LE GOUVERNEMENT ET L'ADMINISTRATION
7 FLOREAL AN Ilf.
Citoyens, vous aviez chargé la commission des sept de vous présenter ses vues sur les moyens de donner plus de ressort et d^activité au gouvernement actuel. Les circonstances deviennent tous les jours si pressantes, et les délibérations sont si lentes , que j'ai cru ne devoir plus tarder d'^apporter directement à la Convention nationale le tribut de mes réflexions sur cet objet important. Quoiqu'elles soient le résultat de plusieurs mois de méditation et d'expérience, je n'ai point la folle vanité de croire qu'elles doivent être adoptées par l'Assemblée comme un ouvrage parfait; mais j'ose dire, parce que j'en ai la conscience , que le plan que j'ai à vous présenter est ce qu'il y a de mieux à faire dans une matière où nous sommes forcés encore , par des circonstances impérieuses , de louvoyer , pour ainsi dire , av^c les grands principes.
Si je parviens d'ailleurs à ouvrir les yeux trop long-temps fermés de la Convention, sur l'état où elle se trouve , et sur les dangers qui l'environnent ;
t>MmONcés A LA CONVÈNTlOlf. 33l
si je provoque , comme je Tespère , une grande dis-* cussion sur notre situation politique, je ne cloute pas que vous ne trouviez dans votre énergie les moyens de cicatriser les plaies profondes de la pairie, et de sauver la république.
L^.tm de ces moyens, le plus sûr, le seul peut-« être qui vous reste, c'est de donner un gouvernement à la France. Tous les citoyens eiî sentent le besoin pressant, tous vous le demandent; cV$t à rorganisalion d'^b bon gonviet'nement que tiennent le crédit pùblic^là sûreté, des personnel et des propriétés, lesappi^ovisionoemens , les succès des armées, leiriomphe de la liberté et la prospérité de la nation. (Test pour atteindre ce but que vous allez vous occuper saos relâche de IWganisation de la constitution, et hâter le moment où elle pcMsurra élre mise en activité. '-
Ce serait avoir une bien fausse idée de la constitution d'un grand peuple et -des lois nécessaires au tnamtiendde Tordre social , qiie de croire qu'elles pussent être improvisées dans quelques jours , et subitement testécbiées. C'est ici surtout qu'il faut apporter toutes les combinaisons de 1& sagesse, si vous voulez faire un ouvrage durable et arrêter le torrent révolutionnaire.
Ainsi il serait imprudent et même insensé de fixer d'avancé le terme où la liberté nationale sera entièrement garantie par un ordre constitutionnel. Il n'est aucun de vous , s'il n'écoutait que ses intérêts et ses goûts, qui ne désirât de pouvoir déposer
sur-^le-champ la portion de pouvoir qqMI exerce, pour devenir simple citoyen et. donner Pexemple" derobéissanceaux lois de la république; mais nous devons avant tout écouter dos devoirs «t nous mettre en état de solder à livre ouvert cette grande comptabilité morale dont le peuple nous a chargés.
Ainsi, tandis que les membres que vous avei* investis de votre confiance prépareront les lois organiques de la constitution ; pendant que vous les discuterez et jusqu^à. ce qu'elles aient été acceptées par le peuple^ vous devez prendre tous les moyens que prescrit la sagesse, pour faire marcher, le gouvernement actuel ef*]^ur empêcher. quMl ne devienne la proie des factions on des ennemis de la libertés
Depuis cinq ans , nous inarchons , pour ainsi dire, sans système en politique, en législation ^ en guerre, en finances.
Le hasard et la force des choses ont plus fait que les calculs de la raboih ^
Le gouvernement a moins résidé (jlans la représet)tatton nationale ' que dans des corporations excentriques nées An patriotisme, mais dominées par des ambitieux.
La puissance extraordinaire de ces institutions détruisit la monarchie; elle aurait fini peut^-étre par étoufier la république.
Spus le long décenmrai du comité de salut public , le gouvernement eut quelque force , mais il
fut atroce et sanguinaire* Créé par la Convention, il méconnut bientôt Torigine de ses pouvoirs ; il la domina avec Tinstrument dont les factieux sVtaient toujours servis, et fut sans doute dominé souvent par cet instrument même.
