‹ Mémoires sur la galvanocaustique thermiqueChapitre 1 sur 19 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

GALVANOCAUSTIOUE

Fourcroy, rendant compte, dans le Moniteur universel du 5 messidor an IX (24 juin 1800), des dernières expériences qu'il avait faites avec Vauquelin, Thénard et Hachette, s'exprimait ainsi :

« Parmi les faits nouveaux dont la science de la nature s'enrichit chaque jour, il n'en est pas qui soit aussi remarquable et qui mérite plus l'attention des physiciens que celui qui est relatif à l'inflammation du fer par le galvanisme. L'appareil de l'expérienca qui a été faite à l'Institut dans la séance de la première classe du 21 prairial dernier, en présence de M. le comte de Livourne, consiste dans huit plaques de zinc et huit plaques de cuivre de 27 centimètres sur 19 de diamètre, et de 2 à 4 millimètres d'épaisseur, placées les unes sur les autres et séparées de deux en deux par des morceaux de drap de même largeur, bien mouillés d'une dissolution de muriate d'ammoniaque. On fait communiquer les deux métaux extrêmes de cet appareil, le zinc et

le :'^ ^nf, j 1 i i* :•* it-*\ d ^^ J jr^zenl à re.vtrêmité de l'un d-esoie::» ce r:c-* eu s. rj.e ua tii de fer très-fin. doot la peinte 1 rre eA.t^ie > i. d jr^c^at. Au Bornent da contact, le fer r:c:^ : et i\.-e d«*> et. scelles tres-Tires. Quelquefois il s e2.iLiz:z:e j^r»c u...-* veriub.e deda^ralion dans lair atmos-

La pr.^pr.::e oj! rijie de lelectricite decouTerte, comme on Tieat de !e ▼ ' r. i! r^<:j:t à eu chercher les lofe.

Œî'Jrea e:u î a?.; î-> d J-^ren^^es que des fils métalliques de uièoie l::.^-ie'-:r et de nirtiie diamètre, mais de nature d-îerenie, présentent s* u5 le nipp»,^ de leur incandescence hrsjuiU s<^;;t tra%er<<^ (or un même courant électrique, recconut que. I, r>q:i ou fait fa^:^e^ ce courant par une suite de fils n:etal!..iue> de ir.è:i;e longueur et de même diamètre, fixes bout à Nnit. n:ai> alternativement d'espèces différentes, les fils les moins conduoteurs devieunent incandescents, tandis que les fils les plus conducteurs s échauffent peu.

Quand les métaux empIo\ês sont le platine, Targent ou le cuivre, les fils de platine rouvrissent, ceux d^ai^nt ou de cui\Te sechauiTeut très-peu. Ce rapport iuTerse entre la conductibilité d*im métal et la propriété de devenir incandescent vient à Tappui de la théorie qui attribue les effets calorifiques de la pile à la difficulté ou à la résistance qu*éprouYe le courant électrique passant d*im conducteur à un autre, ou d'une molécule d'un même corps à la suivante.

Tels étaient les résultats fournis par les expériences des phpiciens, lorsque Recamier et Pravaz eurent Tidée d*utiliser la chaleur électrique en chirurgie, et essayèrent, en 1821, de détruire le cancer de Tutérus au moyen de la galvanocaustique thermique*.

> Moniteur unnenel, 5 messidor^ an DL, pige 114).

* Dochome, dt Booloirn»* t)e ttieeirùaiùm heaiisét, io-a*» Piria, 18S5» page iO.

Vingt-deux années se passèrent sans que Ton songeât à ce nouvel agent de cautérisation, lorsqu'au mois de septembre 1843, le professeur Steinheil, de Munich, donna au docteur Moritz Heider, de Vienne, le conseil d'employer le fil de platine rougi à blanc par un courant électrique , pour cautériser la pulpe dentaire. Une année après, sans avoir encore rendu cette idée pratique, ce dentiste en fit part à la Société de médecine de Vienne , à Toccasion d'un mémoire qu'il publia sur les maux de dents.

Au mois de décembre 1844, M. Louyer, médecin belge, proposa la même méthode pour le même but, dans les archives de médecine belge.

Dans le mois de juillet 1845, Heider fit sa première opération avec le concours de Dummreicher, et le 15 octobre suivant il montra son appareil à la Société de médecine de

Vienne. Il se servait d'un fil de platine plié en V, ou, pour brûler une surface , d'un fil de platine roulé en spirale plate. Les extrémités du fil de platine étaient unies à deux tiges de cuivre traversant un manche en bois. L'une des tiges était interrompue dans Tintérieur du manche, mais ses deux portions écartées pouvaient être mises en contact par la pression d'un bouton qui fermait le circuit immédiatement. Il employait un couple de Grove pour rougir le fil de platine.

L'année suivante , 6. Grusell , médecin de district dans le gouvernement de Wiborgsk, connu par les travaux les plus importants qui aient été faits sur la galvanocaustique chimique, s'étant également occupé de la propriété calorifique de l'électricité, en fit pour la première fois l'application chirurgicale. Les passages suivants, extraits du mémoire que le chirurgien russe a publié dans le Medicinisch zeitung Russelands, Saint-Pétersbourg, 1848, page 395, feront connaître ses premières opérations :

« J'ai construit , dit-il , pour les opérations galvanocaus-

tiques, des paires de Dauiell à grandes surfaces, ce qui me parait plus commode que ruoioii de plusieurs paires l'une à côté de l'autre pour former une grande paire. Le nombre des paires ne doit pas être assez grand pour faire rougir le fil de platine en entier lorsqu'on y fait passer le courant ; les bouts du fil doivent rester blancs pendant cet essai préalable. Si le fil devient rouge dans toute sa longueur pendant le passage du courant, on doit diminuer le nombre des paires jusqu'à ce que dans une nouvelle épreuve les bouts du fil restent blancs. Sans cette précaution, le fil fond au milieu aussitôt que l'opération est commencée. Le fil mis en contact le plus convenable avec la partie malade, étant porté au rouge, l'opérateur lui fait exécuter un mouvement de va-etvient, comme l'archet d'un violon, mais plus lentement, car aucun nouveau mouvement ne doit être fait avant que le fil refroidi par le mouvement précédent ne soit redevenu rouge. Si le fil galvanocaustique est assez long, on peut séparer avec lui, d'un seul mouvement, des parties organiques considérables.

