PREMIÈRE MONOGRAPHIE
Système nerveux de l’Huttre comestible, Ostrea edulis, L. (PI. 14, fig. 4 et 2, et pl. 7, fig. 1.) Le système nerveux de l’Auitre se distingue, au premier
coup d'œil, par l'importance et la grande proportion de ses deux ganglions postérieurs, et par les troncs nerveux qui
rayonnent de ces ganglions, pour se distribuer principalement au manteau.
Ces deux ganglions se montrent sous le muscle adducteur des valves.
Leur connexion avec ce muscle, qui est unique dans les Huitres, connexion qui a tou'ours lieu dans les Bivalves dimyaires avec l'adducteur postérieur, démontre qu'ici le seul adducteur répond à ce dernier muscle, quoiqu'il soit déplacé et situé plus en avant. |
Ces deux ganglions sont rapprochés l’un de l’autre et appliqués à la circonférence de l'adducteur du côté du ventre et un peu en arrière. [ls sont comme soudés entre eux, dans la ligne médiane, par leur névrilemme.
Nous avons souvent trouvé le ganglion droit un peu plus grand que le gauche.
Cette petite différence de volume et une légère dépression dans la ligne médiane, se terminant par une petite échancrure en avant et en arrière, dans leur ligne d'union, indiquent leur séparation.
Voici les nerfs qui sortent de chacun de ces ganglions, en procédant de dedans en dehors et le contournant d'avant en arrière.
Le premier, qui sort du bord antérieur et externe, est le cordon du grand collier (fig. 1, cc).
Ce cordon se rend en avant dans le ganglion labial, trèspetit renflement qui se voit en arrière de la bouche (2, ho et). |
Le second nerf important que produit chaque ganglion principal, etqui en sort tout près du cordon du collier, appartient aux branchies(f. 1, nbr., et f. 2, 8 et 8°).
DES MOLLUSQUES ACÉPHALES. Ep
Ce nerf, que nous verrons exister constamment chez tous les Bivalves que nous avons pu étudier, y montre toujours et très-exactement la même disposition.
Aprèss’être porté en avant et en dehors, il forme un coude en avant, pour se replier en arrière et suivre le bord dorsal des deux branchies de son côté, jusqu’à leur extrémité postérieure.
En dehors du même nerf branchial sort, de chaque ganghon principal, un filet qui doit se perdre dans le manteau.
Un autre filet naît du même ganglion, entre le nerf branchial et le cordon du cellier, mais dans un plan supérieur ; ce filet contourne le muscle adducteur, pour venir se perdre dans le manteau en passant sur la face postérieure du cœur.
Un troisième filet naît encore plus en dedans du ganglion principal, au-dessus du cordon du collier, auquel il reste quelque temps accollé; il s’en détache ensuite, passe audevant du cœur et se perd dans le manteau.
Un tronc nerveux considérable à son origine, qui semble un prolongement anguleux, en avant eten dehors de chaque ganglion postérieur, produit, en se divisant dichotomiquement, des filets qui se dirigent en dehors et en avant dans le manteau.
Les branches et les rameaux les plus avancés se portent aux parties antérieures du manteau. Les branches et les rameaux qui sen détachent un peu moins en avant, vont aux parties moyennes et latérales de ce même organe. Enfin, la partie latérale et postérieure reçoit des rameaux de la branche la plus reculée du même tronc.
Deux autres troncs ramifiés, qui appartiennent au ganglion droit, se rendent à la partie postérieure du manteau, après s'être détachés du bord postérieur de ce ganglion. Entre eux naît un filet simple, ayant la même destination.
Du côté gauche nous n'avons trouvé qu’un seul tronc, remplacant ce filet et les deux troncs voisins.
Plus en dedans se voit un nerf considérable qui se distribue au muscle adducteur et au manteau.
