TRAITEMENTS
Quels que soient les titres qu'on puisse l'aire valoir auprès des ministres ou des hommes influents, le meilleur est toujours l'argent comptant. Yn emploi de préfet ou d'intendant se paye 150000 et 200000 francs, le revenu de l'emploi étant évalué au décuple du traitement.
Ce traitement, pour les tssn-ts ou vice-rois, varie entre 13000 et 25000 lean ou onces (d'argent), valant près de huit francs. Pour les gouverneurs, il varie entre 10000 et 15 000. Il est, en moyenne, de 10000 pour les trésoriers, et de 8 000 pour les grands juges. Il varie entre 2 500 et 3 000 pour les intendants et les préfets, et entre 600 et 2 000 pour les sous-préfets : il est de 1000 onces pour les gouverneurs de Pékin et du Hlin kin.
Le traitement de non-activité alloué aux magistrats du rang le plus haut, contraints en général à résider à Pékin tant que dure leur non-activité, est, minime et dérisoire; il se paye par moitié en argent et en riz.
Les traitements d'activité paraissent assez beaux, mais sont en réalité fort insuffisants : 1° parce qu'il y a des présents considérables à faire pour obtenir un emploi ou avancer; 2° parce qu'en cas de disette, inondation, etc., il faut faire l'abandon (l'une partie de ce traitement; 3° parce qu'il est nécessaire d'entretenir une maison considérable et qu'il y a beaucoup d'employés à payer.
Un exemple le fera mieux comprendre.
Un tuii-uiyen, qu'il m'est inutile de désigner autrement, a un traitement de 1 500 onces; sa maison se compose d'un secrétaire, d'un chancelier, d'un archiviste ou bibliothécaire, d'un intendant, d'un ou deux cuisiniers, de quinze ou vingt kônpan ou pages et domestiques, de huit porteurs de chaise : de tout ce monde, il paye seulement les porteurs; les autres se payent eux-mêmes sur le public. Les kon-pan sont en général des esclaves; leur service est extrêmement doux.
Son administration particulière, qu'il doit payer, se compose de dix ou douze personnes comprises sous le nom générique de mu-yé ; ce sont : un min-min chargé de la police, etc.; un tsyèn-ks qui perçoit les taxes et revenus du tiui-iuyen ; deux ou trois nre-pin ou secrétaires, un tuion-mao ou comptable, un kao-tyèn ou expéditionnaire, deux tuiô-pin dont l'un reçoit les visiteurs et l'autre fait les visites du tini-xnyen, un ksn-pi qui corrige et date les proclamations, un tuian-fan ou caissier. Le premier de ces employés a 1000 onces d'appointements, le second 800, les autres 120; quelquefois le caissier en a 200. Le chiffre de ces appointements varie suivant la position du maître et l'abondance du travail : dans le cas actuel, le trai-myen a 2 500 à 3000 onces à payer à ses mu-yè; il doit, de plus, nourrir ses employés et toute sa maison ; s'il préfère leur payer une indemnité de nourriture, elle sera pour chacun de 10000 à 12000 tsyen (tbfi-tsyen), soit 50 à 60 francs par mois.
11 n'a pourtant que 1 500 onces de traitement; comment fera-t-il face à son déficit et trouvera-t-il moyen non-seulement de vivre, mais encore de se ménager une vieillesse opulente? 11 aura recours à la concussion, et c'est ce qui a lieu d'un bout de la Chine à l'autre.
La corruption remonte ici, comme dans l'empire ottoman, jusqu'au trône : elle s'y arrête sans doute, mais tout ce qui l'environne en est souillé; elle est si bien admise que le traitement n'est jamais pris en considération , et que le liui-myen de tout à l'heure ne touche 1 500 onces que parce qu'il est nécessaire à sa considération qu'il ne soit pas moins rétribué qu'il ne rétribue lui-même son min-min. Il a été question, il y a peu d'années, de supprimer tous les traitements ; mais on a dû reculer devant un acte qui ne pouvait être que la reconnaissance officielle et l'organisation même du vol.
On compte parmi les agents supérieurs de l'administration :
8 tsim-tb-, vice-rois ou gouverneurs généraux ;
2 tsan mah tssh-ts, intendants généraux des greniers publics, résidant à Tsû tuies ;
I yun tsb-h-ts, inspecteur général du canal Impérial, résidant à Xwai-nnan, dans le Kyan-s»;
I xo tSbTi-ts, inspecteur général du fleuve Jaune, résidant à Tsin-xo, chef-lieu de Illyen, près de Xwai-nnan : le gouverneur général du Tmi-li est aussi xo tsbû-tb-;
15 sysn-fs ou gouverneurs; 19 pb-tuian-ssô ou trésoriers; 18 nnan-tuia-sso ou grands juges; 18 myo yuan ou recteurs d'académie et examinateurs;
86 tao ou intendants de diverses dénominations, telles que pin-pei-tao, syun-tao, yen-fa-tao ; Des préfets et sous-préfets en nombre égal aux préfectures et sous-préfectures.
II est à remarquer que tandis que parmi nous l'administration, la justice, les finances, forment autant de spécialités parfaitement distinctes, dont chacune a son personnel, ses règles, ses traditions, ces divers services sont plus ou moins confondus eu Chine. La division du travail politique et administratif est évidemment un progrès très-haut; les nations de l'Europe l'ont réalisé, la Chine ne l'a pas encore atteint : convaincue de l'efficacité universelle d'une certaine rhétorique, elle pense que les dépositaires de ce trésor sont également capables de juger, d'administrer, de compter, et même de guerroyer, car souvent les troupes sont placées sous le commandement des agents civils. L'expérience montre cependant que, capables de tout, ils ne sont capables de rien. Il y a bien des trésoriers, des juges, des préfets, et leurs fonctions