‹ Mémoires sur le comté de Neuchâtel en SuisseChapitre 32 sur 32 · CHARTE · texte numérisé non relu

CHARTE

OCTROYÉE PAR IX COMTE ULRICH ET BBRTHOLD'SON N l'jlm 1214.

Ail Dom de la sûnie et indivisible Trinité! Ulrich comte etBerlhold son neveu , seign^rs de IVeuchâtet , k quiconque verra les présentes lettres , salut. Faisons savoir à tous que , désirant procurer l' accroissement et la prospérité de notre château et de notre ville de Neuchâtel , nous avons concédé à nos bourgeois de Neuchâtel, de leur consentement, et selon les coutumes de Besançûn , les constitutions qui suivent, en cette forme.

a. Noos ne ferons au château ni en la ville de Neuchâtd nulle exaction, b. Noos prendrons nos droits sur les crimes conunis. Pour sang versé pendant' la trêve du seigneur, nous prendrons soixante sols ; pour sang versé hors la trêve du seigneur, neuf sols. Pour armes tirées sur quelqu'un sans frapper, ou pierre jetée contre quelqu'un sans frapper, dis livres. Et si celui qui tire le glaive ou jette la pierre , ne peut donner caution selon la loi , il sera arrêté et détenu jusqu'à satisfaction. Il faut aussi noterque tous plains gages sont de quatre sols. c. Nous ne prendrons personne au château ou dans la ville sans jugement, sinon le voleur, l'homicide et le brigand manifestes, d. Nous avons aussi pour

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tout bœuf ou vache qui se vend à la boucherie , quatre deniers et la langue ; pour te porc , deux deniers ; pour le lard, un denier; pour le bélier ou la brebis, un denier ^ pour le bouc ou la chèvre , une oh^e. e. Tout cordonnier qui tiendra banc au marché , nous donnera quatre paires de souliers chaque année , aux époques qui suivent : à Noël une paire ; à Pâques une paire ; à la St. Jean une paire, et à la St. GaU une paire, ni des moindres, ni des meilleures, f, Tom tavemier, pour (^que muid de viq qu'il vendra en taverne, nous paiera an denier, et en outre pour chaque tonneau , quelle qu'en soit la contenance depuis un muid en sus , un quarteron. Et c'est lorsque les tavemiers vendent le vin , qu'on doit exiger d'eux les deniers et les quarterons : et lorsqu'on ne les aura pas exigés durant la vente, après la vente ik n'eu sont ^us tenus, g^ Kpus avons aussi dans la ville , au marché , l'éminage et le pesage qu'on appelle quintal , tant sur tes bourgeois que sur les étrangers, h. Nous avons de plus le han , par lequel noos pouvons vendre vingt-quatre muids de notre vin, dans quelque temps qu'il nous plaise prendre le bai?, hors des foires; et nous vendrons notre vin , pourvu qu'il soit légitime , à [dus haut prix que les autres vips ne se sont vendus , depuis le temps des vendanges jusqu'à celui où nous prendrons le ban ; ou bien , s'U nous plaît , nous vendrons ip ban. i. La communauté de nos bourgeois de Neucbâtei nous doit aussi sept livres , «h^que année , payables le jour de la cène. k. Si quelqu'un de nos bcwrgeois meurt sans hoirs, ou sans parens, ses biens , tant meubles qu'immeubles, seront nôtres. Que s'il avait des hoirs ou des parens , mais qu'ils soient absens, ils seront attendos pendant an et jour; et û durant l'an et jour, ils ne réclamaient pas leur héri- Ijige, la succession sera nôtre, à moins qu'ils n'eussent été empêchés par cause légitime. /■ Nous percevrons aussi dans

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les vigoes qui dépendent de la cour de Neuchàtel , pour chaque muid, un setier de vin. Mais dans les vignes de Champréveires , pour chaque deux muids nous percevrons un setier seulement, et, de plus, pour chaque muid trois deniers , pour lesquels nous paierons les gardes d^s vignes , ' que nous établirons selon l'avis des bourgeois, m. Tous les ebésaux hors des portes du château nous doivent cens; et si nous avons guerre propre , la communauté doit nous aider, sans que nous pi«nions tailles. Auront aussi nos boui^ geots armes et chevaux qu'il appartiendra, selon leur faculté et ce qu'en aura résolu ta communauté, n. S'il était besoin de faire au château des constructions, la communauté sera tenue de les faire selon ses facidtés. o Toute boulangère nous doit chaque année, an jour de la cène, dixhuit deniers, et ne doit point gagner plus de seize deniers par muid de blé. Que si elle était accusée d'avoir gagné jdus de seize deniers, son avoyer jurera qu'elle n'a pas gagné davantage; et, s'il refuse de jurer, il paiera quatre sols pour t'amende, p. En tout ce qui touche nos revenus , si quelqu'un.est accusé de fraude, sur son serment, s'il est tenu pour légitime, qu'il soit quitte. Maiss'il était convaincu par deux voisins idoines, outre l'accusateur, d'avoir usé de fraude , il paiera soixante sds selon la loi , et dès lors ne sera plus tenu pour idoine, q. Tout acheteur qui apporte du dehors poisson à vendre, le vendra à la boucbme ; et s'il le vendait ailleurs dans la ville , il paiera quatre sols selon la loi , à moins que , entrant de nuit en ville , il ne le vende à son hôte, en son logis, pour sa nourriture, r. Chacun peut gager son débiteur ou sa caudon qui u'est pas de la ville, hors du château et au dedans, excepté au cimetière- 5. Que les marchés , les foires , les venditions des gages, la coutume des seigneurs de prendce les gages en ce qui coreeme les denrées, et en ce qui concei-ne le foin, l'avoine II. 18

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■et les feiTeiiieus des cfaeraïuc, et de les détenir, et que les usages des anciens jugemens demeurent invariables , à te^ □eiir des aDCJennes coutumes, aTec loi^t ce que dessus. t. Les chésSQx du château, si on n'y a pas âevéde bâtiment et qu'ils ne soient pas habiles par les propres possesseurs ou pwdes locataires idoines, souspaierontcens, tout aussi bien que les chésaux bore du château, u. Quesiquelqn'un délaissait sa vigne sans Culture pçndant buis ans, ^(e seva ndtre. v. Maïs de toutes les coutumes ci*dessas écrites , par lesquelles nous prenons cens ou redevance , les chanoines en demeurent francs , tant seulement pour les bieas qa'iis ont tenus à raison de l'église de Nenchàtel jusqu'au temps de la présuite institution. En sont aussi francs les geas d' armés et leurs 6els ; -et les gardiens des ptMtes ; -et les nwréebaux inféodés , et leurs Sefs. Maïs les autres maréchaux nous doivent chaque année, aujourdelacène, douze fers pour le droit de maîtrise, x. Au moyen du paiement de ces droits setoti coutume , nous déclarons nos bourgeois de Neuchàtel libres et à l'abri d^ toute exaction , extorsion et taille, j. Nous statuons aussi et concédons qu'ils puissent lilwYiment v^idre et engager leurs biens , savoir : maisons, vignes, cbsmps et prés, àquiconqueil leur plaira, sauf néanmoins notre droit et eu requérant notre pennïssion , pour qum ils nous doivent ventes et lods , savoir : des choses vendues , pour le sol un denier, et des choses engagées , pour te sol une obole ; dont paie deux parts celui qui achète ou {««nd à gage , et le vendeur Ou l'eugageur la trmsième part. z. Que si quelqu'un avait vendu ou engagé sa projeté sans notre consentement, et qu'ensuite il la vende ou l'engage à un autre, après avoir requis notre conseaitement , celui qui tiendra de nous la chose vendue ou engagée , la possédera , et l'autre la perdra. Cependant il pourra réclamer son dû, .si d'autre part le débiteur a

