‹ Mémoires sur la vie et le siècle de Salvator RosaChapitre 2 sur 21 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

I rpn attachait . quelque importance 4

connaître pourquoi j'ai pris la , vie de Salvator Rosa pour sujet de in^mpires. biographiques^ de préférence à celle de tout autre célèbre peintre de l'école italienne ^ je • dirais que j'ai été dirigée daps mon choix , plutôt par le caractère • singulier de l'homme , qufs par le mérite e^ftraordinaire de l'artiste^, ,Tout en admirant le$ œuvres dû premier maître napoli tain,, avec • non moins d'enthousiasme cpi'aucun amar ■ teur , j'estime à un bien plus haut degré les qualités du patriote italien qui s'élève avec hardiesse au-dessus d'une jspoque de dégradation , et s'y fait jcemii^rquer comme l'une dés iQgures gracieuses et animées de ses tableaux^ tandis qu'autour de lui tout

ij PRÉFACE

est timidité ridicule ou complaisance ser^ vile.

La teinte philosophique et les concep tions poétiques des principaux tableaux de Salvator , avaient fait naître en moi un si vif intérêt pour le créateur de ces beaux ouvrages, que pendant mon séjour en Italie , je m'informai de toutes parts du caractère particulier et des détails de la vie d'un homme dont la profondeur de sentiment et la puissante intelligence, ainsi que la sauvage et mélancolique imaginative, s^y manifestent jusque dans ses sujets d'inspiration et ses esquisses les moins, soignées*

Non-seulement il y avait peu à recueillir de la tradition dans un pays où il est aussi dangereux de se permettre le souvepir du passé , que d'espérer dans l'avenir ; mais une sorte de maléfice couvrait le nom de Salvatpr Rosa d'une obscurité semblable à celle dont il enveloppait ses invocations.

En réponse à mes questions , on me conseilla de compulser le Parnasse Italien :

jamais il ne me fut indiqué un des écrits

PRÉFACE. iij

contemporains où j'aurais sans doute découvert quelques renseîgnemens exempts de partialité. Or, ce Parnasse Italien^ auquel j'eus d'abord recours, est un recueil fabriqué sous V approbaiion du Grand Inquisiteur du Saint Office; et je trouvai dans ses pages coTisacrées queSalvator Rosa . était d'une basse extraction , dégradé par l'indigence, d'un esprit rusé, d'un caractère bizarre ; enfin un dissipé dont la société ne se composait que de saltimbanques. Cette étrange différence , entre un homme et ses ceuvres , quoiqu'elle fut re{^due authentique par le sceau du Saint Office , éveilla mes soupçons , et m'excita à des recherches plus étendues.

Bientôt je découvris que le peintre sublime de Saill et de Job était , dans sa vie et dans son caractère, précisément l'inverse de ce qu'il avait été représenté par les littérateurs vendus aux institutions que sa plume et son pinceau attaquèrent tour à tour si judicieusement et avec tant de hardiesse. Loin d'être astucieux , dissipé, et sans délicatesse dans ses liaisons.

tv PRÉFACE.

Salvator était fier, taciturne , et très-scrupuleux dans Le choix de ses amis. Dès^ lors , il me parut évident que la flétrissure imprimée sur la mémoire de l'un des plus, gr^uds peintres et dû poëte le pliis philosopl^e , avait pour cause , non les vices de.riudividu, mais l'esprit d'indépei^dànce^ et. les doctrines politiques du sincère ami de son pays.

D'après des notions exactes , il m'a semblé que Salvator Rosa devait être placé, d^ns la succession des âges , entre Michel- Apge , l'artiste patriote , et Filijica , le poëte de la liberté : héritier d'une partie du , génie et de toute l'excellence de l'antique esprit italien de Michel-* Ange , il se montra le digne précurseur des inspirations libérales qui illustrèrent Filijica.

Comme son Prophète du désert ^ qui se voit encore dans le palais Colonna , il apparut Sjèul au mUieu d'une nature aride , ipais il^tait animé d'une noble exaltation .

J'ai représenté Salvator tel que mei l'ont montré les vraisemblances; et si, par cette sympathie naturelle qui porte vers ceux

Page 1