‹ Mémoires sur l'impératrice JoséphineChapitre 29 sur 47 · MOI · texte numérisé non relu

MOI

Âia : A peine au sortir de l'enfance»

Vos TcrtuS) leurs grâces et leur charme Sont les premiers mots que j'appris ; Une tante, objet de mes larmes ,

Jusqu'au tombeau les a chéris (i).

Mon cœur^ à ses soins, à son xèle^

Doit rhéritage le plus doux^

Celui de tos bontés pour elle^

Et de tout son amour pour tous. (BU,)

On annonça une dëputatioa du village d'Aiinières» près de Navarre et en dépendant : elle était composée de mesdames Pierlot, Segur, et de messieurs de ïurpin, de Yiel-Castel»

Descbamps, Horeau, etc.

(i) Maintenant madame la oomteiae de La Brift.

(9) Madame de M**% amie de Sa Majesté, qui nous déihénta , qnoiqtt*eUe nona eût témoigné la pins grande affection |nsqn'ji sa mort.

SUR JOSEPHINE. Jl55

ROINDE.

Ail : ÀUcm atue pré9 SL'G^rvaU,

COLETTE (madame de ségir. )

De nos cœurs , de nos hameaux Chantons Taugustc souveraine ; Que les fils d*or les plus beaux

Lui forment longtemps des jours nouTeaux.

Déjà dans tout son domaine

Air commande des trayaux;

J'aurons tons, au boutd' la s^maine^ La poule au pot.

HATUHRIN. (M. ra Yno-GAaim. )

Sur les monts \Vik qu'on amène Des parures d*arbrisseaux.

Et que l'on fait de la plaine

. Partir les eaux (i).

COLETTE

Des cheTreuils dans la garenne ,

Des chamois sur les coteaux;

(i) Marais desiéchés par l'impératrice : oe <|iii rendit m imneoia service à plosienrs villages voisins.

â56 MÉMOIRES

Et dans la forêt s'promèneDt (i) Des animaux.

Nos jardiasdes terres loiotaioes Lui doivent ses Tégétaoz (a) ; Nos cités loi dolre la laine

Des uiérinos.

COLETTE

Dans Évreux ses mains soutiennent Pour les arts d*heiiretiz berceaux ,

Ous' que les jeunes fill* apprennent (3) Mieux qu' leurs fuseaux.

IIATHURIN.

Air veut qu* les promenades y prennent (4) Des alignemens nouveaux^

El qu'on Ole à Mcrpom&ne Ses vieux tréteaux.

(i) Elle eTait fait Tenir beauconp de chamois de Chamouny » et avait reada la promeaade du parc et de la forêt eus. habitans d'Évrenx, qnièn avalent été long-temps privéï.

(a) Séries entretenues à Navane, sons les yeni de M. Boapland.

(3) L*école de jeanes filles fondée par elle.

(4) Terrains achetés par Sa Maje^-té pour agrandir la proaaenade et bfttir un théâtre.

SUR JOSiPHUfE.

COLETTE

Si tous ceux qui, dans leur peine.

Ont eu part à ses cadeaux 9 iynn*.fleiir lui portaient l'étreoney L'bouqaet 8'raitbeau<

MADAME J>£ SJÉjGUR S' AVANÇANT^

Aie : J^cm un euri pairûU,

« Youlant de mon tendre hommage Peindre la sincérité , J'ai pris l'habit , le laogage Qu*adopte Ja yérité.

Yoiis connaisses dès long'temps Mon zèle et mes sentimens^ Et pour TOUS {bis) ils seront toujours constans! Toujours constans I Toujoars constans I

M* de Turpin easuiteiui offrit un jeu de cartes, flor lequel étaient représentées tontes les personnes de la société. Mon-seulement la ressemblance . était parfaite , mab il avait saisi avec beaucoup d'esprit toutes leurs attitudes. Son ingénieux pinceau créa mille accessoires charmans. M. de Turpin a fait aussi à ia Sépia plu-

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sieurs vues de Navarre, remarquables par leur exactitude et leur fini.

