MODÈLE DE SORTIE OU DE LIBERTÉ
L'ordre contresigné de en date de
« Le étant en liberté , je promets , conformément aux ordres
du roi, de ne parler à qui que ce soit, d'aucune manière que ce puisse être , des prisonniers, ni autres choses concernant le château de la Bastille , qui auraient pu parvenir à ma connaissance. Je reconnais , de plus , que l'on m'a rendu l'or , l'argent , papiers , effets et bijoux que j'ai apportés ou fait apporter audit château pendant le temps de ma détention : en foi de quoi j'ai signé le présent , pour servir et valoir ce que de raison.
» Fait au château de la Bastille (le jour , le mois , l'année) , à. . . . heures. » (Bastille dévoilée, irc livraison.)
« Tous les prisonniers mis en liberté prenaient l'engagement que
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contient ce modèle de sortie. Le général Dumouricz dit dans ses Mémoires qu'on lui lit signer la promesse de ne rien révéler de ce qu'il avait vu ou éprouvé à la Bastille; mais il regarda ce serment comme une formule qui ne l'engageait à rien. » ( Vie du général Dumouriez , tome Ier.)
Note (b) , page 33.
L'llujstre et malheureux Lamoignon de Malesherbes est peutêtre l'homme qui a le plus restreint , par son exemple , l'usage des lettres-de-cachet , après en avoir le mieux signalé les abus par ses écrits. Président de la Cour des aides , il dénonça,, dans plusieurs remontrances éloquentes , ces actes illégaux du pouvoir ; ministre de la maison du roi , jamais il ne s'en permit aucun , quoique la signature des lettres-de-cachet fût alors dans les attributions de la place qu'il occupait. Il s'en montra , s'Q est possible , plus avare que son prédécesseur M. de Saint-Florentin, duc de la Vrillière , n'en avait été prodigue.
Nous citerons de nouveau , à ce sujet , un ouvrage dont l'auteur a peint M. de Malesherbes avec autant de fidélité que de talent. L 'Essai public par M. le comte Boissy-d'Anglas contient les détails suivans sur la profusion que laissa régner M. de Saint- Florentin , dans la distribution des lettres-de-cachet, pendant plus de cinquante ans que dura son administration despotique.
« Il avait la surveillance et la distribution des lettres-de-cachet; » et l'imagination est effrayée en songeant au nombre immense » de celles qu'il signa : il les distribuait par milliers ; il n'y avait » pas un homme en place , pas un commandant de province , pas » un intendant, pas un évêque qui n'en reçût de signées en » blanc en aussi grand mombre qu'il le voulait, dont il n'avait » ensuite qu'à déterminer l'emploi. On a dit qu'il en avait été » donné plus de 5o mille pendant la durée de ce ministère : ce 9 nombre paraît d'abord exagéré; mais si l'on réfléchit à la faci- » lité avec laquelle on les accordait , et même au trafic hon- » teux qu'on ne rougissait pas d'en faire , on peut croire qu'il ne » l'est pas, puisque ce n'est pas mille par an pour toute la surface » du royaume; et que, d'après le régime quei'on suivait , l'ar- » bilrairc allait chercher ses nombreuses victimes jusque dans les v classes de la société les plus obscures et les plus reculées.
» Tel fut le ministre auquel M. de Malesherbes fut appelé* à suc- » céder ; on voit qu'il ne lui ressemblait guère. Il s'attacha princi- » paiement , dès qu'il fut en place , à réprimer toutes ces violations » du plus sacré de tous les droits ; et il fut , comme il s'en est glo- » rifié lui-même depuis , fidèje à ses anciens principes , en chan- » géant d'état et de fonctions. Il fit mettre en liberté presque tous » ceux qui étaient arbitrairement détenus, et il ne signa aucun » ordre pour en faire arrêter d'autres. Il détermina , même pour i) l'avenir, des formalités d'après lesquelles une lettre-de-cachet , » s'il avait été absolument nécessaire de l'expédier, auraitété aussi » difficile à obtenir que Fade juridique d'un tribunal ; mais il fit » mieux encore , il n'en donna point. » (Essai sur la vie , les opinions et les écrits de M. de Malesherbes • tome II , page a4.)
Les opinions et la vie entière de M. de Malesherbes inspirent tant d'intérêt et d'admiration ; l'anecdote que nous avons à citer se trouve d'ailleurs tellement liée , quoique par un rapport imprévu, au sujet dont nous nous occupons , qu'on nous saura gré de la joindre à cette note. Elle est encore extraite du livre qui apprend le mieux à connaître les principes et le caractère de M. de Malesherbes , à chérir et à respecter ses vertus.
« On lui avait donné , dans sa jeunesse , pour maître de danse , ce fameux Marcel qui trouvait, avec admiration , tant de choses dans un menuet, et qui avait la prétention de démêler le caractère et d'apprécier les qualités intellectuelles et morales d'une personne , en la voyant marcher dans une promenade , ou se présenter dans un salon. Il faut croire que les progrès de son écolier le satisfaisaient peu ; car un jour , après avoir demandé solennellement une audience particulière à son père , alors président à mortier du parlement de Paris , et ensuite chancelier de France , il se ' rendit chez lui. « Monsieur le président, lui dit-il, je dois à la i> confiance dont vous avez daigné m'honorer , de venir vous dé- •» clarer , non-seulement que M. votre fils ne dansera jamais bien, » mais encore qu'il est incapable de réussir ni dans la magistra- » ture , ni dans l'armée ; et qu'à la manière dont il marche , vous » ne pouvez raisonnablement le placer que dans l'Eglise. » Il avait raison pour l'armée, disait M. de Malesherbes en nous racontant ce fait; je crois que le canon m'aurait fait peur : quant à la magistrature, je crains bien qu'il n'ait eu raison aussi : cependant il
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y a une chose sûre, c'est que ces lettres-de-cachet , qui sont le canon dont on se sert contre les gens de robe, ne m ont jamais trop épouvanté. » {Idem , tome Ier , page 4.)
Note (c) , page 35.
Les détails qu'on va lire sont extraits des Mémoires historiques dont il est parlé dans Tavant-propos.