de quoi pouvoii' restituer ; sinon , son actioD sera de nul effet, aa. Or, à changement de seigneur, les bour^d) ne reprennent pas de lui leurs biens. Mais si quelqu'un des bourgeois meurt , ses héritiers succèdent en plein k l'héritage, sans reprise. Cependant ils doivent le recevoir de la main du seigneur. 6i. Ils peuvent aussi disposer par testament de leurs biens , sans notre consentement , sauf néanmoins notre droit , excepté en faveur des moines blancs (i). ce. Si quelque étranger, pourvu qu'ilne soit denos hommee, se réfugie dans notre ville de Nenchàtel , et que sans avoir été réclamé, il y ait feit sa demeure pendant l'an' et jour, et qu'il se soit présenté aux miniatériaux de la ville Ou à nous , et qu'il soit entré pour sa part dans toutes les prestations communes, les boui^eois ï'anrcmt ensiHte pour com»bourgeois , et nous avec eux lui prêterons maintenance partout oii il aéra besMO. Que s'il ne s'était pas aidé, il ne sera pcùnt tenu pour combourgeois , et il ne lui sera point prêté de maintenance. Toutefois pour ta considération de la ville , nous ne souffrirons point qu'en ville il lui soit fait aucun a£&o»t -, mais s'il est tué ou pris hors de la ville , nous ne le vengerons ni ne le réclamerons. Que s'il était réclamé dans l'an et jour, dnût en sera &it au réclamant, en cette sorte que, si c'est par sa faute qu'il s'est enfui, et qu'il compose avec le réclamant , celui-ci prendra les deux parts de tous les biens du fugitif. Mais si c'est par la feute du réclamant qu'il s'est enbii , et qu'il compose avec lut , cdui-cï prendra la trtHsième paît des biens du fugitif. Qœ s'il ne

(') Malgré la diaptuition de la charte de 1214, qui permetuit aux bourgeois de disposer de leun biens comme il leur plâtrait, sauf en faTcurdes moine* blancs, on vuit néanmoins plusieurs donadons ou legs faits par des bourgeois aux prémoulrés de l'abbaye de Fontaine-André , qui étaient des moines blancs, et il u'y eut poîat de réclamations; re qui provenait peut-dtre du grand respect qu'on portait k l'é^nei

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^leut traBsiger avec lui , la ville le gardera pendant qnarante jours , durant lesquels nous lui donnerons sauf-conduît pendant un jour et une nuit, pour qu'il fuie où il lui plaira. Mais si le fugitif entend nier d'appartenir au réclamant, on ordonnera le combat , et il se défendra personnellement. Le requérant aussi l'attaquera personnellement. Que si dans le combat il est occis , occis soit. Que s'il est vaincu , il ne serapointrendu au réclamant, mais la ville le gardera pendant quarante jours , dans lesquels nous lui donnerons sau^ conduit, ainsi qu'ilest dit ci-dessus, dd. Et les étrangers , Ico^u'ils se présentent à leur entrée, ne donnent rien au seigneur ou aux ministériaux , à moins qu'ils ne veuillent le faire de leur propre mouvement. Et lorsqu'il leur plaira, ils pourront librement repartir en emportant tous leurs biens ; mais si depuis le dehors ils veulent y conserver leurs biens, ils pourront le &îre , sauf notre droit. ««. Et en tous les articles où les bourgeois en auront Iwsoin , nous sommes tenus deleurprêtermaintenanceetassistance.j[f. Toutes lesquelles coutumes , ainsi qu'elles sont contenues dans le présent acte, nous avons promis par serment d'observer inviolablemenl , sauf que nous en exceptons les olliciers de notre maison , pendant qu'ils administreront nos affaires ; ensorte que nous ne soyons point liés par le dit serment , afin qu'ils nous servent de leurs personnes et de leurs biens , lorsque nous exigerons d'eux des services ; ou que s'ils ont mal administré nos aflaires, ils nous rendent compte de ces affaires mal gérées, et que satisfaction nous en soit faite, gg. El nos successeurs aussi , lorsqu'ils succéderont à l'héritage , seront tenus de faire le serment de garder les dites coutumes , afîn que ces choses que nous avons faîtes , demeurent fermes à perpétuité, hh. Que s'il arrivait que nous ou nos successeurs, vinssions à violer ces statuts en quelque endroit , et qiie nos successeurs se reliisasssent à prêter les dits sermens

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nous constituons pour juge souverain en pareil cas , le vénérable père évèque et le chapitre de Lausanne , avec le chapitre ^e Neuchâtel, afin qu'ils mettent à interdit tant notre terre que ceUe de nossucœsseurs , Neuchâtel excepté, jusqu'à ce que les dites coutumes soient en entier gardées aux bourgeois, et que les sermens soient prêtés. Néanmoins, ils nous feront, ou à nos successeurs, justice des dits bourgeois par censure ecclésiastique , s'ils entreprenaient de se soustraire aux constitutions par lesquels ils sont liés envers nous, ainsi qu'il est dit ci-dessus. Elt pour que ces choses subsistent en leur force et vigueur, nous avons feit corroborer la présente charte par l'apposition des sceaui. des susdits vénérables , l'évèque Berthold , le chapitre de- Lausanne et le chapitre de Neuchâtel , ainsi que de nos propres sceaux. Ainsi fait)' an de l'incarDationduseigneur 1214, au mois d'avril.

Berthold, par la grâce de Dieu évéque de Lausanne; et tout le chapitre de la dite église , et le chapitre de Neuchâtel , à tous ceux qui les présentes lettres verront, salut au nom du seigneur. Soit notoire à tous que nous avons pour agréables, et conônnons.les conventions qu'ont respectivement ctuiclues nos bien-aimés Ulrich comte , et Ber* thold soo neveu, seigneurs de Neuchâtel , d'une part, et lés bourgeois du dit châtel , d'autre part ; et que , à la prière et du consentement; de chaque partie , nous les prenons sous nqtre protection , ensorte que si les dits seigneurs ou leurs successeurs , conU^venaient aux dites conventions , ou venaient à les violer eu quelque point , les dits bourgeois aient recours k nous et h. nos successeurs pour en obtenir justice , que toute la terre des dits seigneurs soit mise par nous ou par nos successeurs en interdit, à l'exception de Neu- (Jiâtel , jusqu'à complète observation des dites conventions, lofais que si les bourgeois ne se tenaient pas envers les sei-

Ignears chi leurs soocesseurs, auprès de ce qui est contenu en la présente charte , nous ou nos successeurs les contraindnMiB par censure ecdériastîque à s'y conformer, ainsi que ^re ils le doivent. Et afin que le présent demeure en sa ùxœ et vigueur, nous TsTons fait ciHToborer de l'autorité àm nos sceaux. Donné à Neuchàtel, de la main d'Haymon, notre vénà^le chancelier. Ainsi fait l'an de Tincamation du seigneur I2i4, au mois d'avril.

t^Cotc S, cyaae.