H. de Vîeii-Caaiei , chambellan de Timpératrice^ vint un matia me dire que Sa Majesté me demandait dans son cabinet. Il «vait un air si solennel , que , sans réfléchir que cette dignité lui était naturelle, dès qu'il prononçait le nom de Timpératrice » on qall exerçait une des prérogatives de sa charge, je tremblai comme la feuille , m'imaginant que probablement j'avais fait quelqueobose de i*idieolftou d'inconvenant , et que Sa Majesté allait me gronder. J'étais si bouleversée de l'idée de lui avoir déplu , que je ne savais plus ce que je faisais. M. de Vieîl- Gastel fut obligé de me répéter l'ordre d'aller immédiatement près de l'impératrice. Je crois qu'il pensait comme moi que cette entrevue devait être peu agréable; car loin de me rassurer , lorsque je lui témoignai ma crainte , il me répondit qu'il fallait obéir. 11. mit tant de sécheresse dans sa manière d^èlrê avec moi dans cette occasion , que je fus de plus en pèus persuadée ique j'avais mécontenté Sa Majesté. • ' '

Ma mauvaise tête lit beaucoup de chemin en peu de minutes ; j'entrai ohez Joséphine

pouvant à peine marcher , n'osant lever Jes yeax, et d'une pftleiir frappante. Elle m'en

demanda la cause avec un son de voix si bienveillant, que je fus snr-leHshamp rassurée, et repris avec elle mon ton ordinaire.

« Il n*esl pas naturel que vous soyez si pâle y » mademoiselle , vous êtes sans doute malade , » et j'en sais la cause, me dit Joséphine eu » souriant ; il fait ici un froid auquel vous n'êtes ' pas habituée. — Je puis assurer Votre Majesté » que je ne m en ^ aperçois pas; une iadisposi* 9 sîtion. . . — Non , je vous assure que c'est llin- » midité de INavarre qui voqs ôle vos belles » couleurs; pour qu'elles reviennent, il faut » vous vêtir chaudement. Tenez , ce schall vous » sera utile, acceptez-le, et portez celui-ci à > votre mèré ; elle est malade, j'irai la voir tout » à; l'heure. » Que l'on juge de ma joie, nonseulement de n'avoir pas été grondée , mais encore de me trouver en possession d'un cache* mire long à Palmes, Je perdis complètement la tête ; sans remercier Timpératrice , je m'enfuis de son appartement avec vitesse et de toutes mes forces; je me préci[Htai cbea ma mère pour lui remettre le présent de Sa Majesté , et aiarp le-champ je courus dans le long corridor de

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uotre appartement, entrant chez toutes ces dames 9 leur disant : regardez ce beau schall, il est à moi ; et puis , sans laisser le temps de l'examiner, je reprenais ma course. On me crut folle 9 et dans ce moment je Tétais vraiment un peu.

Le passage subit d'une crainte excessive au plaisir d'avoir une parure ambitionnée alors y . encore plus qu aujourd'hui , m'avait mise hors de moi* Lorsque je fus plus calme , je crus me rappeler que je n'avais pas remercié Sa Majesté, et me voiià de nouveau troublée , désolée de celte inconcevable oubli.

Je fus trouver madame d'Arberg pour lui conter 'mes peines ; elle était toujours la dépositaire de tout ce que je pensais ; sa constante bonté m'assurait de son indulgence. J'en avais souvent besoin, puisque, seconde iVfnette, je manquais sans cesse aux usages de la cour : elle me rassurait, me conseillait, et j'étais trop heureuse de l'avoir rencontrée.