« Quelques faits feront comprendre ce qui précède :

« Nowikoff, paysan de cinquante ans, avait un fongus hématode couvrant totalement son œil gauche, et si rapproché du front et du visage qu'il n'était pas possible de découvrir où se trouvait le pédicule. Le 22 avril 1847 on fit le portrait daguerréotypique de Nowikoff. Après avoir obtenu de cette manière un témoignage incontestable de l'état de la maladie, je commençai le traitement. Le problème était de détruire le fongus sans faire de tort à l'œil se trouvant derrière lui, peut-être à l'état sain. Il était donc tout d'abord nécessaire de rendre l'œil visible, si cela était possible. Je réussis à placer un mince fil de platine derrière la partie supérieure du fongus. Le fll, dont un bout était à droite et l'autre à gauche, fut intercalé dans l'appareil électrique et porté à la chaleur rouge. Après quelques mouvements faits avec le fil rougi, la partie supérieure du fongus tomba et l'œil, parfaitement sain, devint visible; il y eut un léger écoulement de sang. Je recouvris la plaie de charpie sèche et la pansai soigneu-

sèment. Le lendemain, après avoir enlevé le pansement, je trouvai la plaie recouverte d'une mince croûte ; une eschare semblable se trouva aussi sur la coupe de la partie détachée du fong^s. L*œil étant devenu visible et pouvant être évité dans Textirpation électrolytique, on employa ce dernier procédé. La plus grande partie du fongus enlevée, on put voir bientôt aux bords de la plaie un travail de cicatrisation ; mais une semaine après le fongus commença à croître. Ce reste fut soumis à une nouvelle extirpation. Plus tard apparurent encore en un point de la plaie des granulations exubérantes qui furent complètement détruites par le même procédé. Le malade, ayant été éthérisé par M. le professeur PirogoflF, n'eut pas conscience de cette dernière opération. Peu de temps après, une belle cicatrice recouvrait la plaie occupée par le fongus. Le 26 juin on faisait de nouveau le portrait de Nowikoff au daguerréotype. J'ai présenté ces deux images photographiques à l'Académie impériale des sciences, qui les a mentionnées dans le compte rendu de la séance.. »

En 1846, le chirurgien russe se servit du fil de platine rougi par l'électricité pour diviser un rétrécissement de Torifice uréthral , dont il donne la relation suivante :

« G..., originaire du gouvernement de W..., avait eu, il y a quelque temps déjà, une ulcération syphilitique primaire, qui avait occupé l'orifice de l'urèthre et les parties voisines. L'affection syphilitique céda à l'usage interne du mercure, mais il resta un rétrécissement considérable de l'orifice uréthral, dont l'inconvénient le plus grave était la longue durée de la mixtion. Il me consulta dans l'été de 1846 ; j'introduisis un tube d'argent mince, courbe et court, ouvert aux deux extrémités , dans l'ouverture encore existante de l'urèthre , et j'en poussai le bout contre le point jusqu'auquel l'ouverture de l'urèthre s'était primitivement étendue ; j'introduisis alors un fil de platine pointu à travers le tube et je le traversai. Ceci fait, je retirai le tube d'argent, qui n'avait servi que de conducteur, j'intercalai le fil dans l'appareil galvanocaustique et le portai à la chaleur rouge. En un instant le fil rougi se fit jour, et la grandeur normale de l'ouverture de l'urèthre produite par cette opération était couverte d'une mince eschare noire, ne causant pas le moindre désagrément et disparaissant d'elle-même en peu de temps, sans trace de suppuration. Je dis à G... de retenir son urine. Pas d'autre

traitement consécutif. Le succès de Topération fut complet et durable, car depuis cette époque il a toujours uriné à plein jet. »

Dans son travail, il conseille d'^enlever les excroissances pathologiques avec un galvanocautère tranchant, formé d'une lame de platine montée sur un manche en corne et manœuvré comme un bistouri. Il fit présenter à cette époque à l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg un instrument pour la galvanocaustique. Middeldorpf n'en a trouvé nulle part la description, et jusqu'à présent je n'ai pas été plus heureux que lui.

En 1849, M. le docteur Sédillot employa avec succès l'électricité pour le traitement d'une tumeur érectile du nez , comme on le verra dans le passage suivant , extrait de V Aperçu sur la clinique chirurgicale de la Faculté de Strasbourg, du 15' avril au 1*' septembre 1849, par M. Wimpfen (Gazette médicale de Strasbourg^ 1850, page 83 j :

« Deux enfants présentèrent des tumeurs érectiles du nez. L'une d'elles occupait la base de cet organe , avait le volume d'une noisette et s'étendait profondément à gauche, vers Tangle interne de l'œil. Deux excisions successives enlevèrent tous les tissus malades et le petit sujet guérit rapidement de cette difformité. Chez l'autre enfant, âgé de cinq ans, la tumeur s'était montrée à l'extrémité du nez; l'ablation fut faite le 19 avril. Il y eut récidive après. M. Sédillot reconnaissant l'impossibilité de recourir à une seconde excision sans déterminer une perte de substance incurable , eut recours à l'électropuncture et une guérison parfaite fut obtenue. »

M. Sédillot, dans une note lue à l'Académie des sciences, le 28 juillet 1873, revenait sur cette opération dans les termes suivants : « C'est ainsi ^que dans les premières applications du courant voltaïque faites en 1828 par Fabré-Palaprat et par nous, en 1849, pour une tumeur érectile nasale, les aiguilles implantées à plusieurs reprises dans le tissu mor-

bide à courtes distances ou en contact, déterminèrent des effets chimiques et thermiques. »

Née en France, appliquée à Vienne et à Saint-Pétersbourg, la galvanocaustique thermique fît son apparition à Londres en 1850. Le docteur J. Marshall, chirurgien, adjoint à rhôpital du collège de l'Université, n'ayant pu, par les moyens ordinaires , guérir une fistule de la joue , songea à l'électricité, qu'il employa avec succès, et lut le 22 avril 1851 , à la Société royale de médecine et de chirurgie , un mémoire : On the employement of ihe heat of electricity in practical surgery\ dont les passages suivants permettront d'apprécier la valeur :

« Au commencement de septembre 1850, Richard W..., âgé de vingt-cinq ans, d'une constitution délicate et strumeuse, entre à l'hôpital. Il présente à la joue droite un trajet fistuleux survenu à la suite d'abcès multiples. Ce malade , après avoir été inutilement traité en ville pendant deux mois, et dans mon service pendant deux autres mois, me paraissait dans un état désespéré. J'avais bien songé au cautère actuel, mais l'opération me paraissait inexécutable. Alors il se présenta à mon esprit qu'un ûl de platine qu'on passerait aisément à travers le sinus le plus étroit et le plus tortueux, pourrait, en étant placé dans le circuit d'une puissante batterie électrique, être chauffé dans toute sa longueur, de manière à cautériser efficacement toute l'étendue de la surface interne de la fistule. Aucune objection rationnelle ne s'étant présentée, je commençai par des essais sur les tissus d'animaux morts et sur d'autres vivants.