Voici comment un écrivain de notre temps raconte rhÈs-' taire <l«»démélé3 survenus entre fllarguerile de Bom^ogne et k comtesse Isahdlc

LecomleLouis, après araoirperdu d«ax épouses et teus se» fils lé^times, fit connaissance au cbAteou de Chimpvent, au pays de Vmd , de Mai^esîte de Vufflaus. Soit «^pérmice de rem^dacerles fib qu'il avait perdus , soit qne MiQ cœur natureUement sensible se laissât sWer -tta. mB.~ u^[e3 adroits d'une femme encore jenoe, mais hypocrite, adroite et ambitieuse, il en fit son épouse en l3;;i. Il ne tarda guères à remarqué' qoe de la pari 4e sa noUveUe com|>agne , Tintât personnel «tfbiMitieiard'étre comtesse de Neuf^ld , avaimt été les seids mobiles de son waioa avec lui. Il ptévit que ses âHes, après sa mort , ne-se sépa-^ reraient pas d'eUe sans contastations ; H ebercba -à lés prévenir, en associant son aînée , Isabelle , au ^mveinenient del'étal^Maisàpeine te oocDte eut-il fermé les y«ux, que Mai^erite [ffétendit que sa qualité de veuve lui donnait

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l'usufruit du comlé , comme d'un bien aUodial , que Gorgkgt confisqué par Louis sur la maison d'Estavayer , et réuni au domaine seigneurial , était un ao]uèt auquel elle avait port, et plusieurs autres prétentions de cette espèce. Ces cxm-' tesiations furent soumises à l'arbitrage du roi de France Charles V : il prononça en i ij/y , et trouTB Marguerite mal fondée ; mais elle eut le château et la vîUe de Boudry ave<i toutes junsdiclions , à titre de fief et pendant sa vie seale-< meni, avec un revoiu de 869 Aorins et 6 sols lausannois, sous condition qu'elle conserverait les firanofaises des bourgeois, et qu'à la réserve de son douaire, elle laisserait le& forêts dans leur intégrité. La douairière parut satis&île, et se mit en possession de son château et de la ville; mais ayant épousé en secondes oâces Jacq^ies de Verçy , seigneur Boui^ignon, elle renouvela toutes les difficultés, esti-i mant que lorsqu'elle avait lié un compromis avec sa bellefille , elle n'était pas sufiîsamment autorisée , soa tnri désavouant ce qui avait élé fait et dit.

Les parties s'aigrirent; les difficultés se compliquèrent et portèrent sur une multitude d'objets divers. Plusieurs tentatives furent faites pour les tertmner : l'aniroosité éclata enfin et dégénét^ en une guerre ouverte , pendant laquelle . Marguerite et son mari ae livrèrent aux plus atroces traitemens envers leurs sujets de Boudry et ceux de la comtesse Isabdle. Au mépiis des franchises du peuple qu'elle avait promis de conserver, Marguerite levait sur eux des impôts inconnus et arbitreires , elle refusait d'accorder les appdï des Sentences rendues à Boudry , elle expIcHtatt les forets de son domaine. Les bourgeois osèrent lui adressei* des plaintes, ettuifaireentendre qu'elle n'était point véritablement dame de Boudry , mais seulement usufiiiidère. Blessée de cette liberté , elle fit mander an chÂteau une trentaine des principaux citoyens, auxquels elle fit de sanglans reproches,'

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les accQsant d'êtres parjures. Michel Coutelier, leur obef, offrit de justifier leurs plaintes devast les tribuDaux : au lieu d'accepter ce défi, elle les fît tous envelopper par ses gens ; huit furent saisis et jetés dans les cachots de la tour du château, d'autres pour se soustraire à ses exactions , quittèrent la ville ^ elle fit saisir leurs maisons et leurs meubles. Cette conduite ayant excité la rumeur pufaUfpie , elle menaça les boui^eois d'exécution militaire , et afin de leur ôter tout moyen de résistance, elle fit enlever les serrures etdépendre les portes de la ville , démolir sept maisons et transporter toutes les armes au château.

Isabelle informée de ces vexations , fit dire à sa bellemère qu'elle eût à se contenir et à laisser ses sujets dans la paisible jouissance de leurs droits, ou qu'elle serait obligée d'employer la force pour les protéger. Marguerite , furieuse de celte menace, fit venir son mari avec une garnison de BoorgnigDOns qui s'emparèrent de Boiidry. Alors on ne garda plus de mesure -, la ville fut livrée k une sorte de pillage^ les pasaans, surtout les boui^eois de Neuchâtel, étaient rançonnés. Un jour, comme autrefois Néron , Marguerite fit mettre le leu à la ville , et des gens apostés jetaient des pierres à ceux qui veoaioit pour éteindre rincendie : 47 maisons furent détruites. Une aidre fois , ses gens firent tme excovâon jusqu'à Corcelles , oh ils brûlèrent i3 b^timens : quatre hommes furent tués dans la mêlée , et un pauvre impotent qui tomba entre les mains de ces furieux , ht traîné à Boudry, ou Marguerite le fit pendre. Pouv le plaisir de dévaster, elle fit couper dans la forêt plus de aooo chênes et des arbres fi-uiliers,

Isabelle perdit enfin patience, et résolut d'exécuter ses menaces. EUe fît un a|^l à ses bourgeois de JVetichâtel qui ne demandaient pas niieox que d'avoir la permission de vengw leurs injures particulières. Toute la jeunesse

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courut aux armes; plusieurs conseillers de la ville se mirent à la tête de cette troupe qui s'achemina du câté de Boudry. La douairière voyant l'orage s'avancer, se sauva en Bourgogne. Jacques de Vergy, avec les siens, fit une défense vigoureuse \ le sang coula des deux parts. Mais les BourguignoDS ne purent résister à l'impétuosité de l'attaque ; la ville fut prise par escalade , et la garnison s' étant retranchée au château, il Ait encore forcé. Le vainqueur, loin de se livrer à une vengeance qu'il pouvait croire légitime et trop ordinaire dans ces occasions , accorda la vie à Jacques de Vergy et à ce qu'il lui restait de ses gens , sous la seule condition de se retirer avec eux en Bourgogne. Le château et la ville de Boudry ftirent réunis au domaine.

Cet acte de générosité ne désarma point la fureur de Jacques de Vergy et de Marguerite : expulsés de ce pays par la capitulation , ils tournèrent leur rage contre les (wopriétés qu'Isabelle avait en Boui^;ogne. Vevrel, Guez, Flanchebouche , Vancerfontaine furent saccagés , pillés et incendiés. Enfîn, en 1378, Philippe duc de Bourgogne s'intéressa comme médiateur. Les parties parurent devant lui à Châlons-sur-Saâne. Jacques de Vergy plaidant pour sa femme, présenta seize griefs contre Isahelle, et élevait ses prétentions à près de 63,ooo florins. Isabelle qui était alors à Vuillafans , remit le soin de sa défense à Jean d'Ârberg, seigneur de Valangin, et au chevalier Vauthier de Colombier. Ils présentèrent quinze articles de plaintes contre la douairière et son mari , et portèrent à peu près ses répétitions à g6,ooo florins. La sentence fut rendue le i3 juillet. La conquête et la confiscation de Boudry par Isabelle forent maintenues, déclarées légales et puisées de tout usufruit. Sur quelques autres articles , le duc renvoya à un plus ample infcHiné, et diverses plaintes réciproques - en dommages furent compensées. Dès lors on ne parla plus

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de Margu«rit« de.Vufflans : mi sait seulemeat ifi'èAe est la bisaïeule de cette dame Guillemette de Vergy , connue par ta tournure origàiiale de son esprit.

tJCcte 6 , cyiooieé a45 ^ «tiuvoMtcd.

l VIE ET LE raoCiS CHIHINEl, DE VAUTHIER BATAIUD DE IfEUtMATEL (-).

C'est un épisode intéressant dans l'histoire du comté de Neuchâtel que cette longue et violente querelle entre le comte CoMt&RD de Fribourg et Vajjthier bâtard de Neucliâtel. Les documens nombreux qui nous restent encore, servent à apprécier leurs caractères respectifs, et renferment des détails piquans sur les divers événemens qui accompagnèrent cette longue querelle. La ruse, la défiance, l'animosilé et la violence s'y déploient tour à tour ; mais le pot de terre se brisa contre le pot de fer, et le bâtard Vauthier s'abandonnant à une conduiteaussi vicieuse qu'imprudente, fait presque oublier le blâme que mérita le comte en plus d'une occasion.