Au 9 thermidor, il nY avait plus de gouvernement, ou, pour mieux dire, il était retourné dans la Convention tout entière. Le sentiment douloureux de Toppression tyranniqne qui avait pesé sur tous ses membres et sur le peuple français, les détermina à saisir cette occasion pour disséminer le pouvoir. \
^'expérience du passé , les craintes pour Pavenir présidèrent plus que les principes et la raison à la réorganisation du gouvernement.
Il fut confié à treize comités : le comité de saint public eut à peine le pouvoir strictement nécessaire pour continuer la guerre, et Ton n'a pas été long-temps à s'apercevoir que si le pouvoir était tyrannique, lorsqu'il était trop centralisé, il n'avait plus aucune force quand il était trop divisé , et qu'il fallait trouver un juste milieu entre le despotisme et Fanarchie. ^ .
La Convention ne doit pas abandonner dans ce moment les rênes du gouvernement à des mains étrangères; elle ne pourrait s'en dessaisir sans danger. Un conseil exécutif, établi à côté d'elle , deviendrait nécessairement le point d'appui de tous les ennemis de la représentation nationale.
Il s'agit donc de rechercher d'abord la meilleure
334 opriffONs^ DISCOURS bt rapports
manière d^orgainiser le gouvernement dans la représentaliqn nationale. ^
Il est temps de revenir aux principes et de se dépouiller des préjugés de la révolution ; car si elle en a beaucoup détruit ^ elle en a aussi prodqit cpielqnes-uns.
Il pe faut pas que des préventions ou des ci'aintes exagérées fassent dévier la Convention de ce qjui peut la conduire au terme qaVUe se propose.
Le gouvernement doit avoir assez de connaissances pour embrasser , comme d^n» regard , tous les besoins de la nation; il doit être assez puissant pour faire toujours exécuter infailliblement les lois, assez dépendant des lois pour avoir la confiance du peuple, et être environné de ces attributs imposais qui impriment le respect aux citoyens et aux nations étrangères.
Il est évident que le gouvernement actuel n^a aucun de ces caractères essentiels t
Le premier, c^est de réunir toutes le» connaissances, toutes les lumières administratives dans un seul point V dans une seule assemblée, quelque nom qu^on lui donne. Aujourd^ui^ la république est gouvernée par treize comités qui ont à côté d^eux autant de commissions, et un bien plus grand nombre d^agences. Tous les objets du gouvernement sont disséminés sur ce grand nombre de points, et les connaissances d^administration qu^il faut concentrer, les lumières qu^il fsiul réunir, i)e sont réunies nulle part. • t
l>AONOIiÇBS iV LA CONVENTION. 335
Le comité de salut public est entravé dans presque toutes ses opérations, et obligé de«e réunir souvent avec plusieurs comités pour délibérer sur les moindres mesures* Ces réunions occasionent une assez grande perte de temps; souvent il nVst plus opportun d^agir quand on a délibéré , et il ne pefit rien faire seul, parce que son pouvoir est mutilé.
Les autres comités, qui ont aussi chacun une partie de gouvernement, prennent souvent des arrêtés incohérens, contradictoires, parcequ^ilsp^ont pas de point central où les opérations se discutent et se coïK^ertenl. Enfin , il y a , pour ainsi dire , treize gouvememens qui ne peuvent ni se concilier, ni sVntendre, qui tirent les rênes en tout sens et qui entravent la marche dés affaires, au lieu de Faccélérer.
Les commissions eréeutires se ressentent des vices de Foi^anisation des comités : elles sont trop nombreuses , leur pouvoir est trop disséminé ; elles sont obligées dVtabiir, dans beaucoup d'affaires, une correspondance qui consume du temps , des bras, de ra;*gent, et qui en ralentit la marche d'une manière funeste à la chose publique.