« La possibilité d'employer le galvanisme pour cautériser les tissus étant démontrée, j'ai procédé à en faire l'application chez notre malade le 5 novembre, en présence du professeur Sharpey et du docteur Dichtfield. Un fil de platine de 1/50" de pouce de diamètre fut introduit dans le trajet fistuleux; l'extrémité externe fut repliée et mise en contact avec le pôle cuivre de la pile qui nous avait servi dans nos expériences ; l'extrémité interne dans l'intérieur de la bouche fut mise en contact avec le pôle opposé. Le circuit galvanique étant ensuite fermé, le fil s'échauffa instantanément et au bout de 9 secondes,

« Medico chirurgical transactions Lond., 1851. T. XVI, p. 221.

temps jugé suffisant pour obtenir la cautérisation, le courant fut interrompu. En tirant le fil, on le trouva adhérent aux parties voisines ; les ouvertures fistuleuses étaient bordées d'une eschare blanche et pouvaient permettre l'introduction d'une plume de corbeau.

« Le malade, qui n'avait pas été chloroformé, exprima lui-même sa surprise du peu de douleur produite par l'opération ; il avait eu une sensation de brûlure à la joue et de piqûre à l'intérieur de la bouche, mais nulle douleur dans le trajet fistuleux. Cinq ou dix minutes après, il n'éprouvait plus qu'un sentiment de tension dans la joue.

« Les deux jours suivants, il survint un peu de gonflement et de rougeur dans le trajet fistuleux, avec écoulement d'un liquide sanieux. Vers le quatrième jour, l'élimination des eschares commença ; l'interne tomba le cinquième jour et l'externe le sixième. Du pus , de bonne nature était sécrété par la plaie. Le huitième jour, l'ouverture interne était fermée et le 16 novembre, onze jours après l'opération, la cicatrisation était complète.

« Une semaine plus tard, du gonflement et de la tension se manifestèrent à la partie postérieure de la joue ; du pus épais, mais en petite quantité, s'échappa de l'intérieur de la bouche et je crus un instant que la fistule se rouvrait ; mais en examinant les choses de plus près, je constatai que cette tension, que cette sécrétion purulente provenaient d'une espèce de sinus qui avait échappé aux premières investigations. Pour cautériser ce sinus fistuleux, j'employai un fil de platine ployé en deux, l'anse du fil devant être introduite dans la cavité du sinus et les extrémités mises en contact avec l'appareil galvanique. La cautérisation fut faite le 14 décembre et le courant employé pendant 10 secondes ; mais cette fois , le résultat ne fut pas aussi satisfaisant que la première, et je dus recommencer l'opération le 18 décembre. La cautérisation fut précédée de l'ablation de la dent de sagesse et le courant galvanique fut maintenu pendant 15 secondes. Le malade accusa une douleur beaucoup plus forte que la première fois, l'eschare fut plus épaisse et le sinus se cicatrisa définitivement en un peu moins de 15 jours. Au 22 mars 1851, la guérison ne s'était pas encore démentie. »

Le chirurgien anglais avait de plus employé la cautérisation électrique dans quatre cas de fistules rectales, cinq cas d'hémorrhoïdes externes, un cas de fistule à l'anus.

Le 10 mai 1854, J. Marshall, faisant connaître le résultat de ses recherches ultérieures à The north London médical Society^ établissait trois grandes classes d'indications de cautérisation électrique :

1 "* Pour la destruction des parties molles ;

V Pour cautériser des fistules ou des sinus ;

3° Pour obtenir la rétraction des parois de conduits relâchés.

« Pour enlever ou détruire des parties molles :

« r Hémorrhdides petites et peu saignantes; elles peuvent être enlevées avec le fil rouge.

« Grosses et saignantes, il vaut mieux les cautériser en surface de la muqueuse, aux parties profondes. Pour cela, on se sert d'un cautère formé par le fil de platine enroulé autour d'une extrémité discoïde du volume d'une pièce de fourpenny ou plus encore, qu'on appuie fortement sur les tissus qu'on veut détruire ; cela permet d'éviter l'hémorrhagie qu'on aurait à craindre si l'on faisait l'ablation de tumeurs volumineuses. Les résultats ont été heureux, la douleur moindre qu'après la ligature. MM. Steele d'Abergameny ont également employé ce mode de traitement.

« T Tumeurs vasculaires de Turèthre. L'expérience lui a montré que ces tumeurs si douloureuses, si disposées à saigner quand on y touche avec les ciseaux ou le bistouri, et si disposées à récidiver quand on les détruit incomplètement, peuvent être guéries aisément sans danger et sans retour par le cautère électrique appliqué en surface. (M. Marshall a fait construire une sorte de spéculum en fil métallique pour mettre à découvert ces petites tumeurs).

« 3** N(Bci. Le cautère électrique n'offre une utilité particulière que lorsque le nœvus existe dans la lèvre ou dans la narine, ou dans l'oreille externe. Il a eu un beau succès de ce genre sur un enfant de trois ans, atteint de nœvus à l'aile du nez, et guéri à peu près sans dififormité.

« Pour oblitérer des fistules ou des sinus. M. Marshall a employé avec succès le galvanocautère dans un cas de fistule à la joue , pour un kyste sébacé situé derrière le sacrum , et pour un kyste semblable qu'une dame portait au visage.

« Pour les fistules à fanus. La méthode de division par un fil incandescent est utile chez les sujets hémorrhagiques ; mais M. Marshall préfère habituellement le bistouri. Toutefois, on peut faire oblitérer sans incision des fistules à Tanus, incomplètes et même complètes ; dans un cas de chaque espèce^ la guérison fut permanente. Dans un cas de fistule complète, le trajet refermé ne tarda pas à se rouvrir. Enfin, dans trois cas, la cure tentée sans division échoua.

« Pour les fistules urinaires. M. Marshall en a déjà guéri une ; une autre et des plus graves est en traitement et en bonne voie.