Environ à ao minutes du village de Rochefort, du côlé du couchant, et presqu'à l'entrée de la goi^e qui conduit au Val- de-Travers, est une éminence conique bornée au

(*) L'auteur de celte notice, que l'on donne ici abrégée et modifiée, est le baron François de Chanbrier.

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nord par la grande route , au midi par l'Areuse , dont les caax se brisent à chaque instant sur les rochers détachés qui encombrent stwi lit. C'est au sommet de ce cône que la tradition place l'ancien château de Rochefort. Ainsi posté à l'entrée d'iuie got^e importante , commandant ta route qui conduisait en Séquanie , sa situation était triste et sauvage. Mais si ce séjour n'avait rien d'attrayant, le domaine qui en dépendait était fort étendu.

Par son testament de iSjS , le comte Louis avait donné au bâtard Vauthier hi seigoeuiie de Rochefort ainsi que celle des Verrières. ConrarddeFribourg, successeur delà comtesse Isabelle, l'avait mis en possession de ces deux domaines; mais il s'éleva bientôt enti-'eux de graves difficultés, à la suite desquelles ils eurent recours (au mois de septemlH^ 1399) à la jMÛncesae d'Orange qui prononça la restitution des deux seigneuries au bâtard , en dispensant le comte de lui en rendre les revenus. Au bout d'un mois, Vauthier supplia le prince d'Orange , en qualité de seigneur du Eef , de confirmer cette renonciation , sans doute pour prévenir de nouvelles difficultés. Le suzerain du comte donna l'acte solennel que le bàlard réclamait.

Ed i4oi , Conrard découvre tout à coup que Marguerite, bâtarde do comte Louis . avait en secret renouvelé ses prétentions sur on certain fief situé h la Côte, dont l'acte original de concession avait jadis été lacéré et brûlé par la comtesse Isabelle. Il sut que cet acte reparaissait, et que Mai^;uerite en avait lait donation k son trirt! Vauthier. D'abordil faitconvoquer les g'TïHidjjoury. Nicolas deGrandson, bourgeois de la ville, agissant comme procureur du comte , y poursuit Marguerite et demande « sa confiscation » en corps et en bien au profit de monseigneur le comte , » pour avoir &it de faux actes afin de s'assurer la possession M de ce fief à la Côte qu'elle regrettait. »

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Soit qu'elle ne pût résister à l'appareil du Bribunal convoqué par un suzerain qu'elle regardait comme implacable, sM qu'elle connût la force des preuves qui déposàientcontre elle, elle s'humilia, avoua, « et se soumit à la merci de » Dieu et de monseigneur. »

Voilà le premier fait qui annonce les dangereux lalens de Vatitbier, et son adresse à conOrefoire d'anciennes chartes. Il est vrai qu'on ne connut point 3101*3 l'auteur de cet acte faux , qui servit à ta condamnation de sa sceur, parce qu'elle déclara l'ignorer; mais on verra qu'il était le faussaire , alors inccnou.

Si le comte &t grâce de la vie à Marguerite , elle fut renfermée dans les prisons de Neuchàtel ; et si elle recouvra sa liberté qudques années après, elle ne le dut qu'à des moyens qui l'aidèrent à pourvoir par la fuite à sa sûreté. Vaulhier n'avait pas attendu ce moment pour se montrer l'ennemi acharné du comte Conrard : il avait jeté le fourreau, et la guerre était déclarée, comptant sans doute sur quelques protecteurs puissans à la cour de Bourgogne. Il seflattaitd'avoirpartaux.bontésde Jean de Chàlons, prince d'Orange, et du comte de Montbéliard qui était en procès avec Conrard. Mais ces faibles espérances n'étaient que le produit de son ressentiment.

Etroitement uni à la puissante maison de Vergy , le comte trouvait chez elle des gens tout prêts à intercéder auprès dnducdeBourgf^e, lorsqu'il se compmmettaitparquelque tentative téméraire ou injuste. Entouré de clîens ou d'agens habiles, il était puissant par lui-même. Il avait juré la mort de Vauthier, et les nombreuses difficultés que lui suscitèrent ses voisins, ses vassaux et ses sujets, ne lui firent jamais perdre de vue ce vassal révolté qui pouvait, malgré sa faiblesse , devenir dangereux par l'asile qu'il avait trouvé dans les ét^ts du duc de Bourgogne. '

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— MB —

Voici commeDt Vauthier racoote l'histoire de ses démêlés dans sa requête au parlement de Dole. Après avoir établi la légitimité de ses droits, il convient qu'en 1396, après la mort de la comtesse Isabelle , Conrard lui avait restitué les seigneuries de Rocbefort et des Verrières ( mais il ajoute que déliant, et craignant sans doute quelque arrière-pensée de sa part , il avait cherché à se procurer une sauvegarde de la cour de Bourgogne , sauve-garde annoncée par le pennon (') du duc, qu'il avait osé feire arborer par un sergent de Bourgogne , sur les murs du château de Rochefort aussi bien qu'aux Verrières.

Le sergent part du château de Rocbefort pour se rendre à celui de Neuchâtel , et pour y signifier au comte la sauvegarde de Vauthier. Mais il l'aperçoit de loin sur la grande l'ouïe , courant effraement et à toule bride , accompagné de plusieurs gentils hommes et avec grande puissance de gens d'armes. Craignant sa fureur, le sergent fuit et se cache- Le comte arrive au château de Rocbefort (*), et s'en empare après avoir enfoncé les portes ; il foule aux pieds les pennons armoriés du duc de Bourgogne , trouve enfin Vauthier, le fait saisir et frapper de coups avec deux de ses valets, quoiqu'il criât à toute force qu'il était, lui et ses gens en la garde de monseigneur de Bourgogne ; on l'enchaîne avec ses valets et on le jette dans un cul de basse fosse, au fond de la tour de la maréchaussée de Neuchâtel ; mais il eut le bonheur de s'échapper après sis semaines de captivité, au moment oii il allait peut-être périr sur féchafaud.

Cependant le sergent se bazarde à approcher de Neuchâtel le lendemain de celle expédiliou. Il se rend au château , et en demande l'entrée au portier pour y signifier son exploit : le portier lui défend de passer. Messire Vauthier de Colombier et Nicolas de Grandson, maire de Neuchâtel,

(') Pennon, sorte de handcrole cliarg^e d'.

a MOî.

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arriveat avec d'autres pour onir ta réquisition : il leur Ht soa exploit qui défendait au comte de tow^er à la persoQne de Vauthier, à ses ^ns et à ses biens , sous peine d'encourir une iUTwnde de dix mile francs.. On lui demande couinent il est aaseE fou de se charger d'une pareille commissàfM sur une terre indépendante du duc, et l'on finit par lui Ëùre de séiieuses menaces.

Tdsscmt les &îts ctwteDUS dans la requête présentée par Vaatbier au parlement de Dole , en i4o4-La même année, dans uneautre requête , il fait le récit des iniquités du ccmite, de ses exacdons sur les gens de aes terres. Il raconte qu'im autre saluent de Bourgo^e osa se transporter à Neudiâtel et signifier au comte lui-màue l'exploit pour la sauvegarde de Vauthier. Le sergent ayant conçu des craintes , s'échappe et s'embarque sur le lac. Jean de Clorié, l'un des échevîns de Neuchàtel , était dans ce bateau; il s'écrie : a. que font ces bâtonniers (') par ci? Par la sans Dieu , il en u vint UQg l'autne jour en cette ville , mais qui me eust cru, u on l'eust taidOGt frappé et jesté dans lo lay (*). Et par la u saosDieu,sevousfàitescbousesd'ofi&oe,ouvousjetteray » dans lo dit lay. »

Tandis que Vauthier ^^missait dans son cachot , on autre sergent vient déclarer à Messîre Hugues de Willafans , baîUide Neucbâtel qu'il exécutwaît sa coauBÏssion. Mesdre Hugues lui répcmd que , selon la manière du pays , on le jetterait au lac, et Einzelin, cuisinier du crante, ajoute : <( Par la sans Dieu il ferait bien celui qui te jetterait con* » treval réçlusette , toi et ton baatoanet , et te ferait fidre la » vie d'un saiut. m C'était en le précî[Htaut du diâteau à l'écluse , qu'il voulait en faire un martyr.

