‹ Mémoires sur la ChineChapitre 85 sur 220 · EXPLICATION RELATIVE AUX TABLEAUX CHRONOLOGIQUES · texte numérisé non relu

EXPLICATION RELATIVE AUX TABLEAUX CHRONOLOGIQUES

Je crois nécessaire de rappeler que les Chinois divisent le temps en périodes de soixante années. Sur le tahleau général des dynasties, ces cycles sont numérotés en haut des rectangles, de 1 à 73. Sur les autres tableaux, on retrouve les numéros de différents cycles. Dans le bas des rectangles du grand tableau, j'ai placé les siècles chrétiens. Les chiffres insérés dans les rectangles se rapportent toujours aux cycles: ils représentent le nombre d'années dont la date de l'établissement d'une dynastie ou de sa chute dépasse le cycle précédent. Ainsi 17 après le cycle 63 se lira 63 . 17. ou 63 cycles et 17 ans. Dans les tableaux de chronologie concordante, la dynastie principale occupe le rectangle ou bande qui est en haut. Les dynasties contemporaines sont placées au-dessous, avec la date cyclique de leur début et de leur fin. Je n'ai pas mis les dates européennes dans ces derniers tableaux.

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Monnaies chinoises. — Types anciens.

L'invention de la monnaie remonte, en Chine, à la plus haute antiquité. Les monnaies métalliques ont consisté presque exclusivement en pièces de cuivre battues ou fondues dans un moule, quelquefois avec addition de sable ou d'autres corps étrangers. On n'est pas arrivé d'abord à la forme ronde, qui est évidemment la plus commode. Quelques-unes des premières monnaies paraissent rappeler d'anciens outils dont elles représentaient la valeur ou qui servaient eux-mêmes de monnaie : c'est ainsi que dans le Kordofan on fait usage de pièces de fer de diverses dimensions, appelées hachchach ou bêches, parce qu'elles sont de véritables fers de bêche ou en ont la forme.

La Chine a eu aussi des monnaies non métalliques, de cuir surtout et de papier. Le papier-monnaie est ancien en Chine, et descend à la représentation de la valeur la plus infime.

Aujourd'hui la monnaie usuelle est le tsyen, de la valeur d'un demi-centime, percé au milieu et mis en enfilades de cent et de mille tsyen. Les Européens appellent cette monnaie sapèque et cash.

Des lingots d'argent d'une, deux ou plusieurs onces servent aux échanges plus importants : leur forme est celle d'un petit bateau; on les nomme yuan-pao.

Je vais donner, d'après un traité chinois (1), l'iconographie et la description de quelques-unes des monnaies les plus intéressantes. Les plus anciennes sont fort rares

(I) Ce traité, intitulé Tsyen-tehu, qui résume en quatre volumes les travaux de dix savants chinois, a été mis en ordre par Teliafï tsoufi-i, de Souïï-kyaiï fou, en la neuvième année de Tao-kwafi (1830).

cl se vendent à des prix Irès-élevés : il y en a qui valent, je crois, jusqu'à 1 500 francs. 11 en existe beaucoup de fausses dans le commerce, et il est difficile de les reconnaître. Les Chinois ont reproduit à l'infini, avec un art extrême, tous les objets, vases, bronzes, monnaies, qui possèdent quelque célébrité et qui étaient susceptibles d'être ainsi imités. Un grand nombre de ces contrefaçons existent, dans les collections particulières, en Chine, au Japon et en Europe.

On assure que Nyao-wan, quatrième descendant de Syen-yuan, après cent ans de règne mit en circulation les premières monnaies de cuivre. Elles étaient longues

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de 1 pouce (tsun) et 7 lignes (fen) (peut-être du pied décimal des Tmes, égal à 0m.31962); leur largeur à la partie moyenne était de 9 lignes, et en bas de 1 pouce; elles pesaient 1 tsyen et 3 fen. LUun-wan, en la quarante-huitième année de son règne, émit une monnaie dont

les dimensions étaient : longueur, 2 tsun ; largeur, 1 tsun 2 fen à la partie moyenne ; largeur en bas, 1 tsun 3 fen.

Sous la dynastie des fflya, depuis Yu-wan jusqu'à son dix-septième successeur, on

eut deux monnaies différant seulement par l'inversion de l'exergue. Leur longueur était de 2 tsun 1 fen, et leur largeur de 1 tsun 3 fen.

