‹ Mémoires sur le second empire (volume 2)Chapitre 1 sur 100 · O PREFACE · texte numérisé non relu

O PREFACE

nous avons eu plus de liberté pour écrire et pour donner une série de détails que la méthode rigoureusement historique nous eût forcé à présenter sous une forme moins vivante.

En pénétrant, comme nous l'avons fait, dans l'intimité de cette intéressante époque qui commence et finit avec la présidence de Louis-Napoléon, nous nous exposons peut-être encore à réveiller des susceptibilités et à ranimer des colères. Et cependant plus de trente années nous séparent des é\'énements dont on va lire le récit. A semblable distance, les faits ne doivent-ils pas apparaître déjà sous leur véritable jour? Ne peut-K)n pas espérer, sur eux, un jugement impartial! C'est pour qu'il en soit ainsi que nous avons, non sans une explicable impatience, attendu jusqu'à ce moment pour publier ces mémoires. A cet ajournement, nous avons trouvé un autre bénéfice. Nous avons pu voir se dérouler une série de publications faisant, par leurs calomnies, un scandaleux outrage à la vérité, et nous avons été amené par l'examen de ces libelles à rétablir, dans leur exactitude, des faits complètement dénaturés.

Peut-être attendait-on plus de nous; peut-être eût-on voulu la rectiAcation détaillée de toutes les faussetés inventées par nos détracteurs. Nous eussions pu, en eflet, nous donner cette satisfaction; mais à quelles interminables digressions n'eût pas entraîné

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PHÉFACE 7

un Benblable procédé de réfutation! N'était-ce pas perdre de sa dignité que de descendre à la Justification pour une foule d'invraisemblables impostures? Une autre voie nous était offerte; c'était d'exposer simplement les faits authentiques, d'écrire, pièces en main, l'histoire exacte de la Présidence de Louis- Napoléon et spécialement celle du Deux-Décembre. C'est  ce parti que nous nous sommes arrêté.

Nous ne nous sommes pas interdit, cependant, de saisir au passage, et à titre d'exemple, quelquesunes des énormités inventées à plaisir par les pam* phlétaires en renom ; mais nous nous sommes attaché à maintenir nos rec^iScations dans l'exacte mesure de la nécessité.

QnelqueS'Uns de nos amis nous conseillaient de différer encore notre publication. Tout en rendant hommage à ta justesse de certaines de leurs observations, deux raisons nous ont déterminé à ne point attendre plus longtemps. Voici la première :

A cfité des esprits éclairés qui ont certainement fait justice, à la simple lecture, des inventions de nos insulteurs, il se trouve des natures crédules qui prennent souvent pour vrai, sans défiance, ce que l'impression fait passer sous leurs yeux. Nous avons eu, plus d'une fois, l'occasion de le constater, et il nous eût paru dommageable de laisser plus longtemps s'accréditer l'erreur.

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La seconde considération qui nous a conduit à ne point ajourner notre publication a également sa valeur. Nous devons nous attendre, non pas seulement à des critiques, la critique est un droit, mais à des attaques et à des contradictions. Nous avons les mains pleines de pièces probantes, ou, plus exactement, nous savons où les prendre; nous n'avons point voulu renoncer à la force qu'elles nous donneraient au besoin. Nous avons tenu à être là pour répondre et pour montrer, s'il le fallait, que notre œuvre n'est, en aucune sorte, une œuvre de parti.

Louer, en efî'et, ce qui est digne d'être loué ne saurait s'appeler faire œuvre de parti. Si l'éloge de la politique du Prince se trouve fréquemmeat sous notre plume, c'est que, fréquemment aussi, l'éloge est mérité. Les faits le démontrent : tout homme de bonne foi, à quelque parti qu'il appartienne, sera forcé de le reconnaître. Par une coïncidence dont nous nous félicitons à plus d'un point de vue, la période du pouvoir de Louis-Napoléon dont nous avons à parler est, sans contredit, celle qui honorera le plus sa mémoire; en le montrant jusqu'à l'évidence, nous avons fait simplement acte de sincérité. Et, s'il était besoin d'un témoignage pour attester cette sincérité, nous dirions à nos lecteurs : ce témoignage, nous ne tarderons pas à le fournir nous-méme. Nous avons.

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