‹ Mémoires sur la chevalière d'ÉonChapitre 16 sur 102 · C'est-à-dire une centaine de soldats manquant de tout · texte numérisé non relu

C'est-à-dire une centaine de soldats manquant de tout

SDR LA CHEVALIÈRE d'ÉON 61

Mes survenus dans l'empire, tout ce qui déprendra d'elle pour observer les intérêts de Sa Majesté l'impératrice-reine, en sa qualité de co-État de l'empire, qu'elle regarde déjà sans cela, en sa qualité de grandduc de Russie, comme communs et le plus étroitement resserrés par pijusieurs traités ; d'ordonner à cette fin à ses ministres auprès de l'assemblée de l'empire et du cercle, de vivre dans une parfaite intelligence avec les ministres de Sa Majesté Impériale et Royale, et de leur prescrire comme un devoir essentiel et inaltérable de soutenir en toute occasion par les suffrages à donner les susdits intérêts de Sa Majesté Impériale et Royale.

3* Eu échange, et pour dédommager Son Altesse Impériale des frais que doit lui causer l'obligation de tenir ses troupes prêtes à marcher^ Sa Majesté impératrice et reine s'engage et s'oblige par la présente de fournir à Son Altesse Impériale, à partir de la date de cette convention, un subside annuel de cent mille florins, ou cinquante mi}le écus de banque, en deux termes payables à Hambourg chaque six mois d'avance, de façon que le premier paiement se fera incessamment * après l'échange des ratifications.

4* Cette convention restera dans toute sa force pendant le cours de la présente guerre et encore une année après la paix. Le terme expiré, il dépendra du bon plaisir des deux hautes parties contractantes de la rendre nulle ou bien de la prolonger à plusieurs autres années.

5* La présente convention, dont chacun des deux exemplaires a été signé de main propre par les deux ministres plénipotentiaires respectifs', et muni des ca-

chets de leurs armes, sera ratifiée des deux hautes par» ties contractantes, et les ratifications seront échangées à Saint-Pétersbourg dans Tespace de deux mois au plus tard.

Fait à Saint-Péteraboorg, le 15 jaiUet 1757.

Ainsi pour de l'or, Pierre, qui depuis fut Pierre III, renia Frédéric de Prusse, dont il avait fait Tobjet de son culte!... Pour de l'or, Catherine, qui depuis fut Catherine II, — partie prenante, sinon contractante au traité, — abritée derrière son mari contre la honte» comme plus tard elle s'abrita derrière Orlofif contre le sang, vendit sa conscience à Marie-Thérèse dont elle était jalouse, qu'elle abhorait ! U y a dans cette particularité, irrévélée jusqu'ici, quelque chose qui fait mal. Ce nom de Catherine, grand jusque dans sa pTus basse célébrité, poétisé jusque dans ses infamies, en reçoit je ne sais quelle souillure qui le décolore et le rapetisse. C'est une tache de boue au front d'une femme que la pensée entoure d'une auréole. L'esprit comprend certains forfaits des organisations exceptionnelles et n'en comprend pas certaines faiblesses. On est grand parfois dans le crime, on est toujours petit dans le vice. Nous nous expliquons mieux Catherine donnant des provinces entières, prodiguant des monceaux d'or et des milliop9 d'esclaves à son favori Potemkin, que Catherine se veo* dant pour cinquante mille écus, àous le couvert légal de son mari, chef de la communauté, et recevant avec lui la charité d'une impératrice autrichienne.

Bestucheff résista à l'appât qui séduisit le prince; mais il était déjà soudoyé par l'Angleterre, et fut asset

SUR LA CHEVALIÈRE d'ÉON (O

noble en son infamie pour ne pas recevoir de deux mains. Il sut ainsi rendre sa vénalité presque honorable en lui donnant Tappui d'une mâle fermeté, et en rélevant au niveau d'une apparente conviction.

Cette union de la Russie, de ses gouvernants et de ses princes, si longtemps, si laborieusement recherchée par la France, achetée par elle au prix de tant de peines et de tant d'or, faillit être compromise et brisée par un incident curieux qui est un de ces mille petits jours ouverts par la main de Thistoire sur l'époque dont nous parlons; incident imperceptible et dont la frivolité môme fit l'importance dans un temps où les petites choses étaient devenues les grandes. Voici le fait :

Le 16 septembre 1757, le marquis de L'Hôpital adressa à H. Tabbé de Bemis une dépêche ainsi con-' çue * :

a Monsieur le comte,

«.... M. le chevalier Douglass, qui va partir pour la France, aura l'honneur de vous rendre compte d'une idée que Sa Majesté Impériale la tzarine a eue à l'occasion de la grossesse de madame la grande-duchesse. C'est de proposer au roi de tenir avec elle sur les fonts de baptême l'enfant qui do}t naître... M. de Woronzow esl seul dans la confidence des intentions de Sa Majesté Impériale pour le baptême de l'enfant du grand-duc. H m'a dit hier d'avoir l'honneur de vous en prévenir secrètement, afin de savoir d'avance si cette proposition serait agréable au roi. Je dois aussi avoir l'honneur de'

Page 1