Il est curieux de parcourir ensuite les défenses du comte

(') Allusion à la Tiaguctle d'office au sergent. (■) Dan» le lac.

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Conrard, adressées au parlement de Dole en 1407; car, tout en récusant sa compétence , il tenait cependant à se justifier. Il dit d'abord que le ccnnte Louis de Neuch&tel n'avait pu faire aucun démembrement du comté, que ses bâtards Jean et Vautlùer étaient naturellement inhabiles à posséder, que Vauthier, quoique 6<»i vassal , s'était permis de ie greuser et quereller sans raison, n'ayant jamais voulu lui remettre les actes orignaux qui pouvaient légïtimer ses droits de propriété sur les seigneuries de Rocbefort et des Verrières. 11 ajoutait qu'après la mort de sa tante, la comtesse IsafaeUe , il avait donné à Vauthier la garde de la forteresse de tiennes, assise sur les marches du comté de MontbéUard et £u4llemaigne ; que le bâtard lui avait promis de ne point l'abandonner saus son aveu , et que cependant.il déserta bientôt furtivement cette forteresse peur venir s'emparer du château de Rochefort. La défense contenait de plus les faits suivans. Conrard accouru k la tête d'un détachement de gens d'armes , avait enf(Hicé les portes du ch&teau de Rochefort , et après y avoir trouvé Vaudiier, l'avait lait conduire dans les prisons de Neuchâtel : mais ce dernier en avait brisé les portes et violé de la sorte l'arrêt de son suzerain. Le bâtard se repentant ensuite de ses violences , avait fait supplier le comte de lui pardonner ses méfaits et de lui permettre de reparaître devant lui. Il y consentit , et Vaudiier vint à genoux crier mercj de ses outrages. Mais le comte ne voulant pas être juge dans sa propre cause , avait fait oonvoqu»* la cour des pairs ': cependant le bâtard qui avait promis de omiparaître par devant elle, n'avait pas tenu parde, et avait été condamné par contumace à perdre les fiefs qu'il possédait sous son obéissance.

Tel est le précis de la justification de Conrard. En k présentant au parlement de Dole , son procureur déclara qu'il récusait sa compétence.

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- S8ft -

Vaulhi^ avait épousé- eu i4o3 Françoise BUe de François de Colombier, dievalier, seigneurde Wuillerens, d'une ancieDoe famille du pays de Vaud. Eni4o4, il se plaignait dans une requête au parlement de D61e que « lorsque Fran- » çoise de Colombier se rendait au château de Rochefort M pour y célébrer son mariage , on l'avait empêchée de Ira-' » verser ta ville de Boudry, qu'on l'avait arrêtée six heures » devant la porte, en haine de son époux, et qu'on ne le » lui avait enfin permis que par égard pour ceux qui l'ac-^ » compagnaient. » Que s'était-il donc passé en 1409, puisque tout k coup la fureur du comte se ralentit, et qu'il pencha vers une réconciliation? I) faut tpi^il n'eût encore aucun soupçon avéré de ces faux actes fabriqués par Vauthier, on que celui-ci eût intéressé des protecteurs puissans à sa cause, puisqu'après tout ce qui s'était passé, les parties convinrent de s'en rapporter à la [Hx>nondation de Jean de Cbàlons, prince d'Orange.

Le prince d'Orange , toujours lavorable à Vautbier, prcH nonça que Rochefort et les Verrières lui seraient restitués, qu'il hériterait sans opposition les biens de Perrenon de Ravine, sa mère, ainsi que ceux de sa sœur Mat^erite, mais qu'il renoncerait à toute autre |vétention envers le comte. Celui-ci parut se soumettre d'assez bonne grâce à celte décision.

Tout à coup des soupçons s'élèvent sur Vauthier et sur ses fausses chartes. Le 11 janvier i4iii le comte ordonne une déposition de témoins au Vaux-Travers. Les ténoins déclarent qu'en i4o8 le bâtard Vautbier avait produit devant eux et déposé sur la chapelle de Nozeroy , au comté de Bourgogne, un acte à leur p-ofîl, concédé en 1297 par le comte Raoul aux habitans du Vaux-Travers, et qu'ib lui avaient promis un bon bœuf en récompense.

Cependant te comte de Fribourg ne perdait pas un mo-

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ment pour arriver à ta vérité. Les preuves s'accumulaient sur Vauthier et sur son complice, le chanoine Leschet. Il obtient de l'évèque de Lausanne qu'on s'empare de ce dernier et qu'on le traduise devant r<^ciaUté. Leschet y comparaît et se reconnaît coupable; mais il implique Jean de Murât, clerc du bâtard, et l'accuse d'avoir écrit ces faux actes. L' officiai le &it également saisir et conduire en sa présence au château d'Ouchy. Voici ses aveux. Il déclare qu'il écrivait de faux actes de privilèges qui attentaient à la juridiction et à l' autorité du comte de Neuchâtd ; que le chanoine Leschet les compilait, et que le bâtard ordonnait au dit clerc de les copier sur parchemin. Les faussaires travaillaient dans le château de Ceriier, au diocèse de Lausanne, où le bâtard demeurait. Ib opéraient dans la chambre où Vauthier couchait avec sa femme; mais dans ces mo^ mens-là, elle était inaccessible pour elle comme pour tout autre. Lorsque la copie de ces actes fut transcrite, le bâtard les cacha dans un coffre. Le clerc en écrivit trois , pour le Landeron, Boudry et le Vaux-Travers; ces chartes portaient toutes en tête le nom du comte Louis. Il avoua qu'il avait transcrit un faux acte de concession de la comtesse Isabelle à ta bâtarde Marguerite , par lequel elle lui faisait don d'un fief à la Côte, à l'occasion duquel elle avait été condamnée en i4o2; a" une charte |wétendue du comte Louis en faveur de ses deux bâtards , qui détaillait les limites de la seigneurie de Rochefort ; 3° Un don à la bâtarde Marguerite et à Perrinet de Mont , son mari , d'un cens de quatre rouids de froment à prélever annuellement sur les moulins de Serrières ; 4° <^^ chartes au profit des boui^eois de rfeuchâtel.

Vauthier s'était retiré dans le comté de Bourgogne -, mais on ne sait ce qu'étaient devenus sa femme et ses enËins, car tous ses biens avai^it été confisqués et réunis au do- II. ^9

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inatoe. Il y traînait une triste exiatence, déaué de tout, ou ne vivant qu'aux dépens de quelque protecteur qui ignorait ses délits. Mais le comte tout entier k ses projets de vengeance, le poursuivait partout. Vers la lin de l'année i4i 1 ) il obtient du duc de Bourgogne des lettres adressées au gouvenieur de la régule de Besançon et aux gouverneurs de la cité , pour faire arrêter Vautbier et lui arracher l'aveu de ses crimes de &ux. Jean de ^^euchâtel, s^gneurde Vaumarcus , est chargé d'agir en s<hi nom et de se rendre à BesançiHi pour donner de ractivité à ses démarches. I^ bâtard fut saisi et ùicarcéré.

