LIVRE XVI
Montauban dit sur ce sujet que, suivant l'ordre de la compagnie, il avait pensé aux ouvertures dont elle l'avait chargé ; mais qu'avant de les proposer, il était obligé de dire qu'encore que ce terme d'immédiatement eût été mis dans l'article comme expliquant une vérité de laquelle les auteurs des livres convenaient^ et qu'il eût un sens très orthodoxe, il était juste qu'ayant été mal pris la compagnie s'ouvrît clairement sur les sens qu'elle lui donnait, et que pour cet effet, parlant au nom des commissaires, il déclarait que leur pensée avait été seulement de signifier par ce mot que les évoques n'étaient point vicaires d'aucune puissance ecclésiastique qui fût sur la terre ; que leur puissance, tant de l'ordre que de la juridiction intérieure pour la rémission des péchés, et l'extérieure consistant au pouvoir d'excommunier, de juger et de définir des matières de la foi soit en première instance, soit aux conciles, leur était donnée de J.-G. ; ce qui n'empêche pas qu'en ce qui était de l'application à un diocèse plutôt qu'à un autre, ils n'eussent besoin de l'autorité du Saint-Siège, auquel il appartenait d'établir les évéques, de leur donner des sujets, et même de se réserver certaines causes et certains cas, et d'exercer dans toute l'Église la puissance de chef et de pasteur selon les saints canons, et comme il est expliqué dans les conciles de Latran sous Innocent III, de Florence et de Trente. Qu'après cet éclaircissement, il se sentait encore engagé de dire que cette vérité de la juridiction des évéques, comme elle est expliquée ci-dessus, ne s'étant point altérée en France comme en d'autres pays, les prélats français l'avaient toujours soutenue de toute leur force, en tous les temps et en toutes rencontres, et que Thomas de Vio S qui a été depuis cardinal Cajetan, ayant enseigné le contraire en l'an 1510, ils s'y étaient expressément opposés, et avaient fait commettre durant le concile de Pise transféré à Milan l'examen du livre de Cajetan à la Faculté de théologie de l'Université de Paris ; que les livres de Paludanus et de Turrecremata*, qui contenaient les
l. Thomas de Vio, cardinal de Gaëtaa ou Cajetan (i 469-1534), fut général de l'ordre de Saint-Dominique puis évoque de Gaëte, sa patrie. Le pape Léon X le fit cardinal en récompense d'un Traité où cet auteur donne «aux papes une autorité supérieure à celle des conciles.
1. Jean de Torquemada, plus connu sous le nom de Turrecremata,
mêmes nouveautés, selon ce qu'en rapporte Major* sur le quatrième des sentences, y avaient été censurés. Que trente ans après la publication du livre de Cajetan, le concile de Trente s'étant assemblé, les évêques français soutenant la même opinion, le contraire fut appelé la nouvelle opinion de Cajetan ; que le cardinal de Lorraine avec tous les évêques non seulement français, mais de toutes les nations, avait appuyé avec tant de vigueur le droit des évêques, qu'enfin le concile de Trente avait défini que les évêques étaient établis en la place des Apôtres par le Saint Esprit pour régir leurs églises. Qu'Alphonsus à Castro * ; grand théologien de l'ordre de Saint-François, qui était au concile, avait impugné» l'opinion de Cajetan; que la Faculté de Paris avait toujours soutenu l'ancienne qu'il avait attaquée peu solidement ; que les derniers et plus illustres professeurs l'avaient enseignée; que feu M. Lescot, évêque de Cliartres, et M. Isambert l'avaient publiquement professée ; que les Espagnols en avaient fait de même, non seulement au concile de Trente, mais depuis sa séparation ; que Vasquez avait reconnu cette vérité jusqu'à dire que les évêques, même in partibus^ n'excommuniaient point par l'autorité du pape, mais du droit que J.-C. leur avait donné.
Ensuite de ce discours, M. de Montauban lut un projet nouveau de cet article, conçu selon les termes du concile de Trente et son véritable sens, après la lecture duquel il dit que si cette manière de parler, quoique suffisante en elle-même, ne l'était pas assez selon le temps présent, on pourrait prendre l'expédient de ne point faire d'articles ni du pape, ni des évêques; mais en leur place y mettre une courte narration contenant les éclaircissements et les satisfactions que MM, les curés de Paris et le Père Bagot ont
dominicain espagnol, mort en 1468, soutint avec chaleur le parti du pape au concile de Bàle ; il est auteur d'ouvrages où il proclame la supériorité des papes sur les conciles.
1. Jean Le Maire ou Major, né en 1473, mort vers 1548, historien et poète.
2. Alphonsus a Castro, franciscain espagnol, fut élevé par Charles- Quint à l'évêché de Compostelle en 1538, et mourut la même année. 11 est auteur de plusieurs ouvrages, eutre autres d'un« Traité contre les hérésies ».