« Pour les fistules vésico-vaginales . M. Marshall a montré le dessin d'une large fistule vésico-vaginale admettant trois doigts de front, qui a été guérie par des applications successives de cautère électrique : un autre cas est en traitement et promet de guérir.

« Il faut en pareil cas de la persévérance, mais pas de soins spéciaux ; les malades peuvent sortir, excepté au début du traitement.

« Pour faire rétracter les conduits relâchés. Notamment le vagin dans le prolapsus utérin, avec cystocèle ou rectocèle. M. Marshall cite quatre cas où aucun appareil ne pouvait maintenir le prolapsus.

(( La cautérisation n'a eu pour résultat que de faire porter aisément à trois malades le pessaire ou entonnoir; l'une d'elles commence même déjà à s'en passer; la quatrième n'a pas été soulagée *. »

* Médical Times and Gazette, 1854, t. I, p. 583.

HISTORIQUE i 1

Les travaux du docteur J. Marshall ayant attiré en Angleterre l'attention sur les avantages de la galvanocaustique thermique, deux dentistes de Londres, MM. T. Harding et G. Waite, en firent l'application aux affections dentaires, en se servant de galvanocautères analogues à celui de Moritz Heider.

L'étude de ce nouvel agent de cautérisation les conduisit à en résumer ainsi les indications et les avantages^ : « l'' Pour cautériser la pulpe nerveuse des dents , lorsqu'il y a une trop grande sensibilité qui empêcherait l'opération du plombage et l'enlèvement de la carie ; 2" lorsque les gencives se sont retirées et ont laissé le collet de la dent extrêmement sensible dans la mastication ; 3"" lorsque les dents sont atteintes de ramollissement; 4" lorsque les dents doivent être pivotées, et que la vitalité restant dans la racine exposerait le malade à une sérieuse inflammation ; 5"" lorsque les dents ont été coupées, cassées ou limées et que, par suite, elles sont restées trop sensibles au froid et à la chaleur; ô'* lorsqu'il y a une violente odontalgie ; 7" enfin , lorsqu'une hémorrhagie survenant empêche de continuer une opération.

(( Il faut avoir soin de ne pas continuer trop longtemps l'application du cautère, car il brûlerait et noircirait les parties qu'il toucherait. »

En 1852, Nélaton fit connaître, dans la Gazette des Hôpitaux^ son opinion sur le cautère électrique employé dans le traitement des tumeurs érecttles sous-cutanées. Quatre malades ayant été guéris par lui au moyen de la galvanocaustique, il concluait ainsi :

« r Le fil de platine qui forme le cautère est petit, la perte de substance de la peau sera donc petite, et la cicatrice définitive presque nulle.

« The Lancet, 1851, t. I, pages 700 et 703.

« Or, c'est là une considération importante, car presque toutes ces tumeurs ont pour lieu d'élection un point de la face, des téguments du crâne, de la poitrine, toutes régions où le chirurgien doit ménager avec grand soin retendue des cicatrices indélébiles, comme le sont toutes celles produites par les caustiques.

« 2* Avec le cautère électrique on détruit sûrement et rapidement tous les vaisseaux qui alimentent la tumeur.

« 3" Quant aux accidents qui pourraient se développer à la suite de l'emploi de ce moyen, ils ne sauraient être beaucoup plus graves que ceux déterminés (bien rarement) par les cautérisations ordinaires. (Dans les cas assez nombreux où Nélaton a fait usage du nouveau cautère, ces accidents d'ailleurs ont été complètement nuls.)

« La remarquable propriété de ce nouveau cautère de ne s'échauflFer que dans le point précis qu'on désire faire agir laisse apercevoir sur-le-champ les nombreuses et utiles applications que permettent d'espérer les premiers et fructueux essais que nous venons de signaler. »

La même année, Leroy d'EtioIles père*, ayant appliqué la galvanocaustique thermique au traitement d'un rétrécissement de l'urèthre, s'exprimait ainsi :

« En apprenant les expériences de M. Nélaton, j'ai songé de suite à faire à la cautérisation des rétrécissements de l'urèthre l'application du cautère électrique; mais il fallait pour cela modifier l'appareil de M. Renault, qui est trop volumineux pour être insinué dans l'urèthre; le rapprochement des deux fils de cuivre nécessitait un meilleur isolant que le bois. Je les ai fait placer dans deux tubes de verre que j'ai fait recouvrir d'une couche de gutta-percha , leur

* De la cautérisation d*avant en arrière, de l'électricité et du cautère électrique dans le traitement des rétrécissements de turèfhre. Paris, 185?, p. 46.

formant une commune enveloppe. Le fil de platine, courbé en fer à cheval, n'a qu'un demi-millimètre de diamètre; plus gros, il serait disproportionné avec le volume des fils de cuivre et ne rougirait pas ; sa saillie n'est que d'un centimètre en avant des tubes de verre et de leur enveloppe. J'ai fait, il y a trois jours seulement, l'application de ce cautère électrique sur un rétrécissement situé à 13 centimètres de profondeur, c'est-à-dire en avant du bulbe. Le courant n'a pas duré plus de deux secondes; la sensation a été celle de la brûlure, mais assez légère. Il n'est pas résulté d'infiammation ni dé rétention d'urine. »

A cette époque, le docteur Hilton, chirurgien à GuyV Hospital , fit l'ablation d'une tumeur vasculaire de la largeur d'une pièce d'une couronne, située derrière l'oreille, chez un enfant de deux mois, au moyen de la galvanocaustique thermique. Il en traversa la base avec un fil de platine, pratiqua la section d'une moitié, puis de l'autre, en faisant rougir le fil, avec un appareil de Cruicshank*.

Dans la séance du 4 juillet 1853, j'ai fait connaître à l'Académie des sciences de Paris le résultat de mes recherches sur la galvanocaustique thermique.

En employant un fil de platine chauffé au moyen d'une batterie composée de piles de Bunsen, j'avais pu :

r Cautériser l'intérieur d'une grenouillette du volume d'une grosse amande et en obtenir la guérison ;

2° Cautériser l'intérieur d'une cavité anfractueuse occupant toute la face postérieure de la glande mammaire droite , chez une femme de vingt-quatre ans, et en obtenir la cicatrisation;

3' Cautériser extérieurement et intérieurement le col de

* On the application and effect of electricity and galvanism in the treatment of cancerouSf nervoiÂSj rhumatic and other affections. By R. M. Lawrance. Lond., 1853> p. 80.

