LIVRE XIV
Dans cette même assemblée, M. Guiard, syndic, proposa le livre du Père Bagot, jésuite, contre la réponse de dom Pacifique d'Avranches*, et dit que MM. les curés le lui avaient mis entre les mains avec quelques extraits. Il proposa aussi un autre libelle que ceux qui étaient pour le Père Bagot lui avaient aussi déféré pour en procurer la censure, comme MM. les curés demandaient celle de la réponse de ce jésuite. 11 déclara ensuite qu'il lui était tombé entre les mains une lettre dont il ne connaissait point le caractère, par laquelle on lui donnait avis que M. l'official de Paris avait déjà pris connaissance de cette affaire, et qu'ainsi il était bon que la Faculté ne s'engageât point à cet examen avant que d'avoir appris la vérité de ce fait, de sorte qu'il était d'avis d'attendre qu'elle se fût informée de M. l'official pour savoir ce qu'il en était.
On vit bien que tout cela ne tendait qu'à garantir le Père Bagot de toute censure. M. Mazure, curé de Saint-Paul, accusa de fausseté toute cette relation du syndic, soutenant que M. l'official n'était point saisi de cette affaire et qu'il n'y avait nulle instance pendante devant lui sur ce sujet. Le Père Langlois, jacobin, dit que quand même il se trouverait que M, l'official fût saisi de cette affaire, il ne faudrait pas laisser de lire et d'examiner le livre du Père Bagot, puisque la Faculté avait pris connaissance de la lettre de M, Arnauld, quoiqu'il l'eût envoyée au pape. Cet avis obligea les défenseurs de Molina de dire que cette raison avait été alléguée par ceux du parti de M. Arnauld, et non point par des docteurs dignes de foi comme était M. le syndic.
Mais la Faculté de théologie était dominée par un autre esprit que par celui de l'équité qui réglait ses mouvements avant que les Jésuites s'en fussent rendus les maîtres par le grand nombre de leurs émissaires. Elle ne se souvenait plus qu'en 1633 elle avait censuré les livres de ces Pères publiés en Angleterre contre la hiérarchie de l'Église, quoique l'assemblée du clergé et M. l'archevêque de Paris en eussent pris connaissance. Mais l'impunité des Jésuites était devenue un titre certain et incontestable, et cette affaire était tellement concertée qu'outre la lettre écrite au syndic, il