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ATTITUDE EN CHINE

géographes dessinateurs, et quelques jeunes gens qui compléteraient là leur éducation consulaire ou diplomatique. On ferait faire à ces jeunes gens des recherches, des rapports, des analyses, qui serviraient Beaucoup à leur instruction et seraient conservés dans les cartons pour être consultés au besoin.

Le bureau posséderait une collection des meilleures cartes françaises et étrangères, comprenant les cartes statistiques et spéciales des chemins de fer, télégraphes, etc. ; celles à très-grand point, les plans de villes, de ports et de places fortes;

Une collection suffisante d'ouvrages historiques, généalogiques et descriptifs;

Tous les travaux statistiques de quelque importance , tous les rapports que les divers agents du ministère seraient chargés de lui faire parvenir sur des sujets et à des époques déterminés;

Les annuaires et les publications officielles de tous les pays et les principaux journaux du monde.

Tout document serait, au moment de sa réception, l'objet d'un rapide examen dont le résultat serait mentionné sur des catalogues spéciaux.

Le bureau publierait un annuaire politique universel, des bulletins statistiques de diverse nature : il répondrait, dans les vingt-quatre heures, par des rapports substantiels, des esquisses ou des cartes manuscrites, à toute demande de renseignements faite par le chef de l'État ou ses ministres.

On dira peut-être que les choses dont je viens de parler existent déjà: qu'il y a une école de ceci, un bureau de cela. Je le sais. Si je ne critique pas ces institutions, si je ne les nomme même pas, c'est qu'il m'a paru que le vice en était évident, que le perfectionnement en était oiseux, que des temps nouveaux voulaient des choses nouvelles. La liberté avec laquelle j'ai résumé mes plans aura, d'ailleurs, suffisamment fait entendre que mon objet n'est point cet idéal de mon siècle et de mon pays, une place, et surtout une sinécure. Si les fondations que je propose étaient réalisées un jour, il ne manquerait pas d'hommes plus propres que moi à en assurer le succès par leurs connaissances, leur zèle et leur activité.

La politique naturelle de la France en Chine est une politique à la fois de progrès et de conservation. Nous devons désirer que la Chine se transforme afin de se relever: nous devons veiller au maintien de son indépendance.

Tandis que notre civilisation accélérait son cours suivant une loi semblable à celle de la chute des corps, la Chine, lente à remuer, nous paraissait immobile et laissait entre elle et nous un espace chaque jour plus grand. Elle en est encore où nous en étions nous-mêmes au quatorzième siècle; ses éludes scolastiques étroites, ses moyens militaires imparfaits, son absolutisme impuissant, ses convulsions, ses épreuves, lui

donnent cette date. Il faut aujourd'hui qu'elle enjambe cinq siècles à la fois; elle a besoin de guides habiles et sûrs. Des missionnaires, presque tous de notre nation, L'initièrent jadis à nos sciences; il nous appartient encore aujourd'hui d'inspirer ses études, de diriger ses réformes, d'organiser ses défenses; non que nous devions être seuls à le faire ou même tâcher de l'être : nous ne devons pas porter dans l'accomplissement de celte tâche de mesquines rivalités, la compromettre par des intrigues; nous ne pouvons ici lutter avec d'autres nations que d'empressement et de loyauté. 11 ne faut point donner une couleur nationale à des services rendus à un peuple étranger, à des progrès dont toute l'Europe profite également.

Il faut avant tout désarmer la méfiance du gouvernement et du peuple que nous voulons servir. Cela n'est pas difficile; nous n'avons pas un seul intérêt qui soit en opposition avec les leurs. Dès que des écoles sérieuses s'ouvriront en Chine, nous y pourrons d'ailleurs faire entrer, avec notre langue et nos livres, la connaissance et le respect de notre nom.

La nécessité des réformes, au moins dans ce qu'elles ont de plus essentiel et de plus général, est comprise par la Chine. L'esprit public a fait dans ce pays un grand pas vers un système plus libéral et plus sage. Le gouvernement actuel, succédant à deux règnes détestables, s'est annoncé par des actes réparateurs d'une haute portée. L'empereur Tbfi 1110 (Toung che), âgé de dix ans à peine, a pour tuteur le prince Kong, qui a dû apprendre devant Pékin à nous connaître, a depuis donné des gages à l'Europe et manifesté des vues assez sages. Si ce prince avait pu visiter l'Europe, si nos relations avec la Chine nous permettaient d'ici à quelques années de la faire voir au jeune empereur, nous serions mieux compris encore, et la Chine serait régénérée. Quant aux ambassades ordinaires, elles sont sans grande portée : l'Europe a trop de grandeur pour que des ambassadeurs, livrés pendant leur absence aux cabales de leurs ennemis et représentés d'avance comme gagnés par nos présents, osent avouer tout ce qu'ils ont vu à un maître soupçonneux, en face d'une cour malveillante et d'un peuple incrédule. Je ne sais ce que sont devenus les envoyés, non de l'empereur du Japon, mais seulement de son lieutenant militaire; je sais seulement que leur mission n'a point eu de résultats utiles (1). Quant à l'ambassade annamite, son chef, encore en route, était, d'après de récentes nouvelles, menacé du dernier supplice, et sa famille jetée dans les fers répondait de sa personne. Il a suffi que Pierre le Grand visitât l'Europe pour que la Russie devînt européenne. Les écoliers turcs,

(I) Je crois qu'il y a en ce moment, en Angleterre, les agents de deux princes japonais, rivaux du Siogoun, ennemis l'un de l'autre; ils sont venus s'armer en Europe pour se combattre. On annonce même des écoliers japonais : l'émulation des princes de cette nation peut amener quelque bien.

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