Tutérus dans les cas d'engorgement avec ulcération de cette partie de Torgane;

4*" Faire Tablation de deux tumeurs cancéreuses, l'une siégeant dans la paume de la main et ayant 10 centimètres de longueur sur 8 centimètres de largeur; l'autre, plus volumineuse, encore placée dans la région mammaire.

Pour l'ablation des tumeurs mobiles, j'employais le procédé suivant : Soulevant la tumeur avec la main gauche, j'en traversais la base avec une aiguille d'acier portant une anse de fil de platine; lorsqu'elle était parvenue du côté opposé, je la retirais en coupant l'anse métallique. J'avais alors deux fils distincts dont les extrémités étaient maintenues en rapport avec les pôles de deux batteries électriques puissantes, composées de piles de Bunsen.

En tirant doucement les fils en sens opposé, je faisais l'ablation de la tumeur ; il restait ensuite une surface cautérisée sur laquelle on appliquait d'abord des réfrigérants et que l'on pansait ensuite avec des compresses trempées dans de l'eau simple, jusqu'à cicatrisation complète.

Le nombre des éléments doit être tel que les fils métalliques projettent une lumière très-vive, et Ton doit les tirer doucement, car à cette température ils se brisent facilement quand on sectionne la base de la tumeur ; on obtient ainsi une cautérisation sufiisante de la couche de tissus placés au-dessous du fiP.

Au mois de mars 1854, M. le docteur Bancel-Dupuy s'exprimait ainsi dans sa thèse inaugurale* : « M. le docteur Amussat fils, qui a déjà employé l'électricité pour faire l'ablation de tumeurs^ assez volumineuses, a songé également à l'appliquer au traitement chirurgical des tumeurs hémor-

* Union médicale. 1853.

« Du traitement chirurgical des tumeurs hémorrhotdales. Paris, 1854, p. 30.

rhoïdales. Il propose deux procédés : l'un, qu'il nomme cautérisation en masse, consiste à placer la tumeur que Ton veut détruire entre les lames de la pince préservatrice en cristal* et de la brûler en place avec le cautère électrique; (ce cautère est une petite capsule en platine munie de deux appendices que Ton met en communication avec les pôles d'une forte batterie électrique; elle passe immédiatement au rouge blanc). »

La même année j'adressai, au mois d'octobre, à l'Académie des sciences, une seconde communication dans laquelle je m'exprimais ainsi : « J'ai fait l'ablation d'une troisième tumeur carcinomateuse , siégeant dans la région mammaire , en faisant subir au manuel opératoire une modification consistant à pédiculer la tumeur avec un instrument d'acier, au lieu de le faire avec la main, comme dans les premières opérations.

« L'appareil se composait de deux fortes rainures droites ou courbes en acier, garnies intérieurement de deux minces lames d'ivoire. L'une des pièces portait aux deux extrémités une tige droite en acier qui s'engageait dans un trou percé aux extrémités de l'autre pièce, de manière à les empêcher de se renverser. De plus, deux anneaux métalliques oblongs, traversés par une vis plate , permettaient de rapprocher les rainures et de les maintenir dans une position fixe.

« La base de la tumeur étant placée entre les deux rainures et sufiisamment comprimée, j'en ai opéré la section avec deux fils de platine du numéro 27, de 25 centimètres de longueur, mis chacun en rapport avec une batterie de 1 5 éléments de 21 centimètres de hauteur.

a J'ai cautérisé circulairement la base d'une tumeur hémorrhoïdale à l'aide d'une pince en ivoire, dont les baguettes,

« Revue de thérapeutique médico-chirurgie. ^ Mai 1868.

16 DE LA GALVAXOCU-STIQUE THERMIQUE

articulées à l'une de leurs extrémités, sont traversées par un mince ruban de platine de 3 millimètres de large, 6xé par un petit anneau à Tartieulation de la pince.

« La malade s'étant placée dans la position ordinaire, j'ai introduit dans le rectum la pince fermée, en rentr'ouvrant vis-à-vis de la tumeur; celle-ci s'y est engagée et je l'ai comprimée de manière à la maintenir dans une position fixe. Mettant alors les deux extrémités du ruban de platine en rapport avec une batterie composée de 6 piles de Bunsen de 35 centimètres de hauteur, j'ai pratiqué la cautérisation circulaire de la base de la tumeur en quelques secondes.

(( En employant ces mêmes éléments, j'ai pratiqué sur la nature inanimée, suivant les méthodes circulaires et à lambeaux, la section des chairs de la cuisse et du bras d^un adulte. La section de Tos faite avec la scie , j'en ai cautérisé la surface avec le ruban de platine. J'ai pu également, à l'aide du ruban de platine porté à une très-haute température avec le même appareil, calciner circulairement les couches externes d'un fémur et carboniser les parties internes de manière à obtenir la rupture de cet os par un léger effort. Je pense néanmoins qu'il est préférable de carboniser la surface de l'os scié plutôt que de vouloir en obtenir la rupture uniquement par l'électricité*. »

En 1853, le docteur Robert Ellis communiqua à la Wersten médical and surgical Society ' le résultat de ses travaux sur la cautérisation du col de l'utérus au moyen de la chaleur électrique. Rappelant les succès obtenus par Jobert (de Lamballe) dans le traitement de certaines affections du col par le cautère actuel, il déclare donner la préférence à ce moyen sur la cautérisation avec le cautère potentiel.

« Union médicaley 1854.

■ The Lancet, 1853, t. II, p. 503.

« M. Marshall , dit-il , parait être le premier qui , dans ses recherches sur la chaleur électrique, ait corroboré les vues des anciens relativement à Faction curative du cautère actuel.

u II ne s'est servi que d'un fil de platine agissant sur une surface trop restreinte ; l'auteur a adopté une meilleure méthode, qui permet d'agir sur une grande surface.