Le cordon du grand collier semble se continuer au delà du petit ganglion labial pour former le tronc commun du palléal antérieur et du cordon de commissure. Celui-ci se porte au-devant de la bouche et la contourne en arcade.
Le palléal antérieur est assez considérable, il se bifurque avant de se distribuer au manteau.
Nerf branchial antérieur. — Xe petit ganglion labial produit en dehors un filet qui se porte entre le manteau et la branchie interne et semble se rendre dans cette branchie (fig. 1, bra).
Nerf gastrique. — En dedans, ce même ganglion produit un petit nerf qui s'enfonce dans le foie et va à l'estomac.
Cordon du petit collier sans ganglions pédieux. — KW y a ensuite un filet de commissure qui va d’un ganglion à l’autre, et que je regarde comme le représentant du cordon du petit collier.
Le système nerveux de l’Auitre comestible a été décrit avec détail par M. Brandt, déjà en 1833 (1), et par M. Garner en
(1) Medizinische zoologie, 2° Band., pl. XXX VI ; Berlin, 1833.
DES MOLLUSQUES ACÉPHALES. 5g
La description du premier de ces savants est, sans contredit, la plus complète des deux que nous venons de citer.
Les anatomistes qui se donneront la peine de comparer celle de ce Mémoire avec les précédentes, trouveront peutètre que Je suis parvenu, dans ces très-difficiles recherches, à découvrir des faits importants ou à rectifier des erreurs.
Dans ma première communication du 25 novembre 1844, je signalai la grande proportion des ganglions postérieurs, la petite différence de volume de l’un à l’autre, et conséquemment leur asymétrie; enfin, les nombreux nerfs qui en naissent pour rayonner vers le bord du manteau.
En février 1845, j’annonçai que ces nerfs aboutissaient, comme dans le Peigne, à un cordon ganglionnaire, faisant le tour complet du manteau, vers son extrême bord, et fournissant de nombreux filets aux tentacules qui garnissent cet organe.
Ce cordon avait échappé aux recherches de MM. Brandt et Garner (1).
En 1845, j annonçai, dans mon cours du Collége de France que j'avais découvert dans l’Æuitre pied-de-cheval les filets déliés, presque microscopiques, qui se détachent successivement de la partie supérieure du nerf branchial, en arrière de son coude, pour se distribuer dans les cloisons musculeuses qui séparent les deux feuillets de chaque branchie.
Je constatai en même temps, par l’action galvanique, la
(x) The Trans. of the Linnean Society'of London, vol. XVII; London,
contractilité de ces cloisons et l'importance qu'elles doivent avoir dans le mécanisme de la respiration de ces animaux (1).
Je distinguai, dans ma première communication, les ganolions buccaux, malgré leur extrème petitesse, en me servant à cet effet de leur connexion avec les deux filets de commissures en avant et en arrière de l’orifice buccal.
Je déterminai d’ailleursle cordon de commissure qui passe en arrière de la bouche, comme représentant le cordon du petit collier; en même temps que je signalai l'absence des ganglions pédieux, coïincidant avec l'absence de pied chez ces animaux.
On pourra voir (dans le n° 7 de la fig. 2, pl. 1,la mème où je démontre l'existence du cordon circulaire) trois filets qui se détachent successivement du cordon du grand collier, avant sa terminaison dans le ganglion buccal. De sorte que je n'ai pas tardé à me convaincre que ce cordon pouvait aussi fournir dans son long trajet quelques filets nerveux , et que l’une de mes propositions, publiée en novembre 1844, devait être rectifiée à ce sujet, dès le mois de février 1845, époque de ma seconde communication à l’Académie (2).
Enfin, dans mes dernières recherches, je me suis convaincu que les quatre prétendus filets récurrents indiqués dans la Zoologie médicale comme se rendant à la partie la plus avancée des quatre feuillets branchiaux de chaque côté, depuis les ganglions buccaux, ne sont que des brides membraneuses.