Dans un gouvernement, aucune partie des he^ soius publics n'est isolée et séparée des autres, tout se lie «t sie tient -par des rapports intimes. Cette .vérité doit servir de base à tous- lasr gfouvernemens : si on ii'y revient pas ,' si- ori Paltère , on ne fait que modifier Fanarcbie. Je n'entre
poînl; dans tous les ëéveloppemens de ce principe y mais les esprits exercés les sentiront facilement.
Dans une guerre, par exemple , icpi^on fait sur terre et sur mer, il (aut combiner incessamment ensemble les forces qu^qn veut déployer. Le commerce, Fagriculture et les subsistances doivent être aussi considérés relativement à Tétat de
guerre et à Tétat de paix. Le maintien de la tranquillité intérieure de FEtat ne peut pas se séparer non plus de la situation des relations extérieures^ et enfin les finances , ce principe de vie, tiré de toutes les veines de la nation, et qui doit j circuler, exigent impérieusement la connaissance parfaite de toutes les parties de Tadministration générale. ^
On voÉk donc que daqs le gouvernement tout est rapports; que ce sont ces rapports qui forment les points de lumière, et que si Ton sépare les ob* jets, qui de lejiir nature doivent être rapprochés , toute lumière est éteinte , et ce n^est pas merveille si on gouverne mal , lorsqu^on gouverne dans les ténèbres; ( Applaudissemens. )
Le second caractère que nous avons assigné à un bon gouvernement , c'est une grande force et une grande puissahee : dans le gouvernement actuel , la puissance et la force , dispersées dans treize comités , et dans un nombre infini de commissions et d^agènces, ne se;font voir et ne se font sentir nulle part avec grandeur;' elles nVxistent'réelIe-
l>R0NOfrcés À LA CONVENTION. 3^7
ment nulle part. A chaque instant un comité ou une commission sont obligés d^avoir recours à une autre commission, à un autre comité, pour la moindre des mesures : la plus petite affaire est traînée ainsi d^une compétence incertaine en une compétence plus incertaine encore. Le peuple ne peut prendre aucune considération pour des co-^ mités et des commissions qui déclarent si souvent qu^ils n'^ont pas le droit de prononcer.
Une espèce de dédain que la faiblesse inspire toujours, s^attache ainsi aux dépositaires de la force nationale; et cVsl sur ce dédain principale-* ment que tous les perturbateurs de Tordre fondent leurs espérances et leur audace.
Jamais le gouvernement n^aura de force, sMl n'^est concentré tout entier dans les mêmes mains» Quelque chose que Ton substitue à cette organisation , il n^aura qu^une correspondance difficile dans ses parties ; il n^aura point d^uniformité dans ses mouvemens, Fexécution sera lente et difficile, surtout dans les opérations mixtes ; il n^aura jamais cette rapidité et cette consistance nerveuse qui assure son unité et son action, en ramassant toutes ses forces pour les diriger vers un but commun.
Vous avez à gouverner une vaste république , une immense population, à faire marcher des ressorts multipliés à FinBni et compliqués en tout sens , à faire mouvoir tous les membres de ce grand corps, aies mettre en harmonie les uns avec les autres 9 à diriger des armées considérables, à
338 OPtNION$, DISC0UK9 BT RAPPORTS
pourvoir à tous leurs besoins , à vivifier et à étendre ^w)5 FelatioBs extérieures.
Plus le tèrriloire d^un état est cousidérable et sa population nombreuse 9 plus son gouvernemeni exige d^ensemble , de prouiptiUide et d^activité. Ce principe, fondé sur rexpérienee de tous les temps el de tous le$ gouvernemens , reçoit encore plus de poids des circonstances où nous nous trouvons. Nous ne devons jamais perdre de vue que les ré*sistances ouvertes ou cachées des ennemis de la bberté exigent dans le gouvernement une ardeur, une activité 'et une vigilance extraordinaires.
Le troisième caractère que nous avons assigné à un bon gouvernement, c^esl Timpossibilité- de mettre la volonté personnelle de ses agens à la place de la loi et de la pensée du législateur i c^est enfin ^impossibilité de subsliluer Farbi traire auf décrets.