« Il se sert, pour cet effet, d'un instrument qui n'est autre que le cautère à porcelaine. Il se compose d'un cathéter d'argent de taille ordinaire, redressé et ouvert à ses deux extrémités. Le bout supérieur est fendu et écarté pour recevoir une boule de porcelaine et percé pour laisser sortir les fils intérieurs. Ceux-ci, isolés, sont contenus dans l'intérieur du cathéter; par une de leurs extrémités ils sont en connexion avec la batterie, par l'autre avec un fil de platine qui est enroulé en spirale autour de la porcelaine. La pile employée est celle de Grove, à quatre ou cinq couples. Deux d'entre eux sont nécessaires pour chauffer la boule de porcelaine à blanc , degré de chaleur qu'il considère comme essentiel, »

A la fin de l'année 1854, Middeldorpf publia son travail sur la galvanocaustique. Dans ce traité, le premier qui ait paru sur ce sujet, le chirurgien de l'hôpital Allerheiligen, à Breslau, rappelle les principes sur lesquels est basée la galvanocaustique; il fait connaître les instruments qu'il emploie, et, après avoir résumé les travaux de ses devanciers, il s'exprime ainsi : « Le 17 novembre et le 15 décembre 1852, je fis connaître les résultats que j'avais obtenus, dans un rapport que je lus devant la section des sciences naturelles de la Société silésienne, qui était intitulé : Sur tusage chirurgical de la chaleur électrique. J'élucidais le tout par des expériences avec le galvanocautère et l'anse coupante. Je détaillais les avantages de la méthode et de ses usages comme moyen de destruction , de cautérisation , pour couper

i 8 DE LA GALVANOC\tSTlQlE THERMIQUE

et produire une irritation, pour ameuer des coagulations, des suppurations, etc.

« Le 30 mars 1853, je pratiquais la première opération, l'extirpation d'un polype naso-pharyngien. Si je ne me trompe , c'est le premier exemple de résection d'un polype. Cette opération réalisa entièrement les espérances que je fondais sur mon anse coupante, que j'employais ici pour la première fois; qui réunit le couteau à la ligature et à la méthode hémostatique ; qui agit avec sûreté et rapidité dans les régions inaccessibles à l'instrument tranchant.

(( Cette première opération fut suivie, le 26 mai, de l'extirpation d'un polype du larynx et de beaucoup d'autres, au nombre d'une soixantaine aujourd'hui, dont une partie se trouve relatée dans les observations. Aucune de ces opérations n'eut de suites fâcheuses, et il n'y en eut que peu dont le résultat fût imparfait. Je me contente de faire ressortir ici , comme méthode nouvelle, la cautérisation, la division et la section de fistules, faites le 23 mai 1853, avec le fil métallique, le galvano-cautère et l'anse coupante, et l'emploi fait pour la première fois, le même jour, du séton incandescent , pour une tumeur érectile de la région parotidienne ; la cautérisation d'un rétrécissement de l'urèthre infranchissable pour les bougies, le 16 juillet, et l'extirpation d'un polype de l'utérus, le 5 octobre. »

Outre les opérations citées plus haut, le chirurgien de Breslau a appliqué avec succès la galvanocaustique thermique au traitement des hémorrhoïdes et des fistules du rectum , à l'excision de tubercules syphilitiques de la région anale, à l'ablation d'une tumeur cancéreuse du cou, de tumeurs pédiculées de la peau, à la cautérisation d'un vaste ulcère siégeant sur le muscle fessier, de l'épulis; dans le districhiasis, à la destruction d'un névrôme, à l'amputation de la luette, des amygdales, d'un pouce surnuméraire, à la cautérisation

de tumeurs érectiles de la joue et de la région temporale, au traitement de fistules siégeant à la région trochantérienne , à la région fessière, dans le creux axillaire et au sac lacrymal ; à la guérison d'une fistule stercorale de la région inguinale droite ; à Texcision de deux autres polypes naso-pharyngiens et d'un autre polype utérin, etc..

Le travail de Middeldorpf, résumant bien les connaissances de l'époque sur ce nouvel agent de cautérisation et indiquant les différents manuels opératoires , a permis aux chirurgiens qui en comprirent l'importance , d'en faire l'application. On peut dire qu'après la publication de ce traité, la galvanocaustique thermique prit place dans la chirurgie.

Le fil de platine saisi avec deux pinces montées sur les réophores d'une pile thermique et appliqué sur les tissus vivants est le mode de cautérisation et de diérèse qui fut employé par les premiers chirurgiens qui s'occupèrent de gai vanocaustique .

La quantité de chaleur développée étant en rapport avec rintensité du courant et avec la résistance que Télectrode oppose au passage de Télectricité , on observe qu'en rapprochant les pinces on élève la température du fil de platine et, qu'au contraire, on l'abaisse en les écartant. Lorsque le fil est porté au rouge blanc, on remarque que le changement de couleur commence à 2 ou 3 millimètres des mors des pinces. Plus on les éloigne, plus la distance qui sépare la couleur rouge des mors augmente et plus la coloration du fil perd de son éclat. La possibilité de faire varier la longueur du fil de platine intercalé dans le circuit galvanique permet donc au chirurgien de donner à l'électrode la température qu'il juge la plus convenable pour son opération.

Si l'on pose un morceau de glace sur le milieu de ce fil porté au rouge , . on observe que son éclat augmente dans

les portions extérieures tandis qae celle qui est en contact reprend immédiatement sa coloration natorelle. Ce phénomène tient à ce qaen refroidissant une partie du fil, les molécules se resserrent et conduisent mieux Télectricité ; on agit comme en rapjwochant les pinces. En maintenant la glace dans cette position le temps nécessaire, elle est divisée en deux parties, et sa transparence permet d étudier la marche du fil. Si on en place deux morceaux à une certaine distance Tun de Tautre, on voit le fil rougir entre eux.

Lorsque Ion applique Tanse galvanique portée au rouge

sur les tissus^ toute la portion du fil en contact se couvre de

particules charbonneuses et otbe Taspect noirâtre. Pour se

rendre compte de son mode d^action, on peut faire l'expérience

suivante : Après avoir soumis un lapin de grande taille ou

un autre animal aux inhalations de vapeurs de chloroforme

jusqu^à ranesthêsîe, on enlève la peau de toute la partie

interne de la cuisse ; on passe alors au travers des muscles

un trocart courbe sous Tartère, de manière à soulever de

3 à 5 centimètres de tissus, puis on lui substitue un fil de

platine de 8 à 1 2 dixièmes de millimètre, suivant la taille de

l'animal. Tout étant ainsi disposé, on saisit les chefs du fil

avec deux pinces montées sur les réophores d'une pile

chirurgicale, de manière à le porter au rouge terne, et on le

maintient contre les tissus sans traction; un aide tient

l'extrémité de l'indicateur appliqué sur l'artèro au-dessous

du point où doit se fairo la section. On observe alors que le

pont charnu se rétrécit graduellement et que les portions du

fil portées au rouge s'étendent Tune vers l'autro, en étant

précédées d'un liseré blanchâtre, qui est la portion d'eschare

produite par la chaleur avant la section. Les pulsations de

l'artère sont perçues au-dessous du point de section presque

jusqu'à la fin de l'opération; ce qui prouve qu'il n'y a

aucune gène à la circulation et ou n'observe pas d'écoulement

l'anse galvanique 23

saoguia. La plaie est tapissée par une eschare de plusieurs millimètres d'épaisseur de couleur blanc jaunâtre.