On ne peut découvrir la cause du raleatîsgement momentané que le comte mit alors dans ses poursuites. Vautbier fut ralâché au bout de oeuf mois de détention , après avoir soutenu plusieurs foie une question rigoureuse, sans qu'on pût lui arrachta^ un aveu. Conrard avait [HY)l>ablement des ennemis puissacs qui cherchaient à le traverser dans ses projets en s'intéressaat au coupable. Cependant, &irieui (Vappiœndre que Vautbier lui échappùt, il s'adresse à la duchesse de Bourgogne qui gouvernait pendant l'absence du duc, pour lui demander justice. Il se répand en [^ntes contre les gouvemeiu's de la cité de Besançon ('), et la supplie de faire exandner leur conduite , e^>érant qu'elle ne permettrait pas que le bâtard , ccHipable de pareils crimes, pûtrester impusL Sur ceUe requête, elle envoieà Besançon maître Lambert de Saulx, de la chambre des comptes de Dijon, et un secrétaire du duc, chargés d'af^ro&Kidir b vérité.

Par l'examen que firent les commissaires du duc, on voit que Vautbier, durant sa captivité de neuf années, avait été souvent dans le besoin par la n^ligence du comte Conrard

(■) Besancon, ville lilire et impériale, avait choifii (le jon plein gré 1« duc (le Bonrgogne pour gardirn ou pnUtcteiir.

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ou de ses agens , quoiqu'il eût pris t'engagemoit de Tenlretenir à ses frais; qu'on l'avait rudement traité, ce dont le peuple de la ville murmurait fort ; que le dit bâtard ayant été interrogé plusieurs fois , et ne voulant point confesser ses délits , les gouverneurs de la cité avaient procédé « contre » ly par géhenne à deux fois, àdiversjours, à l'un desquels » îcelly bâtard avait été géhenne par treize fois , sans av(Hr » sur son corps que ses petits draps , et avait été traitié que M inhumaine chose serait le réciter, sans vouloir confessa' 1) les dits cas contenus dans la ditfe accusadmi. Et pour ce Il que la cité avait pour usance que nul ne doit par iceulx » être condamné à mort souffrir, si ne confesse les cas de » sa bouche , pour lesquels il est incarcéré , ils avaient passé H au profit du dit bastard une sentence absolutoire. »

Voilà donc en i4ia te bâtard de Neucbàlel qui se dérobe encore à la vengeance du comte. Mais celui-ci se rend avec empressement auprès du duc qui arrivait de Paris; il lui présente la fausse charte attribuée au comte Raoul, datée de 1297, et il (^tient un ordre de sa part pour ajourner Vauthier. Le seigneur de Courtivron , chancelier de Bourgogne, chargé par le duc avec son conseil d'écouter les réclamations du comte de Frihourg et d'examiner les preuves du faux, étant employé à des alËiires majeures, le bailli d'Aval fut appelé à te remplacCT. Un sergent est envoyé pour ajoimier Vauthier; il se rend à Ceriier et trouve te bâtard dans la |Jace devant le château où il lui feit lire son ex[Joit en présence de témoins. Mais ce fut en vain. Alors Conrard se présente lui-même devant le Irailli d'Aval; il plaide sa cause, et entre à cette occasion dans des détails qu'il est curieux de consulter.

Le comte débute par alTirmer que Vautliier est un a liès- » faux et mauvais homme , » qui s'était étudié à faire de fausses chartes pour nuire à son seigneur, quoiqu'il fût 19'

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« sur l'état de son hôtel et de son conseil , buvant et man- M géant à sa lable. » Pour venir à bout de ses desseins , il s'élait associé un nonuné Jacques Lescsxt, chanoine de Neuchàtel, « né de main-morte et de serve condition, » dont il avait été tiré par les comtes ses prédécesseurs qui l'avaient affranchi et élevé au rang de chanoine. Pour le gagner, Vaulhier lui représentait que le comte les pressait trop pour lui rendre compte de leur administration pendant te temps qu'il avait passé hors du pays , et qu'il ne les aimait pas. Le bâtard disait encore qu'il tourmentait trop les boui^ geob de Neuchâtel et se travaillait de les moult grever, qu'il fallait donc faire de nouvelles chartes de franchises au prolit de la commune de la ville et du chapitre , pour arrêter les desseins du comte , se servir des franchises du comte Louis conservées par les chanoines , pour en imiter la forme et le langage, afin d'en cacher ainsi la fausseté; qu'on y ajouterait alors des clauses avantageuses , et qu'ils en retii-eraient de grandes sommes , en même temps qu'ils dépouilleraient le comte de sa seigneurie. « Â la bonne heure, » dit le chanoine, « mais où prendrons-nous les sceaux? » Le bâtard montre la manche de sa robe , et en tire trois taux sceaux ronds , « laits en pâte , composés de ciment , de » colle , de glaire d'œufs et d'empoix , » contrefaite sur les grands et petits sceaux des comtes Raoul etLouis : il en tire encore d'autres empreintes, prises sur les sceaux d'abbés et de monastères. « Voici , dit le bâtard , de quoi nous scel' M lerons les nouvelles lettres que nous ferons; » ce dont le prêtre fut bien joyeux. Le chanoine déroba donc ces chartes au chapitre de Neuchâtet , et ils en Brent de nouvelles telles Il qu'à grand' peine demeurait-îl au comte rien que le nom n d'être comte de Neuchâtel. »

On trouve ensuite le détail des aveux faits par le clerc Jean de Murât devant roUîcial de Lausanne , sur ce qui se

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passait au château de CerKer. Il s'agissait surtout des franchises de i3o7 en faveur des bourgeois de Neuchâtel ; que Vanthier et le chanoine montrèrent à quatre des jurés du plaid de Neuchâtel, en leur disant qu'ils s'attendaient à avoir grand profit de la commune.

Le chanoine Leschet convaincu , avait été condamné en cJiarte perpétuelle par Y oSicial, son juge naturel. Le clerc Jean Dacie, de Morat, également convaincu par ses aveux d'avoir copié sept fausses chartes , fut aussi condamné en charte perpétuelle. Le comte produisit tous ces faux actes biffés et cancellés, ajoutant qu'il avoit fait ajourner le bâtard à comparaître en sa présence, pour répondre aux accusations de félonie , faussetés et mauîvaitiés portées contre lui par son procureur, mais que s'étant rendu contumace, le tribunal convoqué et composé des députés des villes de Berne, Fribourg, Soleure, Bienne, Moudon, Bomont, Payerne, Lausanne et d'autres villes du pays, prononça que Vauthier était convaincu d'avoir commis les faussetés , félonies et trahisons alléguées contre le comte son seigneur, qu'en conséquence il devait être puni de mort et ses biens confisqués.

Cependant le bâtard muni de ces deux fausses chartes prétendues des comtes Raoul et Louis de Neuchâtel , qui ordonnaient l'appel à la régalie de Besançon , se Qattaht de la sorte d'intéresser le duc en sa ^veur, avait fait citer le comte à comparaître devant le conseil du duc. TVIais Conrard, au heu d'y répondre , part pour Paris oii se trouvait le duc, afin de l'informer de toute cette manœuvre- Les vingt-quatre jurés de Neuchâtel , cités à comparaître devant e Ichancelier de Boulogne pour dire leurs raisons, répondirent au sergent qui vint les ajourner, « qu'ils ne 1) voulaient point contredire à la cancellatîon et à la reddi-

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» tioQ de ces chartes , parce qu'ils trouvaient qu'elles n'é- » taient pas bonnes , et ne leur challait pas d'être à ta dite «journée. »

Enfin , le prince d'Orange dit a« chancelier de Bourg(^e qu'il ne s'opposait point à la cancellation de ces feus actes.

