‹ Mémoires sur la chevalière d'ÉonChapitre 34 sur 102 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Louis XV venant au secours du chevalier d'Éon. — Lettres du contrôleur général et du duc de GboiseuL — Complot contre le cbevmlier d'Éon. — De Topium dans son vin. — Il est gravement incommodé. — Proposition de promenade à Westminster. — Prudence de d*Êoa. ^ Le serrurier et Tempreinte d'une serrure. — Déménagement. — Le chevalier d'Éon à Louis XV. ^ Le duc de Praslin envoie à Londres une demande d'extradition et des exempts pour s'emparer du chevalier d'Éon. » Double Jeu de Louis XV. — Il écrit au comte de Goercby et prévient le chevalier d'Éon. — Mesures de défense. — On refuse l'extradition. — Découragement du comte de Guerchy. — n cherche à capituler. — Son parlementaire est pris de terreur panique à la seule vue du chevalier d'Éon. — Lettre de celui-ci au comte de Guerchy. — Il refbse de rendre ses papiers sans un ordre exprès du roi. ~ Lettre de M. de Guerchy à Louis XV^et note du sieur Monin.— Billet du roi à M. Terder. — Persécution dn ministère firançab contre le chevalier d'Éon, ses parents et ses amis. — Il est déclaré traître, rebelle à l'État, et privé de ses appointements. — Sa résignation et ton dévouement silencieux à la volonté de Louis XV. — n est abandonné de ses amis. — Lettre à sa mère.

Cependant le but du comte de Guerchy, qui était de livrer à M""* de Pompadour le chevalier d'Éon et ses papiers, n'était point encore atteint. Impatient de remr plir cette partie secrète et capitale de sa mission, Tarnbassadeur presse le plus qu'il peut le départ du ministre

LA VÉRITÉ SUR LA CHEVALIÈRE d'ÉON laS

plénipotentiaire, et sollicite de la cour de Saint-James qu'elle veuille bien avancer le jour consacré d'ordinaire aux audiences royales de congé. « Je reçus, dit le chevalier d'Éon, de milord Halifax, un petit billet ainsi conçu :

c Milord Halifax fait bien ses compliments h monsieur « le chevalier d'Éon, et a l'honneur de lui faire savoir, « qu'à cause de quelques affaires qui sont survenues, « il sera plus de la convenance du roi de donner à mon- « sieur d'Éon son audience demain mercredi que venc dredi prochain.

K A Saint-James, le 25 octobre 1763. »

« Ce billet est une preuve que mon séjour à cette cour était un terrible fardeau sur les épaules et le cœur du comte de Guerchy. Ce poids lui paraissait dès lors si lourd, qu'il n'eut pas la patience d'attendre du mardi au vendredi. Il fait des vœux et des prières pour que mon audience soit avancée de deux jours et fixée au mercredi! Le ciel n'a pas exaucé ce vœu injuste et téméraire. Nous sommes dans le mois de février 1764, et je n'ai point encore pris mon audience de congé. Dieu seul sait quand je la prendrai ; suivant toute apparence, M. de Guerchy me donnera l'exemple. >

Retenu à Londres, et contraint par l'ordre secret de Louis XV de désobéir à l'ordre patent du roi, le chevalier d'Éon se trouvait dans une situation délicate et difficile. Ne pouvant dévoiler le motif de sa résistance, il chercha à la justifier, à l'aide de prétextes plausibles en apparence. l\ s'empara de tous les incidents qu'il

trouva sous sa main, et se retrancha dans toutes les chicanes et les fins de non-recevoir que son esprit inventif put déterrer. La première difficulté à laquelle il s'accrocha fut le genre de la signature appo^ au bas de son ordre de rappel. « Mais c'est une signature grillée, lui dit le comte de Guerchy. — Eh bien, se se laissera griller qui voudra, répond le facétieux chevalier estocant, cette fois, du calembourg; mais moi, je ne me laisse pas rôtir si facilement! »

Député et institué par acte autographe du souverain, il ne se reconnaît valablement rappelé et destitué que par acte de même forme, en vertu de ce principe de droit qui porte : res eodem modo dissolvi debent quo fuerunt colligaiœ. Il déclare, en conséquence, vouloir attendre des ordres ultérieurs. « Il n'y eut que ce mot, ajoute-t-îl, qui fut capable de faire reculer mon adversaire acharné ; et sans cet adjectif masculin, qui tomba d'aplomb sur son esprit novice, et dont il fut tout étourdi, je courais risque d'être vaincu. »