C'est le mode d'application le plus ordinaire de l'anse galvanique quand les tissus ne sont ni trop vasculaires, ni parcourus par des vaisseaux trop volumineux. Dans le cas contraire, il convient de les tasser en faisant opposition au fil avec un corps solide non métallique de forme appropriée, ou de comprimer les vaisseaux d'une façon quelconque au-dessus du point de section.

Si on répète l'expérience relatée plus haut, en faisant opposition au fil avec un petit cylindre de bois humide, de manière à tasser les tissus sur lui et à aplatir les vaisseaux dans ce point, on peut employer un fil moins gros et le chauffer davantage; l'eschare est très-régulière et moins épaisse qu'en suivant le premier mode opératoire.

On peut également comprimer l'artère à la partie supérieure du membre et, comme précédemment, se servir d'un fil plus petit que l'on chauffe davantage. Néanmoins, il ne faut exagérer ni la petitesse du fil, ni l'élévation de température, et ne pas employer le mouvement de scie; car alors, la section étant trop prompte, on s'expose à un écoulement sanguin, comme je l'ai observé, et comme le prouve le fait suivant rapporté par M. le docteur Philippeaux : « M. Barrier, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu , a bien voulu nous permettre de mettre en pratique cette méthode de traitement (l'anse galvanique) sur un homme de soixante-treize ans, atteint d'une tumeur épithéliale du gland, pour laquelle l'amputation de la verge avait été jugée nécessaire. Après avoir pris au préalable la précaution de comprimer, avec l'instrument de M. Amussat, les tissus qu'il fallait diviser, nous avons fait agir le fil de platine; dès que la section a été complète, nous avons cautérisé de nouveau la plaie pendant quelques minutes, et aussitôt que la compression

24 DE LA GALVAfrOGAUSTlOUE THERMIQUE

a été enleyée, nous avons eu une hémorrhagie assez forte pour nécessiter l'application de trois fers rouges sur la solution de continuité, afin d'arrêter l'écoulement de sang provenant de l'artère dorsale de la verge et de celles des corps caverneux. » [Traité pratique de la cautérisation^ Paris, 1856, p. 62.)

Quand la section doit être faite sur des tissus résistants assez homogènes et peu vasculaires, on peut porter le fil de platine au rouge très-vif, en le maintenant simplement appliqué contre les chairs ou en exerçant sur lui une traction, de manière à produire un certain tassement; on obtient ainsi une eschare assez épaisse, avec absence d'écoulement sanguin. La traction a, sur la simple application du fil, l'avantage d'uniformiser le refroidissement et de régulariser la section. Dans certains cas, il est permis d'imprimer au fil un mouvement de scie très-lent; alors on diminue l'épaisseur de l'eschare.

Lorsque l'anse galvanique est en place, en rapprochant les deux pinces l'une vers l'autre ou en les éloignant, en courbant ou en redressant le fil, on peut activer la section en longueur ou en profondeur. Le diamètre du fil, devant être en rapport avec le volume des vaisseaux, varie de 6 à 20 dixièmes de millimètre.

Pour se rendre compte de l'action produite par l'anse galvanique sur les vaisseaux, il suffit de fendre une artère de cadavre (cubitale, humérale, etc.) du côté opposé à la cautérisation; on observe alors un racornissement et un resserrement plus ou moins prononcés des tuniques vasculaires. L'extrémité du vaisseau est légèrement rétrécie en forme de cône et obturée par une eschare. Si l'on regarde le bout d'une artère liée pour constater la différence qui existe entre ces deux modes d'hémostase, on constate qu'après la ligature il existe un cul-de-sac cylindrique.

En examinant une plaie faite avec Tanse galvanique, si Teschare est peu épaisse et qu'il existe une artère d'un certain volume, on en voit Textrémité poussée par la colonne sanguine faire saillie à la surface cautérisée, tandis que si Teschare est suffisante , rien ne paraît en dehors. Lorsque la section a été encore plus prompte, on aperçoit une teinte rosée, due à un suintement très-léger de sang artériel s'étendant sur les tissus voisins; enfin, si elle a été très-rapide, il y a écoulement de sang presque comme après l'emploi de l'instrument tranchant. Il importe donc de faire l'opération de manière à favoriser le resserrement des tuniques artérielles et leur agglutination par une eschare suffisante, pour résister à la colonne sanguine.

Si l'on traverse les muscles du bras ou de la cuisse d'un cadavre avec un fil d'un millimètre de diamètre , de manière à comprendre 5 ou 6 centimètres de tissus et qu'on le chauffe au rouge vif, pendant cinq minutes, en lui imprimant vers la fin de légers mouvements, on établit un canal cylindrique de 6 ou 8 millimètres de diamètre et l'on peut retirer le fil sans le moindre obstacle. En faisant l'expérience en plusieurs temps, on observe qu'il creuse deux cônes à bases extérieures, .qui s'étendent graduellement et finissent promptement par se rencontrer au centre des tissus ; alors , l'incandescence ayant lieu dans toute son étendue, on régularise la carbonisation et l'on obtient un canal cylindrique.

Dans des conditions semblables, si l'on chauffe le fil seulement au rose pâle pendant cinq minutes, on observe que dans son trajet il est entouré de 4 à 5 millimètres de chairs escharifiées auxquelles il adhère fortement, et qu'il existe aux extrémités deux petites ouvertures coniques.

Les faits que je viens de relater permettront aux praticiens de se rendre compte du mode d'action de l'anse galvanique dans les opérations rapportées ici.

26 DE LA GALVANOCAUSTIQUE THEBMIQUE

OBSERVATION I

ABCéS PROFOND DU SEIN DROIT ; INCISIONS, SETONS, CAUTÉRISATION AVEC l'acide nitrique et COMPRESSION ; INSUCCÈS ; CAUTÉRISATION INTERNE AU MOYEN DE LA GALVANOCAUSTIQUE THERMIQUE ; PANSEMENT A l'eau ; COMPRESSION AVEC UNE BANDE DE CAOUTCHOUC ; GUÉRISON.