Tan-wan, premier prince de la dynastie des Illan, mit en circulation la pièce cijointe, longue de 2 tsun.

Sous Wb'-wan , premier prince de la dynastie des Tuieb- , on voit apparaître des monnaies rondes, percées, non écrites.

A l'époque de cette dynastie, un prince appelé Tin-ksn, maître d'une partie de la Chine, émit des pièces d'une forme bizarre, longues de 3 tsun 5 fen, larges à leur partie moyenne de 9 fen, et du poids de I once et 3 tsyen.

Sous les Tsin, il fut émis une monnaie ronde du diamètre de 1 tsun 3 fen, portant comme exergue les mots Pan-léan, dont le sens est demi-once.

Au début des Xan, sous Kao-tss, on retrouve une monnaie analogue à la précédente, et appelée les-pan. Bien qu'elle portât en exergue les mots Pan-léan, elle pesait moins d'une demi-once. Les Xan orientaux émirent le lew-syeb-, sur lequel on lisait les mots Wb-tuiu, dénomination dont le sens est difficile à saisir.

Sous la dynastie des Tsin, postérieurs aux Xan, on remarque une monnaie dont l'exergue se lit Xbo-tsyen, soit objet monnaie.

Le fondateur de la dynastie des Tan émit une monnaie dont l'exergue se lit : Kaiyuan tb-n-pao, plus facile à entendre qu'à traduire, qu'on pourrait peut-être rendre par voie de la fortune ou accès des trésors.

Les premières monnaies des Sbiï étaient pareilles, sauf que le premier mot de l'exergue était remplacé par le mot Sbfi, nom de cette dynastie. Les dernières monnaies émises sous cette famille étaient d'une forme allongée ; on les appelait t«nkwa-pey, ou feuillets portatifs de cuivre. Il y en avait de deux dimensions : les

grandes avaient 3 tsun de longueur sur 1 tsun de largeur ; les petites avaient 2 tsun de longueur. L'exergue des grandes, dont je donne la figure, porte : Lin-nnan fo men-yb-n, soit : usage courant (ciirrency) de Lin-nnan fe, et Tiuun s paé-wen mon, soit : valant cinq centaines (de 70) de mon ( = 350 mon). Sur l'exergue des petites on lisait trois cents au lieu de cinq cents. Sous les Mongous Yuen, la monnaie portait : Tmi-yuen tsn-pao.

Sur celle des Min, on lisait : Ta-tiubîï tsîï-pao, ou, avec un nom de prince : Xb-îi-ws tsù-pao, etc., et sur le revers un chiffre indicatif de la valeur, soit 10, 5, 3, 2, 1 (tsyen), et un caractère qui constituait la marque du fondeur.

Je crois inutile de parler ici des monnaies de la dynastie actuelle. Les personnes que ce sujet pourrait intéresser en trouveraient une description très-savante et trèsdétaillée dans le premier numéro du Journal of the Shanghai literary and scientific Society, travail qui est dû à M. A. Wylie.

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Fleuves chinois. — Déviations du Xo. — Bouches du Kvafi. — Côtes de la Chine.

Parmi les cours d'eau qui traversent et arrosent la Chine , il en est deux sur lesquels l'attention se porte tout d'abord : le Xwan-xo, ou le fleuve Jaune, et le Yan-tso Kyah, connu je ne sais pourquoi, en Europe, sous le nom de fleuve Bleu. Les Chinois l'appellent aussi Ta-kyan ou le grand fleuve , et simplement Kyafi ou le fleuve ; ils désignent souvent aussi le Xwah-xo par la seule appellation de Xo : ce mot a le même sens que celui de Kyah. Peut-être ces mots sont-ils les représentants de deux anciens idiomes monosyllabiques fondus dans la langue chinoise actuelle : ils s'appliquent l'un ou l'autre à presque tous les cours d'eau de la Chine; mais, employés seuls, ils désignent essentiellement les deux grands fleuves de l'empire , comme le seul mot latin Urbs servait à rappeler la ville de Romulus, devenue la capitale des Césars.

Le plus renommé de ces deux fleuves, c'est le fleuve Jaune : c'est, en effet, sur ses rives que , vingt-deux siècles avant le Christ , Yu le Grand , souverain d'un petit État, fonda la dynastie, plus célèbre que puissante, avec laquelle on fait aujourd'hui commencer l'histoire de l'empire. Le Kyah était alors presque la limite des peuplades chinoises , et les provinces méridionales de l'empire actuel n'étaient point connues.