Louis XV prêta secours à la défense du chevalier d'Êon. Afin de fournir des armes à sa résistance, le monarque lui fit écrire par le contrôleur général des finances, puis par le duc de Ghoiseul pour lui demander un nouveau travail au nom du roi, et le prier de continuer sa correspondance. C'était une autorisation implicite de séjour à Londres, et une façon déU)urnée de contremander d'un côté ce qui était ordonné de l'autre. Enhardi par ce renfort que lui envoyait le roi contre sa propre armée, le chevalier d'Êon refusa de plus en plus de partir.

Désespérant de forcer dans ses retranchements un

ennemi plus habile que lui, le comte de Guercby résolut de vaincre par la trahison celui qu'il ne pouvait vaincre par la persuasion. Aux menaces succédèrent des propositions de paix. Le chevalier d'Éon reparut dans les salons de l'hôtel de Tambassade, et le vendredi 27 octobre il reprit sa place à la table de Tambassadeur. C'était ce qu'attendait celui-ci pour l'exécution de son complot.

Le comte de Guerchy savait que le chevalier d'Éon buvait ordinairement, et de préférence à tous autres vins, du vin de Tonnerre, sa patrie.

Basant ses calculs sur le goût bien connu de son hôte, le comte de Guerchy fit introduire une certaine quantité d'opium dans une bouteille de bourgogne vieux, par son écuyer Chazaly lequel avait eu, même avant l'arrivée du comte de Guerchy, une discussion d'intérieur avec le chevalier d'Éon. Celui-ci, qui n'était en* durant avec qui que ce fût, et beaucoup moins encore avec la haute ou basse livrée, redressa lestement et vertement le valet, dont l'insolence avait devancé et comme annoncé celle de son maître; le valet lui gardait rancune. Ce fut à cet homme que le comte de Guerchy confia la perpétration de son complot, aussi inhabilement conçu qu'imprudemment exécuté. L'opium fut mêlé au vin en trop forte ou trop faible dose, et TefTet produit se trouva, par cette cause, au delà ou en deçà du but. Averti par les premiers symptômes du mal, surpris soudain à l'épigastre par des douleurs cuisantes qui, suivant son expression, lui mirent le ventre en feu ; tombé dans une sorte de somnolence, il conserva toutefois assez de présence d'esprit pour entre-

voir le piège, et assez de force pour y échapper. Noos disons le piège, car sa première pensée n'alla pas plus loin. Il estima quon avait tenté de le plonger dans an sommeil profond, léthargique, à la faveur duquel on Feût enlevé, lui et ses papiers, et porté sur la Tamise, où probablement un bâtiment l'attendait et Teût conduit hors d'Angleterre, avant même qu'il eût reprit ses sens. Appréciation faite des documents et des choses, nous partageons ce sentiment primitif du chevalier d'Ëon; mais quelque temps après, il changea d'opinion. La révélation inattendue d'un homme, que déjà nous avons vu jouer un rôle mystérieux dans cette histoire, vint modifier son jugement, en lui faisant soupçonner un crime. Nous apprécierons en son lieu cette révélation qui dut, en vertu de sa gravité même, agir profondément sur une tête exaspérée par tant d'indignes manœuvres, et obtenir une facile créance d'un cœur aigri par tant de mauvais traitements. Le chevalier d'Éon raconte ainsi lui-même le dîner du comte de Guerchy, et les divers incidents qui l'ont précédé et suivi, dans une dépêche qu'il envoya tout exprès à Paris par son ami de La Rozière, et intitulée :

NOTE SECRÈTE ET IMPORTANTE POUR l' AVOCAT (le TOi)

ET SON SUBSTITUT (le comtc de Broglie)

« Londres, le 18 norembre 1763.

a m. de la Rozière peut vous rendre compte de tous les tours, détours, prièreS; menaces, promesses, etc., que le comte de Guerchy m'a faits pour tâcher de découvrir le motif secret de ma conduite. Il vous instruira