Mais il existe un seul nerf, lequel n'avait pas encore été
(1) Voir la Revue zoologique d'avril 1846, p. 120. (2) C.R.T. XIX, p. 1133, $ XII. Les cordons qui forment le grand
et le petit collier ne produisent aucun filet apparent.
décrit, qui part de ce ganglion, ou du cordon decommissure qui tient lieu de petit collier, et se porte sur le bord dorsal du feuillet interne de la branchie interne; tandis que son feuillet externe et la branchie externe recoivent des filets nombreux qui leur sônt fournis par le nerf branchial postérieur à l'endroit de son coude.
J'avais aussi indiqué, dans ma première communication, ce filet branchial récurrent comme se portant vers la branchie.
Jim MONOGRAPHIE.
Autre espèce d'Huïtre ou d'Ostracé de la mer Rouge.
(PL. 9, fig. 4.)
J'avais reçu, en 1842, l’exemplaire unique, sans la coquille, qui a fait le sujet de cette étude, avec l'étiquette de Chama gigas.
Mais après l’examen détaillé de son système nerveux et de sa disposition générale, il est devenuévident pour moi que J'avais eu à examiner un Mollusque bivalve lamellibranche de l’ordre des Ouverts et de la section des Monomyaires apodes, ou un Ostracé proprement dit.
J'ai été conduit à cette conviction,
1° Par l'absence des ganglions pédieux et l'existence d'un petit filet de commissure en arrière de la bouche, tenant lieu de petit collier ;
2° Par les petites proportions des ganglions buccaux et des cordons du petit collier;
3° Par la grande proportion des ganglions postérieurs et de leur commissure ;
4° Par les nombreux nerfs qui partent en rayonnant de ces ganglions pour se distribuer au manteau.
Cet arrangement indique un nerf crcumpalléal régnant dans le bord du manteau, et dans lequel aboutissent les derniers ramuscules des nerfs palléaux postérieurs ;
5° Enfin, les grandes proportions des nerfs branchiaux, leur longueur après leur coude, démontrent le grand développement des branchies et leur étendue en arrière du muscle adducteur, qui est évidemment avancé vers l’axe des valves.
Je conserve donc à cette monographie la place que je lui avais donnée, et je ne change rien à la description qu'elle comprend et qui reste telle que je l'ai présentée à l’Académie le 25 novembre 1844.
Le principal centre nerveux est un ganglion postérieur unique, comme dans le Peigne et l’Anomie, beaucoup plus large que long, disposé en travers sous le muscle adducteur, immédiatement derrière le foie, qui le recouvre un peu.
Sa forme est rectangulaire, et sa face inférieure estun peu bombée. Il donne de ses angles les différents nerfs qui rayonnent dans toutes les parties du corps.
Un nerf branchial (g) considérable et le cordon du collier (f) ont en apparence un pédicule comme cylindrique qui se voit au-devant de chaque extrémité de ce ganglion.
Le nerf branchial est très-gros, et le cordon du collier très-grèle à proportion. Ils se portent l’un et l’autre en avant, le nerf branchial en dehors, et le cordon du collier en
dedans, cachés par le foie et sous la face inférieure du muscle adducteur.
Le nerf branchial traverse ensuite de dedans en dehors l'épaisseur du foie, etgagne le bord du cœur et des branchies, en se coudant pour se porter en arrière. Îl suit, comme à l'ordinaire, dans cette direction, le bord dorsal de ces organes, jusqu'à leur extrémité postérieure.
Le cordon du grand collier (f) s’'avance sous le foie dans un sillon de la face inférieure de ce viscère. Un peu en avant du coude du nerf branchial, celui de droite fournit de son côté interne, et celui du côté gauche de son côté externe, un petit nerf (c) qui, après un court trajet dans le foie, se perd sur le canal intestinal.
Le cordon du grand collier continue de s’avancer sous le foie, et finit par atteindre le bord postérieur du palpe interne. Il y aboutit, de chaque côté, dans un petit ganglion triangulaire (a).