Mais, dans le gouvernement actuel de la répu«blique , lorsque la compétence de tant de comités, de tan| de commissions, est si n^a) détermioée, il est impossible que <}uêlques-uHS dVntre eux, que même tous peat-i-étre ne restent souvent en de*çà,el n^aillent souvent au^élà de leur véritable conipétence.Dans un iéi état de chose, nul ne peutsavoir précisément quelle est la mesure de ses devmrs et de son pouvoir, et Ton manque également à ses devoirs, soit qu^on étende trop ses pouvoirs , soit qu^onles restreigne trop ou qu^oa les affaiblisse.C^x , qui font le mal peuvent le faire san^ sVn aperee-
PRONONCRS À LA CONVfiNTlOfVé 330
vpir, et ceux qui le souffrent ignorent s^ib ont ou s^iU n^ont pas le droit de s^en plaindre. Un mé* contentement sourd se répand de toutes parti ; tâ^ntdi ceux qui souffrent étouffent leurs plaintes , parce qu^ils ne savent sur quoi les motiver, parce quUls ignorent st c^est la loi qui est mauvaise ou ses exécuteurs inhabiles. Quelquefois^ au contraire, les plaintes et les accusations excèdent toute mesnrei parce que ne voyant pas avec précision les torts d« gouvernement, on le soupçonne et on le charge de tous ceiix que Ton imagine» Cette situation eat^ sitns aucun doute, la plus mauvaise ei pour ceux qui gouvernent et pour ceux qui sont gooTerné»; cette situation est la ndlre*
Le quatrième caractère que nous avons assigné a un bon gouvernement, c^est dVtre entouré d^aiitributs et de formes qui lui concilient à la fois la confiance du peuple et le respect de toutes les nations.
Quand le gouvernement est divisé en tant de parties, aucunede cesparèles ei de ces subdivisions ne peut réunir les augustes attributs <|iii frappent IV maginfttioD et lie ooeur des hommes. Si le peuple est heureux ^ il ne péat voir distinctement d^oà \m ùp* rive son bonheur; il ne sait quelle mesure ildoîl louer ou bénir. La tradition des opérations sagcn ne s^étaUit point,, et le ifouveniement perd la pa?^ lié le plus éminemment active et bienfaisante d# sa forée j. celle qui résulte rèt ses droits a hi recon* naissance publique. (On applaudit.) ^ *
34o OPINIONS , DISCOURS ET RAPPORTS
Le résultat de toutes ces réflexions, puisées dans la nature des choses et dans l'expértence, m^a déterminé à vous proposer de confier le gouvernement à un seul comité , le comité de salut public.
On dira que c^est reconstituer Pancien comité de salut public , et exposer la république à tous les maux qui ont déjà pesé* sur elle.
Le comité de salut public nVtait point une institution vicieuse dans son principe; elle Test devenue par Une foule de circonstances qui ne s^offriront jamais et que la Convention peut toujours empêcher de renaître.
Si Ton eût tenu fermement au renouvellement des membres de ce comité, si ses fonctions eussent été bien déterminées , s^il n^avait pas extorqué surtout le droit de vie^'et de mort sur les représentans du peuple, et Finitiative exclusive de toutes les lois, ce comité n^auraitpas opprimé la Convention et la république.
Vous trouverez dans la funeste expérience que vous avez faite* de Tabus du pouvoir , les moyens de le prévenir : le principal , le plus sûr , est Vamoi^ibilùe rigoureuse des membres du comité de gouvernement à des époques fixes. Au surplus, ma dernière, ma seule réponse à toutes les objections, est dans votre courage, et si vous n^aviez pas la confiance de votre force , quelle que fût Torganisatron du gouvernement, vous ne parviendriez plus à sativer la patrie. (Vifs applaudissemeus. )
Mais il faut circonscrire le comité de $alut publicdans les bornes qui lui avaient été prescrites lors de sa création, et par toutes les lois rendues depuis. Il doit avoir le gouvernement, c^est-à-dire la pensée , la volonté , la délibération ; mais il joe doit rien exécuter par lui-même; c^est à des agens responsables que tous les détails, tous les ordi*es et toutes les mesures d'exécution doivent être ren- Yojés, ^ '
Il faut oser dire uiie vérité trop long-temps dissimulée, cVst que la confiance ne peut plus s'attacher à une forme de gouvernement qui présente encore la Convention , une partie de la Convention, un comité de la Convention, comme agent unique du pouvoir exécutif, comme pouvoir exécutif .pour le feit et pour les formes. C'est là en effet la véritable raison de l'inertie; lenteur dans la délibération, lenteur dans l'exécution; incertitude dans l'une et l'autre ; voilà le résultat inévitable de l'absence de toute espèce de responsabilité.
