‹ Mémoires sur la chevalière d'ÉonChapitre 12 sur 102 · INSTRUCTIONS AU MARQUIS DE L HOSPITAL ALLANT A SAINT-PÉTERSBOURG · texte numérisé non relu

INSTRUCTIONS AU MARQUIS DE L HOSPITAL ALLANT A SAINT-PÉTERSBOURG

« Versailles, le 3 janvier 1757.

« Un des principaux objets des négociations du sieur chevalier Douglass^ chargé des affaires de Sa Majesté près rimpératrice de Russie, a été l'accession de cette princesse au traité de VersailleSi conclu entre Sa Majesté et rimpératrice-reine. Lorsqu'il fut signé, des raisons, qu'il serait inutile d'expliquer ioi, ne permirent pas d'y inscrire une clause d'exception en faveur de la Porte-Ottomane. Les Turcs ayant conçu des inquiétudes de ce traité, où ils ne se sont point vus exceptés, comme ils l'ont été dans le dernier que Sa Majesté britannique a conclu avec l'impératrice de Russie, et ces inquiétudes étant augmentées par les apparences de l'accession prochaine de cette princesse, Sa Majesté a cru devoir tes rassurer. En conséquence, elle a ordonné au chevalier Douglass de demander formellement cette exception, et elle a fait déclarer au sieur Beckteieff, chargé près d'elle des affaires de l'impératrice de Russie, qu'elle ne ratifierait point l'accession sans l'exception.

« Les ministres russes ont proposé, depuis, au chevalier Douglass d'excepter, à la vérité, les Turcs, mais d'annexer à l'accession un traité séparé et secret, par lequel Sa Majesté déclarerait qu'en cas de guerre de l'impératrice de Russie avec la Porte ou avec la Perse,

Sa Majesté ne fournirait qu'en argent les secours stipulés par le traité de Versailles, Timpératrice de Russie consentant à la même chose dans le cas où la présente guerre s'étendrait dans le continent, sur les frontières des États de Sa Majesté ou en Italie.

« Sa Majesté a fait écrire au chevalier Douglass, qu'elle lui défendait absolument de signer l'accession sans l'exception, et de consentir ii aucun acte pareil à celui qu'on lui propose, et qui tendrait le moins du monde'à infirmer l'exception.

« Si l'accession n'est point encore faite lorsque le sieur marquis de L'Hospital arrivera à Saint-Pétersbourg, c'est à ces conditions seules que Sa Majesté lui permet de les signer, son intention précise étant que les Turcs soient exceptés nommément et formellement, et que ses ministres près de l'impératrice de Russie n'acceptent aucune stipulation ou réserve, soit publique, soit secrète, qui diminue, infirme ou annule cette exception. »

Malgré la précision des défenses à lui faites, le chevalier Douglass avait consenti au biais inventé par l'Autriche, et accepté le mezzo termine qui devait satisfaire l'exigence moscovite et tromper la susceptibilité turque. Il fut convenu que la Porte-Ottomane serait garantie contre l'alliance, sur le traité ostensible, et que cette exception serait annulée par un article à part dit secrétissime. On défaisait ainsi en dessous ce qu'on avait fait ouvertement. Il n'y a que la cour de Vienne pour trouver de telles compositions et se contenter de pareils expédients!

A la nouvelle de cet arrangement diplomatique.

SUR LA CHEVALIÈRE d'ÉON 43

M. Rouillé, ministre des affaires étrangères, adressa au chevalier Douglass une réponse que nous allons transcrire ici, avec d'autant plus de plaisir que nous en avons trouvé plus rarement de semblables dans les espèces de trafics continuels et de maquignonnages qui caractérisent d'un bout à l'autre la politique de Louis XV. On est heureux de déterrer quelques perles sous ce fumier.

DÉPÊCHE DE M. ROUILLÉ, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRAN- GÈRES, AU CHEVALIER DOUGLASS, A SAINT-PÉTERS-

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