Un filet de commissure se porte transversalement d'un ganglion à l’autre et les réunit.
En dedans et en avant, il se détache de chaque ganglion un petit filet qui se perd, en se divisant, dans le palpe interne.
En avant et en dehors chaque ganglion buccal fournit un gros nerf (#) qui se porte un peu en dehors, longe le bord adhérent du palpe interne, passe à 0",003 des commissures de la bouche et s'étend dans l'épaisseur du manteau; il s’avance ainsi en se divisant en deux branches, dont l’interne suit la direction du trone, en se rapprochant un peu de la ligne médiane, et dont l’externe se porte en bas. Leurs rameaux et
ramuscules se perdent sur le bord musculaire de cette partie du manteau.
Le ganglion principal a ses extrémités qui se prolongent en deux autres pédicules coniques, celui du côté droit plus transversal, celui du côté gauche plus dirigé en arrière; desquels se détachent quatre nerfs (m, nr, 0, p).
Ces nerfs se portent en dehors sous le muscle adducteur et le manteau, sous le bord musculaire duquel leurs rameaux se distribuent. |
Le premier (m) se dirige en avant, en dehors et en bas, et ne tarde pas à se diviser en deux branches.
Le suivant (x) se bifurque du côté droit; tandis qu’à gauche il se sépare en cinq branches déliées.
Les autres (m1 et p) ont une direction oblique en dehors et en arrière.
L'angle postérieur du ganglion fournit directement en arrière un nerf considérable, le palléal postérieur, qui traverse la face inférieure du muscle adducteur, et se perd en se contournant autour de ce muscle, après s'être divisé en plusieurs branches ou rameaux. |
Du côté gauche, la branche (g) se rend dans le manteau. '
La branche (r), avec ses rameaux, a la même destination, aussi bien que la branche suivante (s).
Le tronc principal continue sa marche en arrière pour se perdre dans le musele adducteur.
Ime MONOGRAPHIE.
Système nerveux de lAnomia ephippium, X..
(PI. 1, fig. 3 et 4, et pl. 2, fig. 2.)
Le système nerveux de cette espèce montre, dans sa composition, les plus grands rapports avec le type général qu'il présente dans cette classe de Mollusques lamellibranches ; mais il est modifié dans son arrangement par la disposition asymétrique de la bouche : elle est telle, qu'on ne peut s'empêcher de la comparer, en la voyant, à celle des Pleuronectes.
L’asymétrie du système nerveux, dans sa partie antérieure, montre que cet arrangement, ou plutôt ce dérangement, est en rapport avec celui des organes qu'il doit animer où qu'il entoure.
Le ganglion central postérieur, les ganglions buccaux, le ganglion pédieux existent dans ce singulier système nerveux, ainsi que le grand et le petit collier, dans lacomposition desquels ils entrent.
Des deux ganglions labiaux, placés, comme à l’ordinaire, à la base des palpes labiaux, l’un, c’est le droit, est très-sensiblement moins en avant; l’autre, le gauche, plus avancé, est en partie masqué par le ganglion pédieux (PI. 2, fig. 2, A), déplacé, hors de la ligne médiane, du côté gauche.
ÎT en résulte que la branche du petit collier ( f) qui réunit le ganglion labial gauche au ganglion pédieux, est extrêmement courte; tandis que celle (f°) qui va à ce même ganglion pédieux, depuis le ganglion labial droit, est très-longue.
Cette grande asymétrie dans la longueur de ces deux
nerfs et dans la forme du petit collier est très-remarquable.
Les ganglions labiaux (a,a) sont petits. Leur cordon de commissure (b) contourne en avant la grande ouverture buccale.
Les cordons du grand collier se dégagent de leur angle postérieur. Celui du côté gauche contourne le musele adducteur moyen, qui est très-considérable.