Une inondation terrible avait précédé le règne de Yu le Grand ; ce fleuve rapide et redoutable, dont Yu colonisait les bords, et qu'il s'efforçait de contenir, y avait eu la plus grande part sans doute. Ce grand désastre, l'histoire de ses déplacements et de ses fureurs, est l'histoire même de la Chine, et les ruines qu'il a faites l'ont rendu plus célèbre que le Kyah n'a pu le devenir par la seule vertu de ses bienfaits.

Les géographes attribuent au fleuve Jaune un développement total de 2 200 milles de 60 au degré. Ce fleuve, supérieur au Danube, à l'Indus et au Gange, égale donc à peu près le Volga ou le Nil. Le Kyan, plus digne d'être comparé à ce Nil fertilisatcur, atteint une longueur de 2800 milles ; plus grand que le Yenissei , quatre fois plus grand que le Rhin , inférieur seulement au Mississipi et à l'Amazone, il n'a pas de rival dans l'ancien monde.

Les grands fleuves , dans la partie inférieure de leur cours , traversent ordinairement des plaines qu'ils ont formées, que de temps à autre ils inondent, que constamment ils déchirent pour se frayer de nouvelles routes. A peu de distance de la mer, les eaux fluviales, plus lentes, s'étendent et se ramifient; l'importance de leurs canaux varie incessamment comme leur nombre : toutefois , ceux qui se sont le plus creusés s'emparent peu à peu de toutes les eaux , et il semble que pour les fleuves le nombre des bouches aille en diminuant. C'est ainsi que le Rhône et le Nil en ont compté sept , et n'en comptent plus que deux ; la branche orientale du Nil va même aujourd'hui se comblant, et l'on peut entrevoir l'époque où il n'aboutira plus à la mer que par un seul canal.

Égaux aux plus grands fleuves de la terre, les fleuves chinois ont subi des vicissitudes pareilles; l'analogie suffirait à le faire admettre, l'histoire chinoise le démontre. Les détails dans lesquels je vais entrer, bien qu' assez nouveaux pour l'Europe, sont familiers aux Chinois instruits. Si les sciences positives ont peu progressé dans ce pays , l'étude de ses antiquités s'y est poursuivie toujours avec zèle et avec fruit. Les résultats obtenus par l'érudition chinoise peuvent être admis en Europe; ils doivent même y être préférés toujours à ceux auxquels nous arrivons nous-mêmes par l'étude de textes difficiles à entendre, et auxquels les Chinois peuvent joindre les traditions locales et l'examen direct du pays. C'est ainsi que, malgré des recherches très-laborieuses et très-savantes sur le sujet même que je vais aborder, Edouard Riot n'en avait saisi que peu de traits. Il n'est que trop souvent en désaccord avec la géographie générale publiée par le gouvernement chinois. Il a eu la gloire d'ouvrir à la science des routes très-nouvelles, mais il n'a souvent rencontré que des documents imparfaits.

Voici ce que nous apprend sur le fleuve Jaune la géographie historique chinoise. Après la grande inondation, au temps de Yu le Grand, le Xwan-xo se dirigeait, à partir d'un point situé au nord de l'emplacement actuel de Xo-nan fo (ville fort ancienne d'ailleurs, et dont on fait la capitale de Fs-mi, personnage anté- historique et essentiellement fabuleux), sur les points actuellement occupés par Ws-tmi et Tman-lô. Arrivé un peu au sud de Tman-tô, il formait deux bras, dont la direction moyenne était le nord-est, et qui tous deux se jetaient dans le golfe de Tmi-li. Le plus

DEVIATIONS DU XO.

septentrional, appelé le Xo, suivait, entre les positions actuelles de Tyen-tsin et de Ta-ku, la direction du Pei-xo actuel; un peu plus au sud, il donnait naissance à un embranchement secondaire dirigé de l'ouest à l'est et appelé Illi-xwan. Le bras méridional, qui aboutissait au sud du Illi-xwan, portait le nom de Ta (nom qu'il ne faut pas confondre avec Ta, grand). Plus au sud coulait le Tsi, dont les eaux ne se mêlaient point avec celles du Xwan-xo (planche 1). Sous la dynastie des IUafi, le bras principal ou septentrional suivait la même direction ; il n'est plus question ni du IUi-Xwah, ni du Ta. Un bras méridional , parti de près de Wb-tmi , se dirigeait sur Tsi-nin et se confondait avec le Tsi , pour atteindre la mer. Le Tsi doit être identifié avec

Planche 4 .

le fleuve actuellement appelé Ta-Tsin ou le grand Tsiîi, par opposition au petit Tsiîï qui en est voisin.