Je lui montrai ce schall, cause de tant d'agitations; elle l'avait vu avant moi, et me dit que l'impératrice y loin d'être blessée de ma brusque sortie, s'en était amusée, en la considérant comme une preuve du plaisir qu'elle m'avait

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causé : «D*ailieurs, ajouta madame d'Arberg, il » y a ici si pea de naturel , que Sa Majesté aime » beaucoup les personnes qui en ont , et qui ne «calculent ni leurs gestes , ni leurs paroles. » Continuez à être ce que vous êtes » et yous lui » plairez. * Je ne répète ces phrases si obligeantes que pour prouver combien on était heureux à Navarre , puisqu'on y excusait toujours les torts ^ et qu'on y faisait valoir les qualités qui pouvaient les atténuer.

Je fus charmée et iière de montrer mon schall à M. de Vieil-Gastel , et de lui dire qu'il m'avait fait une belle peur avec son air grave. Il était moins bien pour nous que les autres, et voyait je crois avec peine que , sans être attachées par aucun titre à l'impératrice , nous fussions trai« tées comme les personnes de sa maison. Il n'était point riche» désirait toutes les faveurs , et calculait la valeur des présens que nous recervions , comme s'ils eussent été des vols qu'oQ lui faisait. Nous n'eûmes pas précisément'à nou^ plaindre de lui ; mais habituées aux manières si douces et si agréables de presque toute la société, les siennes nous paraissaient singulières : au reste 5 son caractère n'était point

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aimable. Flalteur, insiauant et doux avec ses flupérieursy il avait avec ses inférieurs uoe dureté extrême. Il faisait trop pour Sa Majesté , qui s impatientait quelquefois d'être servie en quelque aorte par lui. Elle aimait robligeance, la complaisance , détestait la servilité et la flagornerie. Ce mot peut seul peindre ce qu'employait avec elle M. de Yieil-CasteL Nous aimions tous sa femme, belle, jeune , et douce comme un ange (i). Mous savions qu'il ne la rendait pas très-heureuse , étant avec elle d'un extrême despotisme. L'impératrice avait pour elle uoe sincère affection, dont elle lui donna une preuve touchante.

Madame de Vicil-Caslel aimant tout ce qu'elle devait aimer, chérissait sa sœur aînée, qui lavait élevée, et qui était souffrante depuis quelque temps, sans que cependant on conçût l'idée qu'il y eût du danger. La maladie prit tout à coup un caractère grave ; en peu de jours elle fut à l'agonie. M. de Vieil-Castel ne pouvant renoncer au séjour de Navarre , résolut de cacher à sa femme les nouvelles qu'il venait

(i) Elle était nièce de M. âe Mirabeau.

SUE ^aiPiMNE. ' â65

de recevoir; il les comaïuniqua à Sa Majesté, en lui disant qu'il voulait éviter scènes trop pénibles, et qu'il pensait qu'if valait mieux ne pas instruire madame de Vieil-C^slel. « Vous » avez raison» dit rimpératrice » ma4ame de » Vieil-Castel est si sensible , que je craindrais » beaucoup pour elle le spectacle si affreux » d'one> sœur mourante. Puisqu'il n'y a plus M d'espoir, envoyez chercher vos enfans, alin V qu'ils soient ici lorsqu'il faudra annoncer la » mort de leur tante ; vous les amènerez chez » moi^ et je me chargerai de cette pënii)le » commission. »

Peu de jours après, ces jeunes gens arrivèrent; ils étaient vêtus de deuil. Sa Majesté Jes prit par la main , et entrant avec eux chez madame de Vieil-Castel , préparée depuis le matin seulement à la perte qui la menaçait :

« Pleurez , madame , lui dit Joséphine , vous » avez beaucoup perdu; mais voyez que d'objets » vous restent à ajmer. » Elle fut une grande partie de la matinée avec madame de Vieil-Castel. Joséphine ayant beaucoup souffert , savait parler aux cœurs malheureux ; elle adoucît les premiers mumeus d'une si juste et si cruelle douleur.

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Ce trait , ce me semble » peint entièrement le caractère de l'impératrice. Cette touchante prévoyance de faire arriver la consolation eu même temps que la peine ne pouvait être inspirée que par une âme comme la sienne,

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