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également de la façon dont j'ai éludé toutes ses questions, et le peu de cas que j'ai fait de ses promesses et menaces. Je ne crois pas qu'il soit possible de conduire les choses plus loin que je l'ai fait, ni que jamais ambassadeur, ni même aucun homme dans le monde ait été plus humilié et plus mystifié que le comte de Guerchy. Quant à ses menaces, je m'en suis moqué; en parlant k sa personne, je lui ai dit que je l'attendais de pied ferme, et que quand il viendrait à la tête d'un second détachement aux gardes, je ne l'attaquerais point dans les rues, mais que s'il voulait entrer chez moi, il verrait comme je le recevrais à ma porte. Je n'ai chez moi que huit sabres turcs, quatre paires de pistolets et deux fusils turcs, le tout pour le peigner à la turque; ma porte est étroite, et Ton ne peut yentrer qu'un k un. D'ailleurs je suis toujours ministre plénipotentiaire, puisque je n'ai pas pris mes audiences de congé ; et, si je veux, je ferai ici une défense politique pendant unç année entière, avant que de les prendre : il ne s'agit que d'avoir un peu d'argent pour mon logement, ma nourriture, etc. La Rozière peut vous dire encore que je me suis fait dix-huit points d'appui ou redoutes politiques^ qu'il faut emporter avant de me forcer à prendre congé. Il n'y a que moi et la Rozière, s'il s'en souvient, qui connaissions mes points de défense ; et dès la première attaque que le comte de Guerchy et milord Halifax ont voulu me faire, j'ai démasqué une première redoute, et ils ont eu le nez cassé.

« M. de Guerchy, le S... et le M... étant donc enragés de mon séjour à cette cour, oîi le roi, la reine et toute la famille royale me traitent toujours aussi bien qu'à

Tordinaire, et ne sachant à quel saint se vouer pour me forcer k la retraite, ont imaginé les ressources les plus noires de l'injustice et de l'iniquité.

« TLe procur^Mf adûmettre sous les yeux de V avocat et de son substitut toutes les basses tracasseries que l'on m'a faites, pour les dépenses de la maison de Guerchy : je lui ai envoyé copie du tout ; s'il ne l'a pas montrée, ce n'est pas ma faute. 2* Gomme on a appris apparemment que je ne donnais pas au général de Rosback, de la campagne de 1762, tous les éloges qu'il mérite, parce que j'aime mieux qu'un prince maréchal, ou maréchal prince, soit humilié que le roi mon mattre et toute la nation française, on a envoyé ici (etil n'est pas difficile d'en deviner le principal auteur) plusieurs coquins et espions pour s'introduire chez moi, et pour espionner mes discours qu'on a beaucoup envenimés. A la tête de ces espions était le sieur de Vergy, dont mon mémoire imprimé vous mettra au fait; et M. de laRozière vous expliquera clairement les abominables complots dont Guerchy est l'indigne complice. 3*" Le duc de Nivernais m'a écrit au mois de septembre dernier, que si je ne me prêtais pas à ce qu'on exigeait de moi, on me ruinerait en France. Il y a déjà très-longtemps qu'on me suscite dans mon pays des affaires auxquelles je n'aurais pas dû m'attendre, comme, par exemple, de me faire mille chicanes et procès pour m'empêcher de rentrer dans les biens de mon père, d'exciter des créanciers contre moi, de vouloir me faire mettre à la taille, tandis que je n'y ai jamais été mis, lors même que je n'étais pas au service du roi.

« 4* Le vendredi 28 octobre, le comte de Guerchy fut

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dîner chez milord Sandwich, et je dînai ce jour-là à Fhôlel de France où il n'y avait que la comtesse de Guerchy, sa fille, M. de Blossetj le comte d'Allonville et M. Monin. Aussitôt après dîner, la comtesse sortit avec sa fille, pour aller faire des visites. Je restai avec ces messieurs qui se mirent à causer comme des pies borgnes. Peu de temps après, je me sentis incommodé et un grand assoupissement. Lorsque je sortis de Thôtel, je trouvai une chaise à porteurs que Von m offrit ; je n'en voulus point. Je fus chez moi à pied, où je me mis h dormir malgré moi auprès du feu, dans un fauteuil. Je fus obligé de me coucher de bonne heure, parce que je me trouvai encore plus incommodé, comme si j'avais le feu dans le ventre ! Je me couchai, et moi qui suis toujours levé à six ou sept heures, j'étais encore endormi le lendemain à midi, lorsque M. de la Rozière vint in'éveiller à grands coups de pieds dans ma porte. Les suites m'ont fait découvrir que M. de Guerchy, qui a son chirurgien avec lui, a fait mettre au moins de V opium dans mon vin, comptant qu'après dîner je tomberais dans un profond sommeil, que l'on me mettrait endormi dans une chaise à porteurs, et qu'au lieu de me porter * chez moi, on me porterait sur la Tamise où vraisemblablement il y a un bateau ou un bâtiment prêt pour m'enlever. Depuis plus de quinze jours, je suis trèsfort incommodé ; j'ai même à présent la tête et une partie du corps en feu, et une espèce de bile répandue* La Rozière peut vous certifier le fait.