On eut cependant encore une espèce de condescendance pour Vauthier, et ce ne fut qu'après l'avoir cité à comparaître plusieurs fois , que le tribunal prononça enfin , sur l'examen de ces chartes, qu'elles devaient être regardées comme feusses, biffées, cancellées et rendues au comte, lequel ne quittait plus l'audience.

On ignore comment le comte vint à bout de se saisir dn bâtanl de Neuchâtel ; mais voici les détails que contient sur sa mort un acte récemment découvert. Vauthier fut arrêté, amené àNeuchàtel, et le samedi 19 février i4i2, veille des Brandons , il eut la tête tranchée sous un grand mûrier qui ombrageait alors le bord du lac. Cet arbre fut renversé par un orage en i663 , et sur cette place arrosée du sang d'un faussaire, un magistrat distingué, le chancelier de MontmolUn construisit en 1686 la maison qui appartient encore à sa famille.

On sait que le chanoine Leschet , son comfrfice, fut noyé juridiquemMit , parce que l'élise abhorre le sang.

Le bâtard de Neuchâtel se rendît ainsi célèbre par ces malheureuses querelles , et sa basse cupidité fut peut-être l'une des causes de sa haine invétérée contre le comte de Frihourg. Entraîné par de violentes passions , il s' avilit par des actes de faux, et força enfin ses protecteurs k l'aband(Hiner. Il avait cependant de grands exemples qui auraient dû l'instruire ; mais il est difficile aujourd'hui de découvrir les ressorts qui contribuèrent à le conduire è sa perte, ei

Vil n'était pcHBt excité par des instigateurs plus piûssam que lui, dont il n'était que le fragile ioslrument (').

On ne sait trop ce que devint sa malheureuse veuve. La tradition assive qu'elle se retira eu Guyeune avec ses deux fils , qui y fondèrent une maison connue sous le nom de Bochefort. Elle ajoute que cette veuve mfmtra un jour à ses fils la chemise ensanglantée de leur père pour les exciter à Ja vengeance , et qu'on les soupçonnaait d'avoir mis le feu à la ville de Neuchàtel en i45o , époque où l'on sait qu'elle fut presque totalement réduite en cendres.

On dit encore qu'une fille de Vauthier épousa Claude de Menthon , qu'on fait bailli du pays de Vaud , et qài se qualifiait de seigneur de Kochefort et de co-seigneurd' Aubonne. D'un autre c^ des titres positifs démentent cette tradition. D'après une lettre origine du comte Jean , Vauthier n'aurait laissé qu'iHi fils ntnamé Louis, non quelques années après le supplice de son père, et une fille, religieuse de son métier, qui vivait encore en i^i-^.

Dès que Vauthier n'eut plus la puissance, des pl^ites' s'élevèrent de toutes parts contre son château de Roehefbrt qui était devenu un lieu de brigandage. Le caractère connu de Vauthier ne permet guères de douter de la vérité de ces accusations. On prétend qu'au moyen de s^naux correspondant entre le château de Bochefort, le Chàtelard près de Bevaix et le château de Roussillon au-dessus de Buttes, on se prévenait réGi|»-oquen>ent d'un, lien à l'autre que des voyageurs devaient passer, et que s'ils échappaient à l'un de ces poètes , ils ne manquaient pas de tomber dans les

(') On ppnmit joindre à cette notiee Vextreit d'une chronîqae alleaiande copiée en 1512 par l'advoyer PtEmseFïucoH de Pribourg, laquelle se trouve presque verbalement dans k chronique du chancelier JusnHGBB, écrite vers I4!0. Voyei le Schireiieriscljer-Geschichlforicher, premier vol i(me. Berne 1813.

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embâehes qu'on leur tendait d'une autre part. Le comte de Neuchâtel informé de cette association , fit raser les trois châteaux. Dès tors la seigneurie de Rochefort n'a plus été séparée de la directe du comte de Nenchâiel.

t^CoIc

Les faits suivans serviront à donner une idée de l'esprît, des habitudes et des mœurs du 15' siècle.

L'acte suivant est la seule trace que l'on trouve de procédures faites par l'inquisition dans le comté de Neuchâtel : le pays était troppauvre pour que ce tribuDal put s'y établir.

« Noos frère Ulrich de TonnEnrE , de l'ordre des frères prêcheurs , inquisiteur pour la foi , député par messire Jean de Prangtn , évêque de Lausanne, pour la recherche des crimes d'hérésie dans son diocèse, etc., etc., dit qu'il a poursuivi spécialement Jacques Du Plan , de la paroisse de IVeuchàtel, accusé d'hérésie, d'idolâtrie et d' autres mmes, niant la Sle. Trinité, reniant sa part du paradis, prêtant hommage au diable, et ayant comnùs d'autres crimes détestables qu'il a reconnus , non de sou propre mouvement , maisL.après de fortes exhortations à lui répétées. Par l'avis de plusieurs personnes notables, ecclésiastiques et séculières, il coniûmne le dit Jacques Du Plan, comme hérétique obstiné et impénitent, à être livré au bras séculier, exhortant le juge à prononcer, suivant les saints canons, sentence de mort et mutilation de membres , ainsi que confiscation de tous ses biens, à partager en trois portions, dont deux au fisc et la troisième à fo^ce de F inquisition.

pour suppléer à ses frais. Donné à NeucMtel , sur le cimetière de l'église , Matthieu de Cotteos , domzel , étant maire de Neuchàtel, sous le sceau de l'inquisition. Indiction II, le samedi ao juin i43g- Témoins : noUe et puissant seigneur , Jean comte d' Arberg , seigneur de V^angin , Jean de Neuchàtel , seigneur de Vaumarcus , Jean de Colombier, tous chevaliers ; Louis d'Estavayer, co-seigneur du dit lieu, Aymond'Estavayer, OthenindeCléron, Jacques de Dîesse, Jacques de Vaumarcus , Ulrich Haller , JfUKjues de Montagny et Jean de Treytorrens , tousdomsels; Pierre Gruères, Pierre de Gradibus , G. Ësthonnaz , tous notaires ; messires Etienne Bourselier, Jacques Berchinet, Pierre Queue d'Ane, tous chanoines de Neuchàtel; messire Jean de Pierre, curé d'Onnens ('). n

Largesse papale (*).

Nicolas V, serviteur des serviteurs de Dieu, dit qu'il a appris que la ville de !Neucbàtel , située dans le diocèse de Lausanne, venait d'essuyer un incendie qid avait détruit une partie de l'élise collégiale et la plus grande partie des maisons de la ville , dont on avait à peine préservé quatre maisons du feu ; que cette perte avait privé l'église de ses omemens, de ses joyaux et d'une portion considérable des revenus qu'elle retirait des habitans de la ville incendiée. Pour rétablir donc les rentes du chapitre , vivifier la dévotion à k Ste. Viei^ et même rebâtir la ville avec zèle et promptitude, le pape donne de nembreuses indulgences, détaillées avec soin. A Rome, auprès de St. Pierre, l'an i45i,Ie.... des Kalendes d'avril , l'an 5 du pontificat de

NiCOLiS (»).

C) L'acte «or parchemin est en larin-

(') Cet acte, aûui que le précédent, est extrait du Scluveiîeruclier^ GmckieAiforjchtr. Berae 1836,

(') On n'aperçoil nulle trace de l'effet que produisirent ceiindulgaoces pour la recoDSIniclioD de la ville.

«NKiE 1444.

A la date de i444 1 ^ chronique des cbanoînes contenait des détails intéressaos , qni répandaient du jour sur le régime et la forme de notre collégiale, aussi bien que sur ta part que les Neuchâteloia eurent an célèbre combat de St.- Jacques.

