‹ Mémoires sur la chevalière d'ÉonChapitre 44 sur 102 · Voir Pièce juitificaHve^ n · texte numérisé non relu

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3. Voir cette lettre de forme curieitte au n« 7 des Pièces juttifica- Uves.

par défaut pour libelle, parut au ministère un prétexte suffisant pour faire décerner un mandat d'amener contre celui qu'on pouvait soupçonner d'être l'auteur de la lettre, et des exempts envahirent le logement du chevalier. Mais il leur échappa, et il adressa aussitôt publiquement au lord Mansfield et au lord Bute deux lettres dans lesquelles il renia avec indignation la lâcheté épistolaire qu'on lui attribuait.

Ce coup ainsi paré, il reprit l'offensive, et il se rendit avec ses témoins, au banc du roi, où il porta contre le comte de Guerchy une accusation d'empoisonnement-

Assignation fut donnée au comte de comparaître à la prochaine session des grands jurés de Londres, tenue au Old Bayley^ sous la double prévention de tentative d'empoisonnemet et de meurtre.

L'affaire fut instruite conformément à la loi, et le !•' mars 1765, les grands jurés de Londres, composant une espèce de chambre des mises en accusation, prononcèrent un indictment longuement motivé, par lequel ils déclaraient que Claude-Louis-François Régnier comte de Guerchy avait contre lui des témoignages asset graves pour mériter d'être poursuivi comme ayant méchamment sollicité et tâché de décider le nommé Pierre- Henri Treyssac de Vergy à assassiner et tuer Charles- Geneviève -Louis -Auguste -André -Timothée d'Éon de Beaumont.

Ainsi, le chevalier d'Éon avait répondu à un jugement pour libelle par une mise en accusation pour assassinat. Il y avait plus que compensation.

L'effet produit sur le public par cette sentence fut prodigieux. L'impression qui en résulta s'accrut encore

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de deux fautes impardonnables commises, peu de temps après, par le comte de Guerchy et les siens, dans le trouble que leur causa le premier retentissement de ce foudre judiciaire éclaté sur leur tête. Le nommé Ghazal, écuyer de l'ambassadeur, et spécialement désigné par le chevalier d*Éon, comme lui ayant servi le vin empoisonné, s'enfuit soudainement de Londres, sans même attendre la jeune femme à laquelle il venait d'être marié, et ne reparut plus en Angleterre 1 De son côté, le comte de Guerchy, au lieu d'opposer sa poitrine à l'accusation terrible portée contre lui, ou de s'envelopper contre elle des plis de son manteau d'ambassadeur, garanti inviolable par Valien-bill et le code international, invoqua l'intercession de Georges III, et réclama de ses ministres l'octroi d'un noli prosequi ou prohibition de poursuivre.

Le ministère anglais n'avait garde de refuser un déshonneur à l'ambassadeur de France, et prononça aussitôt une ordonnance dite acertiorari, qui évoquait devant lui l'affaire du comt^e de Guerchy et l'enlevait à la juridiction des grands jurés de Old-Bayley. Cette ordonnance ou wril, en vertu de laquelle le roi prenait d'autorité la place de plaignant, et devenait l'accusateur et le juge du prévenu, fut signifiée, suivant l'usage, au premier poursuivant et à ses témoins.

Doué du sentiment national dont le respect fit faule au cœur ou à l'esprit de son adversaire, le chevalier d'Éon hésita à suivre celui-ci dans la voie ou il s'était réfugié. < Je déclarai, dit-il, ne vouloir comparaître et m'expliquer par moi et mes témoins qu'après que l'ac- , cusé aurait mis avocat en cause, et se reconnaîtrait par

là justiciable du souverain étranger devant lequel il nr appelait. Et ainsi que la mention mise au bas des pièces ci-dessus Tatteste, le comte de Guerchy, ambassadeur du roi de France, crut pouvoir prendre cette détermination sans déshonneur 1 Son avocat et le mien furent donc entendus, le mien se présentant le dernier; mais soit pudeur des juges à défaut de celle de Taccusé, soit indignation du roi d'Angleterre lui-même, ou intervention des ministres de Yersailles accourus pour retirer leur complice de la route infamante dans laquelle il s'était aussi ineptement engagé, reutérinement dixnoliprosequine fut point prononcé; du moins, je D*en ai plus entendu parler!... »

La place n'était plus tenable au comte de Guerchv. La voix publique le lui cria, son cœur le lui dit à luimême ; il demanda son rappel ! Ses amis accédèrent à ce désir avec un empressement qui dut lui être douloureux. Mais le duel des deux ennemis survécut à leur séparation même. Le comte de Guerchy montra le premier que l'absence n'avait pas diminué son ardente animosité. N'ayant plus son adversaire à sa portée, il le frappa dans ses proches. La vieille mère du chevalier d'Éon , demeurée seule à Tonnerre, vit ses impôts démesurément accrus. Quelques minces allodialités, dont jouissaient ses champs et sa maison, lui furent retirées ; on la réduisit à la misère. Le chevalier d'Éon s'arma du fouet d'une publicité inexorable et en flagella de tous les côtés le persécuteur de sa mère. Il le traduisit au tribunal du monde, et transporta devant l'Europe entière les débats auxquels l'autre avait cru échapper en quittant l'Angleterre. Le comte de Guerchy ne put ré-

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sister au supplice incessant de ces immenses assises, et il mourut au mois de septembre de Tannée 1767.

Quelques jours avant sa mort, le chevalier d'Éon lui avait envoyé un dernier défi, qui ne parvînt pas jusqu'à lui. Mais le jeune fils du comte de Guerchy fit, dit-on, le serment de venger un jour son père.

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