M"'L... âgée de vingt-six ans, d'une bonne constitution, habitant la campagne, régulièrement menstruée, fut adressée à M. le docteur Amussat, le 5 septembre 1852, par M. le docteur Bancel père, de Melun. Le sein droit avait un volume au moins quadruple de celui du côté opposé ; il était assez dur , bosselé , le mamelon était déprimé , la peau était bleuâtre et sillonnée de veines saillantes ; il offrait , en un mot, Taspect d'un sein cancéreux; mais en le palpant avec soin, on sentait une fluctuation profonde, surtout à la partie interne. La malade racontait qu'elle était accouchée heureusement au mois de décembre 1850, et que l'année suivante elle avait reçu un coup sur le sein droit. Depuis cette époque, elle avait vu son sein prendre peu à peu un volume plus considérable, devenir douloureux et être le siège d'élancements passagers. La douleur devenait plus grande dés qu'elle fatiguait le bras droit.

M. le docteur Bancel père, consulté au printemps, prescrivit l'emploi des moyens conseillés en pareil cas, tels que sangsues, cataplasmes de farine de graine de lin, de ciguë, de morelle, emplâtres fondants, etc. Cette thérapeutique n'ayant pas amené la guérison, il adressa sa malade à M. Amussat.

Après l'avoir examinée avec beaucoup de soin, notre confrère pensant qu'il pouvait y avoir une collection purulente profonde, comme affection principale, prit le parti de faire une incision au côté interne du sein droit, afin d'éclairer le diagnostic et de faire l'ablation de la tumeur, si le résultat ne justifiait pas ses prévisions.

Le 8 septembre. M"® L..., étant placée comme pour l'opération du cancer du sein, fut soumise aux inhalations de vapeurs de chloroforme. Assisté par MM. les docteurs Berryer-Fontaine , Carteaux, Lebled et Gerson, M. Amussat fit une large et profonde incision à la partie inférieure et interne de la tumeur, au point où la

fluctuation lui paraissait le moins obscure, et donna issue à un flot de pus verdâtre. Introduisant alors le doigt indicateur par Touverture qu'il venait de pratiquer, il trouva une vaste cavité anfractueuse , à parois lisses, placée sous la glande mammaire. Quoique le sein eût une consistance et un volume différents de celui du côté opposé, il ne lui offrit pas les caractères que Ton observe dans les cas de dégénérescence de cet organe, et il se décida à le conserver. Introduisant alors une sonde cannelée sans cul-de-sac dans la cavité sous-mammaire, il pratiqua deux larges contre-ouvertures, une à la partie supérieure médiane, et Tautre à la partie inférieure et externe.

Un double séton fut passé dans l'ouverture supérieure et dans les deux inférieures ; la malade fut ensuite nettoyée et placée dans son lit. On appliqua alors sur le sein un linge fin et usé, par-dessus un morceau d'amadou trempé dans de l'eau tiède, et au-dessous des morceaux d'épongé pour absorber les liquides qui devaient s'écouler des plaies et des pièces de pansement. Le tout fut recouvert par un large morceau de taffetas gommé, et maintenu par un bandage de corps. Il y eut très-peu de réaction; la malade dormit bien la nuit suivante et put, dès le lendemain, prendre une nourriture assez substantielle.

Le pansement à l'eau fut renouvelé toutes les deux heures, excepté pendant le sommeil qui devait être respecté.

Le 11, la malade commença à se lever, et on changea les sétons.

Le 16, M"* L... vint voir M. Amussat. Il n'y avait pa^ d'inflammation, et la suppuration s'écoulait facilement par les ouvertures inférieures. Le pansement à l'eau était fait très-régulièrement.

Le 19, les sétons furent retirés, et la malade prit un grand bain. Le pansement à l'eau fut continué.

Le 20, après avoir exploré l'intérieur de l'abcès, M. le docteur Amussat, trouvant ses parois très-lisses, introduisit à plusieurs reprises, par les ouvertures, une petite tige cylindrique, en bois blanc, trempée dans de l'acide nitrique concentré. Le pansement à l'eau fut continué pendant vingt-quatre heures.

Le 21, une épaisse couche de ouate fut appliquée sur le sein droit, et maintenue avec une bande de toile, de manière à exercer une compression aussi forte que possible, mais sans trop gêner la respiration.

La compression fut continuée jusqu'au 7 octobre, et comme à cette époque la malade disait qu'il ne paraissait plus de pus, on pensa qu'elle était guérie.

Mais le 11, la suppuration reparut, et, en explorant la cavité,

notre confrère put constater qu^elle ne s^était rétrécie que vers les ouvertures, Tacide n'ayant agi que dans leur voisinage.

M. Amussat se décida alors à cautériser toute la surface de la cavité, avec un &1 de platine passé par les ouvertures et rougi au moyen d'un appareil électrique composé de piles de Bunsen. L'opération terminée, la malade prit un grand bain d'une heure, et ensuite on reprit le pansement à l'eau. Pendant plusieurs jours on fit des irrigations continues d'eau tiède par l'ouverture supérieure, afin de bien nettoyer les surfaces suppurantes.

Le 19, on eut recours de nouveau à la compression avec de la ouate, mais en remplaçant la bande de toile par une bande de caoutchouc.

Le 26, la compression fut cessée, et un examen attentif permit de s'assurer que M"* L... était guérie. La glande mammaire droite était revenue à son volume normal *.

A la même époque, le docteur J. Marshall employa la cautérisation avec le fil de platine pour guérir deux kystes devenus fistuleux. Le premier était situé derrière le sacrum et le coccyx : deux ouvertures existant déjà conduisaient dans une cavité irrégulière et donnaient de temps à autre issue à de la matière sébacée ou à des touffes de cheveux. On avait déjà fait sept opérations infructueuses par Tincision, l'extirpation et les caustiques. M. le docteur Brodie conseilla la cautérisation électrique et adressa la malade à M. Marshall, qui introduisit un faisceau de fils de platine très-fins et, les écartant séparénàent en rapprochant leurs extrémités, les mit en rapport avec une pile de Grove ; de cette manière, il détruisit entièrement Tintérieur du kyste et obtint la guérison.

Le second était un kyste sébacé qu'une dame portait à la joue; il fut traité et guéri par le même procédé*.

* Raveleau. Thèse de Paris, 1869. De la galvanocaustique thermique, « Médical Times and Gazette, 1854, 1. 1, p. 583.

l'anse galvanique 29

OBSERVATION II

Page 1