Il ne faut donc plus confondre le gouvernement et Fadministration , la volonté et l'exécution , la cause et l'effet. Nous avons acquis une forte preuve des malheurs que cette confuision doit pro» duire. Lorsque le gouvernement était concentré, il était monstrueux , tyrannique , redouté et (haï. Lorsqu'il a été divisé çn treize comités, par une raison inverse , il a été sans vigueur, sans j^nergie , sans moyens , parce que la même erreur présidait à cette institution. Tout en professant que l'oiv
349 opimoNS, DISCOURS sr rapports
voulait uô gouvernement si improprement appelé révolutionnaire ^ on opérait dans un sens directement opposé à Tactivité que la révolution exige. ht mal continuera tant que nous serons asservis k cette réunion de tous les pouvoirs ^ tant qae la Convention sera chargée des détails multipliés de Pexécution et d^une responsabilité immense et cependant positive ; il est donc temps , il est abso«* lument nécessaire de séparer le gouvernement de Tadministration. La Convention doit seule gouverner par son comité de salut public ; des agens responsables doivent seuls exécuter , administrer sous la surveillance du comité. Ce n^est point une innovation, c^est ramener les choses où elles étaient dans leur origine.
En effet I le comité de salut public ne fut créé, dans le principe f que pour remplacer la Convention dans les délibérations qui devaient demeurer secrètes ; telles que les opérations de la guerre et les relations extérieures ; mais il ne fut chargé que de sUrveiHer et d'accélérer l'action de V administra^ tion confiée au conseil exécutif provisoire / et on lui 4onna le droit de suspendre ses arrêtés y lorS" qu'il les croirait contraires à t intérêt national^ et de prendre , dans les circonstances urgentes y des maures de défense générale extérieure et inté^ riewre ; ses arrêtés devaient être exécuiés par le conseil exécutif
Ainsi TintenHon de la Convention ne fut point de donner alors à son comité de salut public Fad-
immstration générale de la république y mai9 éen-* lamentl^l sorreillance de cette administration. Le cùmîté notait point exécutif^ mais cbargé de hâter Faction du pouvoir exécutif; il n'étafit qû^Udë etpece de conseil d'Etat cbargé de vouloir pour )a Cô^nrèniipn dans les matières qui notaient pad jTtfseêpfibles d^étre discutées, ou délibérées ptibli-^ ^raietit.
Le éomité de satot public ne resta point dantf le$ bornes que lui preseri valent également eft la lui et Pintérét général j \em ambitions particulières^ ravidité du pouvoir y attirèrent presque foute Padmînistralion ; il devint ^ pour ainsi dire à la fois, ordonnateur et exé^îUteur.
Le i2 germinal dé Pan II , le comité vous proposât (a suppression du conseil exéeucif provisoire; il tous disait :
ft'X'essi^ ministres et le cani^i exécutif provisoire supprimés , remplacés par douze commission^ Mltadhéef au comité de Saltrt ptrbfic sous Tautorité et lit Convention hatronak ; voilà tout le systèii^.
w Le comité de àaluf public ie résérvatit ta: petisée dvt gonvernement, prôpôsantf à la G<!mveû'^ trciù nationale les mesures majetfres , prononéanf pfovisoirement sur Celle qu« le d^Taut de temps* oir fe secret à observer ne permettent pas de présenter à la dfiscussion de P Assemblée , renvoyant les détails aux diverses commissions , se farisant rendre eomptie cbaque j'out de leur travail , réformant leurs actes illégaux , fixant leurs attributions res-
pectives , centralisant leurs opérations pour donner la direction , Pensemble et le mouvement qui leur sont nécessaires ; tel est succinctement le tableau de la nouvelle organisation. »
Le décret de la Convention fut conforme à ces principes ; mais le comité de salut public continua de se charger d^une grande partie des détails de Tadministration ; c^est ce qu^il s^agit de réforiper aujourd'hui, si vous ne voulez pas voir périr la chose publique. Les décemvirs vous parlaient souvent de la garantie du goii^rçrnement , il est temps de stipuler la garantie des goiivernés.