Au temps de Confucius (planche 2), le bras septentrional se divisait pour former une île allongée, comprenant les villes le Wb-kyaîï, Kao-tan et Syun ; du point de division partait un embranchement moins important, qui était le Ta, à peu près parallèle au Tsi , plus méridional enfin que le Tsi , et partant du sommet du grand delta, près de l'emplacement actuel de Wb-tiui ; un embranchement peu considérable peut-être se dirigeait vers l'est et allait se jeter dans une rivière qui, se dirigeant vers le sud-est, portait ses eaux au Xway; le Xway lui-même communiquait avec le grand Kyaîi par un canal naturel appelé Tsyen-ks. Ainsi, dès ces temps reculés, le canal impérial, dont l'établissement est attribué à la dynastie des Yuen , existait déjà en partie ; il est possible, toutefois, qu'il ne fût ni navigable, ni constamment alimenté. Au temps des Xan , c'est-à-dire vers le temps du Christ (planche 3), les deux bras du fleuve étaient les mêmes qu'au temps de la dynastie des Illan. Le bras septentrional donnait

Planche 2.

DÉVIATIONS DU XO. 113

naissance à deux embranchements secondaires qui aboutissaient entre les embouchures des deux bras principaux, et portaient les noms de Tuiun-tuii du nord et de Tmun-tiui du sud.

Planche 3.

Vers les troisième et quatrième siècles de notre ère , le fleuve Jaune suivait exclusivement la direction du Tsi, qui passait un peu plus au nord de Tsi-nan. Sous les Skîï (planche 4), vers le onzième siècle de notre ère, le fleuve Jaune

Planche 4.

arrivait encore par deux bras, appelés simplement du nord et du sud, dans le golfe de Tuii-li ; le bras septentrional parait avoir subi peu de déplacement.

De ces deux bras, celui du sud subsistait seul au temps des Kin, dynastie tartare établie au nord du Kyah , tandis que les derniers S»n occupaient le midi de la Chine.

D'un point situe un peu à l'ouest de Tsn-pifi te partait alors un embranchement dont le canal impérial suit aujourd'hui la direction (planche 5).

Enfin, sous les Yuen, le fleuve Jaune avait pris la direction actuelle et venait confondre ses eaux avec celles du Xway : il a depuis varié quelquefois encore; il y a peu d'années même, et, je crois, en la première année du règne du dernier empereur, c'est-à-dire il y a environ treize ans, il a repris sa course sur le Tsih par l'ancien Tsi, mais sans pour cela abandonner complètement le Xway, dans le lit duquel je crois même qu'il est entièrement revenu en ce moment.

Planche 5.

Le Kyaîî, bien que moins rapide, a eu aussi ses variations; l'histoire s'est moins attachée à en conserver le souvenir. Toutefois , le LLlK-kin parle de trois Kyan ou de trois bouches du fleuve actuel, à savoir : celle du nord, celle du milieu, et la principale située au sud des deux autres. Le savant M. Edkins a publié sur cette question, dans le Journal ofthe north China branch ofthe R. A. S., cahier de septembre 1860, un mémoire du plus haut intérêt. Il considère comme la branche principale, vers le temps des Xan, c'est-à-dire vers l'époque de la venue du Christ, le Tmô-kyan, indiqué comme tel par l'auteur de l'ancien dictionnaire intitulé IUwo-wen, qui place son embouchure près de Kwei-tmi, aujourd'hui LLIao-kin, ville située entre Xan-tiues, capitale de la province nommée, d'après l'ancien fleuve, Tiuô-kyah, et le port de Nin-po.

BOUCHES DU KYAN.

M. Edkins pense que c'est à tort que quelques modernes ont regardé la rivière de Xan-tuieb-, appelée Tsyen kyan, comme l'ancien Traô kyan. Le lac Tai formait autrefois, comme l'indiquait alors son nom, cinq lacs : le Tmo, venu de près de Tmi-tinebacluel, par les positions actuelles de Nin-kwo et Kwan-tô, traversait la partie méridionale de cet ensemble lacustre, tournait vers le sud, passait près des points actuels de nii-môn et de Tan-si, et se jetait dans la mer à Yu-yao.

