour résister à leurs entreprises et empêcher qu'ils n'enseignassent les lettres humaines et la philosophie dans Louvain, comme ils le prétendaient alors, par l'appui du sieur Farinius, pensionnaire de la ville, qui venait d'être nommé à la charge de conseiller du Brabant. A quoi la Faculté des Arts s'étant opposée vigoureusement, et ayant engagé dans ses intérêts toute l'Université qui pénétrait dans les dangereuses conséquences de ce nouvel établissement, on fut d'avis de députer une personne de considération pour solliciter en Espagne, au Conseil du roi, une affaire de cette importance. On n'en trouva pas de plus capable pour cette députation que M. Jansénius, qui était dès ce temps-là docteur en théologie, qui s'en étant chargé au mois d'avril 1624, il exécuta avec tant de prudence et de succès la commission que l'Université de Louvain lui avait donnée, qu'il la conserva dans tous ses droits, et fit cesser le nouveau trouble que les jésuites y avaient causé; car il y revint, avec des lettres du roi d'Espagne, datées du 3 octobre 1624; et