Du côté droit, il suit en dehors la masse viscérale; l’un et l'autre viennent joindre le ganglion postérieur à l'angle antérieur de ses extrémités.
Le ganglion pédieux (h) est assez gros, de forme quadrilatère.
Il recoit les cordons du petit collier par ses angles antérieurs, et donne de ses angles postérieurs un nerf de chaque côté, qui se dirige en arrière autour du muscle adducteur moyen, dans lequel il se perd (k'et X”).
Le ganglion postérieur est étroit, allongé dans le sens transversal et disposé symétriquement, dans ce sens, contre la face inférieure de l’adducteur postérieur.
Les nerfs qui en partent ne sont pas symétriques.
Celui qui s'en détacheen avant du côté gauche pénètre dans l’adducteur moyen (PI. 2, fig. 2, x).
Les nerfs branchiaux forment, avec le nerf palléal principal, un tronc commun (fig. 2, /, {) qui semble la continuation du ganglion, tant ce tronc est gros à son origine.
Mais il s’affaiblit promptement en fournissant successivement un nerf palléal dorsal, le nerf branchial de son côte, et un nerf palléal ventral.
Cette circonstance explique pourquoi ce nerf branchial, une fois séparé de ce tronc commun, est bien diminué en approchant de la branchie
DES MOLIUSQUES ACEPHALES. 67
IL faut le considérer dans les figures 3 et 4 de la PI. 1 pour comprendre ses rapports d’origine avec les nerfs palléaux.
Les nerfs qui vont au manteau appartiennent essentiellement, comme dans l’ÆAuitre, au ganglion central postérieur.
Ils se composent de trois branches principales qui se sépa rent successivement du tronc commun que nous venons d’in- : diquer , et se portent soit vers le côté dorsal du manteau, soit vers son bord postérieur, soit vers son bord abdominal. Les uns et les autres rayonnent et se divisent à peu près dichotomiquement, et gagnent ainsi tout le pourtour du manteau, dont le bord est garni de nombreux tentacules, C’est dans ce pourtour qu'ils rencontrent le nerf cércumpalléal, faisant les fonctions de ganglion, comme dans l’Auitre, le Peigne, etc.
Ce nerf n’a pas, en effet, son origine directe dans les ganglions antérieurs ou postérieurs; mais il forme un cercle complet sur l’extrème bord du manteau ; il reçoit de son côté interne les derniers ramuscules des nerfs palléaux, et fournit, par son côté opposé, de nombreux filets très-déliés qui pénètrent dans les tentacules qui garnissent le bord du manteau, et doivent les rendre irritables ou sensibles.
Cette disposition singulière est parfaitement rendue dans les figures 3 et 4 de la planche 1.
Comme dans l’Auitre et le Peaigne, ces filets nerveux tentaculaires ne correspondent pas aux terminaisons du nerf palléal dans le cordon circulaire, et n’en sont pas une continuation directe.
Ce que je viens de dire du nerf czreumpalléal est une addition à ma monographie, d’après la découverte de ce nerf que j'avais faite peu de semaines après ma première commu-
nication, et que j'annonçai à l’Académie dès le mois de février 1845.
D'ailleurs, personne n’avait encore décrit, avant moi, le système nerveux de l'Ænomue ; seulement M. Garner avait dit (1) que les ganglions antérieurs étaient déplacés, et que le ganglion pédieux était porté de côté par suite du changement de position du pied.
Dès 1844 je décrivais un filet nerveux allant au cœur, au rectum et à l'anus.
J'indique, dans la figure 4 de la pl. 1, un nerf qui se rend à l'ovaire.
Ceux du foie et de l'estomac sortent des ganglions buccaux.
Le ganglion buccal gauche envoie un petit nerf au muscle adducteur antérieur.
Le pied reçoit un petit nerf que lui envoie le ganglion pédieux. É
Le même ganglion donne deux nerfs considérables au moyen adducteur, qui en reçoit un troisième du ganglion postérieur.