Le chanoine Henri Purry de Rive, chroniqueur, observait qu'un induit du pape Eugène IV, de l'an i433, semblait accorder sans distinctioa Feutrée au chajHtre, moyennant que le candidat eût été gradué à l'université de Paris ou à celle de Bàle ; d'où il résultait que les canonicats étaient ou seraient postulés par des personnes qui déplaisaient aux anciens chanoines, et qui, à l'aide de faibles éludes faites à Bàle , et de degrés obtenus légèrement ou à prix d'argent, auraient iMentôt envahi le chapitre. Ces motifs dél«nninèrei)t le fM^vât et les chanoioes à envoyer, avec l'^^Htihatioo du comte Jean , deux merohi«s de cQi^Dce, AntcÀne de Chauvitey et Heairi Purry de fUve , vers le pape Félix V, alors siégeant au concile de Bàle , pour oItfeniF un nouvel induit par lequel il ne pût désormais y avoîràla fois dans le chajHtre que quatre noinQoWes , avec titre de docteiu^ en théologie , gradués à l'université de Paris ou à celle de Bàle, avec préf«»nce accordée aux gradués de Paris. Us obtinrent leur demande très-facïleBKfit.

Sur ces entrefaites , le dauphinde France , àla tétc d'une nomlH^use armée , arriva dans les environs , menaçant Bàle ut le concile. Nos deux chanùnes se hâtèrent de terminer le»irs afifaires -et de rentrer chez eux. Vers le soir de lenr première jouvnée , ils rencontrèrent ce fameux bataillon de 1 6oQ Suisses , détachés du camp des confédérés avec ordre de se jeter dans Bàle à tout prix. « Grondaient esbahis et » marris fiâmes-nous, trouvant ycdle bande tant petite , an 4 demourant joyeuse et advenante, oncques ne se vit jou-

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n venesse plus merveilleusement belle et accorte; des aos- » très étaient là cinquante , sous ordoonance de Albert de M Tissot , Taillant chevalier, nous tônoignaat force aise «t )i contentement de notre improvise advenue. De ce advisés » Out d'abord aulcuns des. principaux des ligues, yceulx » nous requirent leur bailler devisement des dioses à ncHis ■n ct^nes à l'endroit de Basle : sur ee, leur renmntrâffles » que Yost (') du daupbîn comportait vingt ^ cinq, v<»re H trentemtUeArmaignacs,cluunpoyants et spoliants monts » et vaux par alentour la ville et circuit d'ycdie; et H semblait ugne entreprise non humaine de vouloir avecque » si petit reconfort gaigner les portes à Vencontre de telle ■a épouvantable moultitude.. Ung des dits srigneurs des li> » gués (et semblait ycelui chevalier par grave et souperbe » prestance avoir auctoritey), respondit : Sijault-il que » tUnsi soit fait dentain , et ne pouvant rompre à la force » les dicts empeschements , nous baillerons nos âmes àDiau, » et nos corps aux Armaignacs. »

Ce passage exprimé avec une naïveté îoléressante , est d'autant plus remarquable que les historieos s'accordent à dire que ce détacliement était composé de l'élite de l'armée des Suisses j ce qui est une preuve de la ccmfiance et des baisons toujours plus intimes dont jouissaient les Neucbâtelois au milieu des confédérés , à force de partager leurs expéditions militaires. Il est bien naturel d'apprendre avec plaisir, que nos ancêtres ont été pour quelque chose dans cette célèbre journée décrite en termes si magnifiques par le pape Pie II , alors sim{^ ecclésiastique , témoin des prodiges de valeur de cette poignée d'intrépides , qu'U compare lui-même dans son journal aux^^rtiates des Thermopyles.

Lechanoine Henri Purry de Rive , après aïKÀr esalbé l'ùtréi«dité de ces Suisses qui se dévouèren t Xoas à la wustt aux

O L'armée.

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pcHles de Bâie , excepté un très-petit nombre , lesquels , disail-îl, furent punis dans leurs cantons, les uns de mort, les autres par le bannissement , le chanoine ajoutait que des cÎDqaante Neuchâtelois , on croyait qu'il en était revenu sept, mais qu'ils n'osaient pas se montrer. De ce nombre était un bourgeois de Neucliâtel , « Et recognu sain de corps » non feri ni mortri a esté le dit Jehan Fevre , moult honni >> et déjeté de tous, comme vilain et déléal, debvant bien » plustdt aller lui aussi de vie à trépassement que délaisser nies bandières des ligues, ensemble ses braves compain gDons et frères occis. »

isuÉE 1476.

On a vu dans le premier volume lé ^écit à la fois spirituel, uaïfet énergique du chanoine Hugues de Pierre, au sujet de la part que les Neuchâtelois prirent à la guerre des Suisses contre le duc de Bourgogne , Chartes le téméraire. La chronique des chanoines contenait aussi des détails iotéressans sur La situation difficile de notre comte , Rodolphe de Hochberg qui , par suite de ses haîsons avec les Suisses, était devenu suspect au duc de Boui^ogne , malgré les soins infinis qu'il mettait à le ménager.

De grandes levées d'hommes ont lieu en Suisse pour le service dé la France. Le comte PhHippe de Hochbcrg se donna bien du mouvement à celte occasion. Le chanoine Adrian Du Terraux raconte que la fureur de guerroyer possédfHt à tel point la jeunesse suisse, que les chefs des cantons ne fiirent occupés qu'à la retenir. Deux enseignes

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— solde Neuchâtel partirent les premières ; elles étaient de deux cents hommes chacune, commandées l'une par Antoîne Baillods , l'autre par Jehanneret Purry de Rive. Elles passèrent les Alpes avec un grand nomhre d'autres , et jcùgnirent le roi Charles VIH qu'elles accompa^èrent à son expédition de JVaples. Ces deux compagnies de Pfeuchâlel se trouvèrent à la fameuse journée de Fomoiie. Le chanoine ajoutait que le bailli de Dijon avait un lel crédit en Suisse, qu'il aurait enrôlé toute la nation, s'il l'eût voulu, et que, de bon compte , il passa au moins trente mille Suisses en Italie dans cette occasion. Trois autres enseignes de Neuchâtel partirent successivement sous les ordres de Rodolphe Usterval, Jacques Tribelé et Biaise Hory. Cette chronique conlenail le récit de cette expédition très-connue, et qui coûta la vie à un grand nombre de jeunes gens. Usterval périt à Wovarre.

Mystères.

Le chapitre de Neuchâtel Gt tourner au proBt de la dévotion un spectacle, religieux encore dans le iS" siècle et durant une partie du i6". Il adopta les mystères, et ses membres y prirent part comme acteurs. Celui qu'il représenta avec le plus de pompe, eut Ueu en i/igo- Les chanoines , chapelains et autres personnes jouèrent le mystère de \a.passion de Notre-Seigneur , dans la grande semaine, et la résurrection après Pâques. Ce spectacle, si imposant par ses objets et par les acteurs , dura trois jours , et l'afflnence y fut telle que le magistrat jugea prudent de mettre des gardes aux portes de la ville. En témoignage de sa satisfaction , il donna 3o livres aux acteurs , somme constdéraLle pour le temps.

Il existe encore un de ces mystères qu'on représentait le jour de l'épiphanie, et qui paraît dater de la fin du i5'

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siècle. Cette pièce est assez curieuse par la naïveté du dialogue . dont les interiocuteurs sont : les trois rois , Gaspard, Melchior et Balthazard, les principaux sacriiîcaleurs , le roi Hérode , un ange ; trois bei^rs , la vierge Marie et Joseph. La pièce, en trois actes, est en vers français. Après l'adoration de l'enfant Jésus, les pasteurs chantent une hymne latine, dont les vers sont mieux composés que les vers français.

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