LIVRE XVÏ
joie ; son cœur s'évaporait en toutes rencontres pour entretenir de la dernière constitution du pape Alexandre tous ceux qu'il trouvait en son chemin ; et entrant dans les sentiments les plus évaporés de ses confédérés et de ses confrères, il disait partout que Messieurs les jansénistes avaient alors tout le contentement qu'ils pouvaient désirer au monde, puisque le pape leur avait fait l'honneur de leur assurer lui-même que les cinq propositions étaient dans Jansénius. Car comme on l'avait toujours accusé de les avoir fabriquées, et qu'il ne s'était jamais voulu exposer au hasard de les montrer, la voie d'une bulle de cette nature lui était tout à fait commode, et il se croyait dispensé par là d'un examen qui ne lui pouvait être que très fâcheux.
Mais la joie de ce docteur et de ses complices s'augmenta notablement quand ils reçurent une lettre de cachet de Sa Majesté le 5 d'avril, pour l'enregistrement de la bulle. Voici ce qu'elle contenait :
« Chers et bien amés, ayant été informé que le sieur Plccolomini, nonce de Notre Saint Père le Pape près de nous, avait envoyé au sieur doyen de la Faculté la bulle décernée par Sa Sainteté contre les jansénistes, nous nous sentons convié de vous faire cette Lettre pour vous dire que n'y ayant rien qui soit préjudiciable aux droits de celte couronne et immunités de l'Église gallicane, nous nous promettons que vous la recevrez avec le respect et la soumission qui est due au Saint Siège, et que vous serez bien aises de faire paraître en cette occasion le zèle que vous avez témoigné jusqu'à présent pour purger l'Église d'une doctrine si dangereuse et si pernicieuse à notre religion que celle qu'ils professent.
Donné à Paris, le 4^ jour d'avril 1657.
« Ainsi signé : Louis.
« Et plus bas : de Loménie. »
Les Jésuites ne perdaient aucun moment de temps pour faire valoir la nouvelle bulle, et pendant qu'ils sollicitaient des lettres de cachet pour la faire recevoir par la Faculté de théologie de Paris, ils ne s'endormaient point en Flandre ; et voici ce qui se passa dans l'Université de Louvain.
Le samedi 7 avril 1657, sur les onze heures du matin,
cette Université tint une assemblée extraordinaire ensuite d'une autre délibération prise par députés et avec serment, le 5 du même mois, de faire lire et notifier à tous ses suppôts une constitution d'Alexandre Vil contre le livre de Cornélius Jansénius, envoyée par M. l'internonce avec des lettres qu'il avait écrites le 31 mars et que l'on avait reçues le 4 d'avril.
L'alFaire mise en délibération, il fut résolu par l'avis et le consentement unanime de toutes les Facultés, que l'on recevrait cette constitution de N. S. P. le pape avec le respect et la soumission qui lui^étaient dus, et que l'on en ferait promptement une publication solennelle au jour que l'on trouverait plus commode, dans la salle de l'Université, après en avoir mandé tous les suppôts par des affiches publiques et avoir fait afficher la même constitution dans les lieux accoutumés.
Dans cette même assemblée, le doyen de la Faculté de théologie, après Ravoir rapporté le suffrage de sa Faculté qui était conforme à tous les autres, lut publiquement ce qui suit au nom du Collège de sa Faculté :
Après que le collège de la sacrée Faculté de théologie a reçu avec respect la constitution de N. S. P. le pape Alexandre VII, tant pour faire voir d'une manière certaine qu'il n'enseigne rien et n'a aucuns sentiments contraires à ceux du Saint Siège apostolique sur la matière des cinq propositions condamnées, tant pour prévenir les soupçons désavantageux que l'on en pourrait avoir, déclare par ces présentes devant toute cette assemblée de l'Université, qu'il préparera au plus tôt et enverra au Saint-Siège apostolique une déclaration nette et évidente de son sentiment sur la matière des dites cinq propositions conforme à l'ancienne doctrine du même collège, à laquelle il a souvent déclaré vouloir s'attacher, et notamment en l'année 1588, et depuis en l'année 1613, et ne s'en départir jamais, à moins que la sainte Église Romaine ne lui enjoigne de soutenir le contraire; et il en use de la sorte afin que ce soit une chose constante et indubitable par le jugement du Saint-Siège apostolique s'il a de bons ou de mauvais sentiments sur toute cette matière ; protestant et promettant de se soumettre avec toute la promptitude possible au jugement que le Saint-Siège en portera, quoi qu'il puisse pro-