Enfin le muscle adducteur postérieur recoit un nerf du ganglion central postérieur.
L'asymétrie du système nerveux de l'Ænomie se montre surtout, ainsi que nous l'avons dit, dans la position excentrique du ganglion pédieux, et par suite dans l'extrême brièveté du cordon gauche du petit collier ; tandis que le cordon droit est, à proportion, d’une grande longueur.
(1) Mémoire cité.
DES MOLLUSQUES ACÉPHALES. 6g
IVre MONOGRAPHIE.
Système nerveux du Pecten maximus, L.
(PI. 2, fig. 3 et 4, et pl. 3 et 4, fig. 2 et 3.)
Les Peignes se distinguent, entre autres, par la dissemblance de leurs deux valves et par l'existence du seul muscle adducteur postérieur, qui est d’une très-grande proportion et un peu avancé vers l'axe des valves.
Ces Mollusques ont un petit pied, en avant de la masse viscérale, qui doit leur servir d’organe de préhension ou d'adhésion, plutôt que d’organe de locomotion.
Le manteau, qui borde et garnit de ses deux lobes toute la circonférence de la coquille, est largement ouvert dans toute cette étendue et ne gène nullement l’écartement des valves, autant du moins que le permet le muscle adducteur.
Il est garni, dans son bord interne, d’un grand nombre de papilles ou pédicules tactiles, et de quelques pédicules oculaires, déjà remarqués et décrits par Poli en 1791, sur lesquels MM. Krohne et Grube ont de nouveau fixé l'attention des savants (f).
À en juger par les arrangements du système nerveux qui sont en rapport avec les circonstances d'organisation que je viens d’énoncer, les Peignes devraient être considérés comme étant à la tête des Mollusques bivalves, par la perfection
(x) Archives de J. Müller pour 1840.
de leurs organes sensitifs et par la puissance de leur organe principal de mouvement, leur unique muscle adducteur.
Nous aurons l’occasion de revenir sur ce sujet important, que nous ne faisons qu'indiquer ici.
Le ganglion central principal (1) est le postérieur, dont la paire est confondue en un seul ganglion (2).
Les ganglions buccaux (a, a) ou labiaux sont très-petits ; il en est de même des ganglions pédieux (e, c).
Le ganglion postérieur forme un carré long, disposé en travers contre la face antérieure de l’adducteur, précisément dans sa partie moyenne.
La position centrale de cette partie, rapproche de l'axe de la coquille et du manteau le principal centre nerveux.
Aussi est-ce de ce ganglion qu'irradient vers la circonférence presque tous les nerfs du manteau. Ce ganglion est un peu coloré en jaune.
Le premier nerf qui en sort, en avant et en partant de la ligne médiane , est le cordon du grand collier ( f, f). I se porte presque directement en avant, en contournant la masse viscérale. Chaque cordon aboutit au ganglion labial de son côté, qui semble n'être qu'une légère dilatation de ce cordon.
Le nerf branchial (g, g) sort du ganglion tout près du nerf du grand collier, et passe sous la partie postérieure du cœur en se portant en avant et en dehors.
I1s’en détache des filets qui vont à l'oreillette du cœur. Ce nerf continue de se porter en avant et en dehors, puis se
(1) M. Garner en représente deux de forme ronde, réunis par une large commissure. Mémoire cité, pl. 24, fig. 8.
2) Pl2, fig: 3,0.
fléchit en arrière pour suivre le bord postérieur et supérieur des branchies de son côté.
Ce tronc nerveux très-fort est remarquable par sa structure ganglionnaire; il ne montre que des globules. Son diamètre est très-inégal et renflé assez régulièrement de distance en distance. C’est de ces renflements que sortent les filets nerveux. ( Voir la fig. 5 de la pl. 5, qui représente cette structure singulière.)