Le bras du centre, parti du lieu actuel de Ws-xi;, se dirigeait sur la partie septentrionale des cinq lacs par le point auquel se trouve I-uiin, et formait deux bras,

Planche 6.

dont l'un, appelé Lyeu, débouchait au-dessus du Wb'-s«n actuel, et l'autre, se portant vers le sud, aboutissait à Kan-pbr, qui est vraisemblablement le Kan-fo des voyageurs arabes. On sait que la lettre P manque à l'alphabet arabe.

Quant à la branche septentrionale, elle constitue le cours actuel du Kyan. J'ai cherché à exprimer, à l'aide d'une petite esquisse (planche 6), les idées qui ressortent du mémoire de M. Edkins, mémoire qui n'est pas accompagné de carte. Je n'ai appuyé les opinions que je viens de présenter relativement aux cours anciens des deux grands fleuves de la Chine que sur les résultats de la critique chinoise ; mais les fleuves écrivent eux-mêmes leur histoire, et c'est l'étude même du sol qui nous fera le mieux apprécier le degré de confiance que mérite la tradition chinoise. La tradition nous a montré le fleuve Jaune se portant tour à tour au nord et au sud du IHan-tim,

s'unissant même au Kyan par un canal naturel, analogue au Casiquiare qui lie l'Orénoque à l'Amazone.

L'étude du sol, loin de contredire cette donnée, la confirme singulièrement : la partie rocheuse de la péninsule du Ulan-tsn, en effet, s'élève isolée entre une mer à demi comblée et de vastes plaines d'alluvion qui la bornent au nord-ouest, à l'ouest, au sud, et la séparent entièrement des autres massifs montagneux de la Chine; on peut admettre même que, dans des temps plus anciens que l'histoire, la chaîne granitique du Illan-tbh ou du mont Tai s'élevait seule du sein des mers et formait une île que de lentes alluvions ont réunie au continent. Les immenses apports reçus par le golfe de Tini-li, comme l'absence de grands atterrissements à l'embouchure actuelle du tleuve Jaune, confirment encore les témoignages écrits, et des faits du même ordre doivent porter à admettre l'existence et l'importance ancienne du Tiuo kyah. auquel seraient dus les grands atterrissements qui bornent le golfe de Xan-tmeb, le delta du Lyes et du Kan-pj>- kyah. démontrés par l'empiétement des terrains qui séparent ces deux canaux secondaires ; enfin , le peu d'importance dans l'antiquité du bras septentrional qui se déverse encore dans une sorte d'estuaire, et n'a pas donné naissance depuis plus de trois siècles à l'île de Tsbh-mih , qui est comme le rudiment de son delta maritime. Dans aucune région de la terre, peut-être, la question si importante des atterrissements ne pourrait être étudiée avec plus de fruit qu'en Chine. Cette étude est facile à ceux mêmes qui ne peuvent connaître de ce pays que ses côtes; des circonstances malheureuses ne m'ont point permis de m'y livrer comme je le désirais. Puissent des observateurs plus habiles et plus autorisés que je ne l'étais entrer dans la voie féconde de ces recherches !

La surface du globe que nous habitons paraît l'éternel jouet des deux forces constamment en lutte : les feux de la terre qui élèvent les montagnes, les eaux du ciel qui refont des plaines. Les roches de fusion ignée, qui forment les cimes les plus hautes, sont comme le squelette et le support de nos continents, vont se décomposant sans cesse sous l'action du nuage humide, du torrent impétueux ou du glacier pesant et irrésistible; leurs débris roulent dans la plaine, et, charriés par les eaux. se réduisent et s'arrondissent de plus en plus. Les éléments dont ils se composaient se séparent bientôt : le sable quartzeux, plus pesant, s'arrête d'abord; l'argile légère. suspendue au milieu des eaux, continue à se mouvoir jusqu'à ce que l'action lente de son faible poids ou le choc des flots de la mer la contraigne à se précipiter à son tour. Ainsi les plus petits fleuves roulent des galets; les fleuves moins petits portent du sable ; les grands fleuves charrient cet épais limon dont se bâtissent les delta et tant d'îles, et à la surface duquel l'homme cultive ses champs les plus féconds, élève ses plus riches cités.

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