« Le lendemain de la prise démon breuvage, M. Monin vint me voir et dîner avec moi. Je lui parlai de mon incommodité ; il me dit qu'il avait ressenti presque le

même mal, mais pas si violent. Quelques jours après, le comte de Guerchy vint me voir avant neuf heures du matin, avec ses deux aides de camp, tous deux en frac et Tembassadeur en redingote. Ils examinèrent beaucoup mon petit logement; et comme il y avait dans une petite salle quatre gravures représentant le roi avec la la peinture^ la sculpture ^ la musique et V architecture ^ le tout dédié h madame de Pompadouvy le chevalier d'Allonville commença par dire : a Ah ! monsieur le comte, voyez donc , des médaillons chez M. d*Éon dédiés à M"* de Pompadour ! » Je répondis : « Pourquoi pas ! Est-ce que vous croyez que M"' de Pompadour me fait peur? Elle ne m'a jamais fait ni bien, ni mal; je n'ai pas peur des belles dames. » Ensuite l'ambassadeur me demanda ce que j'avais; je lui répondis avec une franchise bourguignonne : « Depuis que j'ai dîné le 28 chez Votre Excellence, je me trouve fort incommodé; apparemment que vos marmitons n'ont pas soin de bien nettoyer leurs marmites et leurs casseroles. Voilà ce que c'est que d'avoir un grand étalage de maison : on est souvent empoisonné sans le savoir et le vouloir! »

« J'ai tenu le même discours à tous ceux qui me sont venus voir, ainsi qu'à mon médecin et à mon chirur- * gien. Le comte de Guerchy répondit : « J'ai bien recommandé à mon maître d'hôtel d'avoir Toeil sur la cuisine; ces messieurs se sont trouvés aussi incommodés, et pareillement M. Monin. » L'ambassadeur me dit ensuite : « Nous allons nous promener à Westminster (c'est une abbaye qui est sur le bord de la Tamise /) si vous n'aviez pas été incommodé, je vous aurais proposé de venir avec nous. » Quelque temps après, le chevalier d'AUon-

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ville me dit : « Monsieur d'Éon, vous n'allez plus à la comédie ?» Je répondis : « Non , puisque je suis malade. »

« La visite de si bon matin de Tambassadeur en redingote, et de ses deux aides de camp en frac, les propos de ces messieurs, Texamen de mon appartement, les discours de M. de Blosset, qui répondit à mon portier lorsqu'il demanda qui c'était, à la porte : c Ouvrez, c'est le maitre de la maison, etc., • tout cela m'annonçait quelque scène à laquelle j'étais bien préparé, parce que je suis toujours prêt. Heureusement une personne de mes amis, qui se trouvait dans ma chambre, déconcerta les projets militaires du grand général Guorchy ; et ce qui le déconcerta encore plus, c'est que, sous prétexte de faire apporter des chaises, je montai vite chez mon cousin ; je lui dis de se tenir alerte, sous les armes, et d'avertir également M. Boucher, mon secrétaire, et le portier de n'ouvrir la porte que lorsque je le lui dirais. Enfin l'ambassadeur voyant qu'il avait raté son coup, resta peu et partit.

« Deux jours après, mon domestique me dit le matin : « Monsieur, voilà le serrurier qui vient raccommoder la porte de votre chambre à laquelle il manque des vis. » Je sentis ce que cela voulait dire ; mais je ne dis rien. Je fis entrer le serrurier ; je fis semblant de travailler comme si de rien n'était, et ne perdis pas de vue ma porte. Le serrurier, qui travaille pour l'hôtel de Guerchy , fut chercher de l'huile pour huiler la serrure qui n'en avait pas besoin; la clé était en dedans de ma chambre, il la prit pour la mettre en dehors, et je lui vis prendre fort lestement l'empreinte de cette clé sur de la cire.