Ce que j'ai dit des commissions executives , ce que Pexpérience a fait connaître à tous les citoyens, prouve qu'il y a des réformes à faire j cependant je ferai observer que lorsqu'oa s'occupe d'organiser un gouvernement définitif et stable , il faut être extrêmement circonspect sur les changemens provisoires.
La création subite de dou^e commissions à la pl^ce du conseil exécutif, a dû nécessairement occasioner de grandes dépenses. Il n'y a rien de plus simple en apparence que l'idée d'un nouveau système de gouvernement^ mais c'est dans l'exécution que se présentent toujours les difficultés,^ et souvent une interruption funeste dans les affaires, surtout lorsqu'on change tout-à-toup le matériel et le personnel.
Je ne m'étendrai pas davantage sur ce point j
tout le monde connaît le mal ; il ne s^agit plus que de trouver le remède.
Je pense qu^on pourrait supprimer beaucoup d^agences , qui sont une sorte de pouvoir, et qui tendent souvent à se rendre indépendantes des commissions auxquelles elles appartiennent , pour les rendre ce qu'elles doivent» être, de simples divisions intérieures dans les commissions. ( Nouveaux applaudissemens. )
Qu'il serait nécessaire de rapprocher les parties de Fadministration que la' nature des choses rend dépendantes Tune de l'autre , qui doivent marcher ensemble , et qui ne peuvent marcher qu'ensemble à cause de leurs analogies respectives.
Tout le monde sent la nécessité de réduire le nombre des employés subalternes : il en faut dans les administrations ; mais cette profession cesse d'être honorable , lorsqu'elle n'est pas utile , et ceux qui l'exercent ne SQpt estimés qu'en raison de leur nombre.
Mais je pense aussi qu'on doit faire tous ces chan^ gemens, toutes ces améliorations sans secouss€|s, et les préparer avec sagesse : ce soin appartiendra a votre comité de salut public qui vous le proposera.
Quelle que soit l'organisation matérielle de votre administration générale , le succès dépendra toujours du choix des agens qui seront chargés de la diriger. Si l'ignorance , la vanité et l'inexpérience restenjt au timon des affaires ; si on confie l'administration de la [chose pu||)ique à des hommes inca-
pables d,e gérer leors affaires personnelles ; si on veut continuer à n^employer que des tastrumens tout neufs et proscrire aveuglement ceux que de grands service^ et une longue expérience ont fai( connaître ^ alors tout est perdu. En vain aure&vous construit un hon vaisseau ; sMl n^est pas conduit par un pilote habile , ilpérira.
Tous les citoyens sont sans doute appela aux fonctions publiques ; il n^ a d^autres distinctions que celle des talens et des vertus; mais rappelons souvent ce principe consacré dans la Déclaration de5f droits, dont Foubli a causé de si grands mau]i^ à la patrie.
Il faut aussi rendre aux agens de la république cette force morale sans laquelle il est vrai de dire que 1q pouvoir est impuissant. Il y a eu un système d^avilissement qui avait pour but de flétrir tout ce qui tenait à la république. Il fut un temps où un ministre était plus responsable lenyers uuq so-: ciété ou une fraction du peuple, qu^envers la représentation du people tout entière. Faut-il 9^étonner ensuite que les hommes de bien aient eu de ta répugnance pour ces fonctions? Que la Convention ait toujours les yeux ouverts snr la conduit^ des agens du gauvernement, quelle le$ frappe quand ils sont coupables^ mais qu^elle entoure leurs fonctions du respect, et de |a conliance sans lesquels il esc impossible de faire le biçn.