Je me possédai assez pour lui demander simplement combien il lui fallait pour sa peine.

« Toute cette manœuvre, jointe à toutes celles qu'on a employées pour séduire mes domestiques; deux cbai^ses à porteurs qui étaient toujours devant ma porte, sans que je les eusse demandées, etc., m'ont déterminé, dès le lendemain au soir, à emporter subito mes valises avec tous mes papiers, et à aller demander un asile à M. de la Rozière, mon parent (il Test en effet du côté de M. Montbelliard). Le lendemain matin, mon déménagement s'est fait; et qui est-ce qui a été étonné? c'est le comte de Guercby et toute sa clique !

« L'ambassadeur fut si furieux qu'il m'écrivit le lendemain de venir lui rendre mes comptes. Je ne fis aucune réponse à sa lettre. Je fus au lever du roi ou il vint, et lorsque Sa Majesté fut retirée, je dis au comte de Guercby : c Je n'ai pas répondu, monsieur, à la lettre « que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire ce matin, « parce que je me suis levé tard. A Tégard des comptes « que vous m'avez demandés, vous les avez tous jus- « qu'à la 'fin de septembre, et je n'ai été dans le cas de « payer que jusqu'à cette époque. » Et j'ai ajouté: « D'ailleurs, je suis charmé que vous me fournissiez « cette occasion, monsieur l'ambassadeur, de vous dé- « clarer que je n'ai jamais été votre intendant, et ne le « serai jamais. Je ne suis ni fait, ni né pour cela. Au « surplus, si j'ai des comptes à rendre, je les rendrai à « ma cour lorsqu'elle me les demandera. Le ministre « plénipotentiaire de France a vécu aux dépens du roi, € tout comme l'ambassadeur y vit, etc., etc.»

€ Jamais homme n'est resté plus décontenancé et

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plus penaud. Il voulut cependant parler un instant après, et commença sa phrase par : « Mais attendez, € monsieur d'Éon. . . » Je lui fis une profonde révérence et lui dis : « J'ai Thonneur de prendre congé de Votre Excellence. » Je ne l'ai pas revu depuis ce moment.

€ Depuis que je loge chez M. de la Roziëre, il est venu encore des i)orteurs de chaises se planter à ma porte; mais à la fin je les ai chassés ainsi que tous mes anciens domestiques. Je me sers de ceux de la maison, et j'ai pris seulement pour moi deux domestiques dont Fun est Suisse et l'autre Français, et je mets leur fidélité à répreuve, car on ne connaît les hommes qu'à l'usée! »

A cette note était jointe une lettre spéciale pour Louis XY, reproduisant en duplicata un abrégé des événements ci-dessus, et que le chevalier d'Éon termine en disant au roi qu'il a pour serviteurs de véritables ministres Cartouchiens !

Le roi rit beaucoup de l'épithète qui assimilait ses ministres à une bande de voleurs.

Quand il eut ainsi échoué dans son complot, le comte de Guerchy prévit bien que le chevalier d'Éon allait â>ruiter l'aventure, et publier partout la coupable tentative faite contre sa personne. Tremblant à la seule pensée de ce scandale, et redoutant la vengeance de son ennemi, qu'il savait impitoyable en ses représailles, le pauvre ambassadeur s'ingénia aussitôt à parer le coup qui le menaçait.

Il écrivit à son ami Prasiin pour implorer l'appui de ses conseils, et lui demander de nouvelles instructions. Irrité par tant d'obstacles imprévus, le ministre se dé-

eida à aller droit au but et à s'emparer par force de celui qu'il ne pouvait prendre par surprise. En consé^ quence, il expédia au comte de Guerchy une demi-r douzaine d'exempts, choisis parmi les estafiers de M. de Sartines; le tout accompagné d'une demande formelle d'extradition, adressée au roi d'Angleterre par le roi de France, mais signée comme l'acte de rappel à griffe, k patte ou à grille. Le courrier qui porta la dépêche du ministre fut, cette fois encore, précédé par un autre courrier de Louis XY, chargé de remettre les deux billets ei-dessous au comte de Guerchy et au chevalier d'Éon.

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