Ici se présente une question intéressante, celle
d^ renvoi des représentans du peuple dam les dëpartemens.
Cette mesure serait désormais plus désastreuse qa^otile. Avec les pouvoirs illimités dont ils sont revêtus, ils continueraient évidemment à entraver la marche du gouvernement, et à détruire son unité. (Vifs applaudissemens.)
Le système des commissaires rfest véritablement qa^une calomnie ambulante contre les autorités constituées des départemens.
Il est temps d^accontumer les administrations à nVbéîr qu'à la loi, et à marcher seules dans la ligne des fonctions qui leur sont déléguées; il est temps de mettre un terme à ces épurations indéfinies , à ces destitutions arbitraires qui ont réduit les autorités constituées à la nullité, et les fonctionnaires publics, comme tous les citoyens, à la servitude ; car, dans un tel régime , les hommes vertuenx et instruits n'acceptent une place que comme une charge; et Thomme ignorant ou ambitieux, pour exercer le pouvoir et se procurer des jouissances.
Rendez à tous les citoyens cette énergie qui signala les premières années .de la révolution ; le tenfips n*e$t pas éloigné peut-être où ils èrt auront besoin. Rapprochez du peuple Télection de ses magistrats , en attendant que vous puissiez , par une organisation des diverses branchés de la cons^ titution, lui remettre la plénitude de ses droits. Que la liberté ne soit plus un vain mot; fous les Français la réclament} vous la devez à des millions
de citoyens qui combattent dépuis cinq ans pour elle ; alors tous les cœurs , long-temps flétris par Toppression et par tous les crimes de la tyrannie , s^ouvriront à Tespoir du bonheur. (On applaudit vivement. )
Cependant il faut encore , dans cette partie , ne pas perdre Toccasion de faire le bien , en voulant, par une précipitation irréfléchie, le faire tout d'un coup. L'envoi des représentaps du peuple près les armées est encore utile, et n'a pas les mêmes inconvéniens ; et dans le cas où vous croirez devoir en envoyer dans les départemens , je propose de limiter leurs pouvoirs à l'objet de leur mission.
Sans doute le gouvernement que je propose sera revêtu d'une grande puissance ; mais vous ne pouvez plus, sans compromettre le salut public, laisser durer plus lotig-temps le relâchement qui se manifeste de toutes parts et jusque sous vos yeux, dam l'exécution des lois et de toutes les mesures de gouvernement: tout le monde commande , personne n'obéit. (On applaudit.) <
Vous ne pouvez plus souffrir que la représentation nationale soit exposée aux attentats d'une poignée de factieux , et que , lorsque la république française a porté dans toute l'Europe l'étendard de la victoire, elle soit outragée par quelques ennemis insolens, ou par quelques méconteutemens individuels. Il faut savoir , enfin , si , lorsque vous faites une paix glorieuse avec l'Europe, au nom de la république française , on espère rétablir la
royauté dans son sein , vous faire trembler par des mouyemens intérieurs, et avilir, dans vos personnes, la dignité et la souveraiqeté du peuple français.
Représentans, vos ennemis vous sont connus, hâtez-vous de neutraliser leurs forces. Osez frapper , ils disparaîtront bientôt ; songez que la faiblesse aliène tous les esprits , et quMl n^y a qu^une volonté forte et confiante qui puisse inspirer de la confiance aux sincères amis de la liberté. (On applaudit de toutes parts. )
J'eôpère que vos comités vous indiqueront bientôt les moyens de déjouer les^ espérances coupables que Ton a Taudace de manifester depuis longtemps ; mais ils seraient inutiles si vdus nWganise^ pas votre gouvernement.
Républicains, ne perdez point courage; ceux qui disposent contre vous de nouvelles attaques, vous préparent de nouvelles victoires. Apôtres incorrigibles de la royauté et de Tanarchie, les mê- ^es mains qui ont fondé la république, sont encore là pour creuser votre tombeau. (De vifs applaudissetnens éclatent de toutes parts. )
OPINION