Un troisième nerf (m) considérable sort de l'extrémité du même ganglion du côté droit, et répond à trois ou quatre autres troncs nerveux distincts, qui sortent du côté gauche de l’autre extrémité de ce ganglion (m, m', m" et m").
Le premier (m) se compose d’un faisceau de nerfs qui se séparent bientôt en trois, et dichotomiquement en six, puis en un plus grand nombre de filets successivement plus petits, qui vont en rayonnant jusqu'au bord du manteau. Ils y aboutissent dans un cordon circulaire qui règne tout le long de ce bord.
Les quatre cinquièmes de la circonférence du manteau, dans sa partie latérale et moyenne, sont animés par les divisions rayonnantes de ce tronc nerveux, que j appellerai nerf palléal latéral.
Le nerf palléal postérieur (q. q) est le dernier des nerfs que fournit ce ganglion. Il s’en détache en arrière, et se porte presque directement dans ce sens, Jusqu'au bord postérieur du manteau, où les filets qui le composent se séparent et s écartent les uns des autres, pour aboutir dans le cordon circulaire.
Les deux troncs nerveux quicomposent chaque nerf pal-
léal latéral, de l'un et l’autre côté, ne sont pas exactement symétriques.
Les nerfs branchiaux (g et g°) sont encore plus asymétriques. Celui du côté gauche (g°) forme un arc bien moins ouvert que celui du côté droit.
Les ganglions labiaux (a, a) sont très-petits ; ils semblent n'être qu'un léger renflement en massue, ainsi que nous l’avons déjà dit, du cordon du grand collier. On les voit en arrière de la bouche au-devant de la base du pied.
De leur angle interne sort le cordon de commissure (d) qui se porte en avant et contourne en arcade l’orifice buccal. Plus en dehors on voit se détacher du même ganglion labial, de chaque côté, un nerf palléal antérieur (k) dont les filets aboutissent à la section la plus avancée du cordon circumpalléal.
Un petit filet labial provient du même tronc nerveux.
Un autre nerf (x,x) sort de chaque ganglion labial, plus en dessus et un peu en arrière. Îl pénètre dans le foie : c'est le nerf gastrique.
De l'angle interne du même ganglion sort un court cordon (e, e), celui du petit collier, qui se porte en dedans et en arrière, et rencontre, après un trajet de quelques millimètres, le ganglion pédieux (c) de son côté, situé sous la base du pied avec son symétrique, auquel il adhère.
Ce double ganglion est très-petit et proportionné à la faible dimension du pied auquel il envoie les nerfs.
Il est de forme quadrilatère; de chacun de ses angles postérieurs sort un tronc nerveux qui se distribue au pied.
La particularité la plasremarquable du système nerveux du Peigne, particularité que j'ai déjà fait connaître dans l'Auitre
* et l {nomie, est sans contredit l’existence d’un cordon nerveux ganglionnaire que j'appelle czrcumpalléal, parce qu'il forme un cercle complet en dedans de l'extrême bord du manteau.
Je lui donne l’épithète de ganglionnaire, pour distinguer à la fois sa composition et la manière dont les nerfs du manteau aboutissent à ce nerf par son côté interne ; tandis qu'il en sort de son côté externe un plus grand nombre de très-petits flets qui se rendent aux pédicules tactiles et visuels qui garnissent le bord du manteau.
Ces filets, qui forment comme les franges du cordon ganglionnaire, ne répondent que pour un très-petit nombre aux derniers ramuscules de chaque nerf palléal, Is se divisent encore, après s'être détachés du cordon, en se portant dans les appendices tactiles ou visuels que nous venons de mentionner.
Un pédicule tactile reçoit un, deux, jusqu'à trois de ces filets.
Un pédicule oculaire en recoit un central, c’est son nerf optique, et un pour les enveloppes et la substance du pédicule.
Cette substance est fibreuse et contractile.
Une petite sphère aplatie est enchâssée dans chaque pédicule oculaire jusqu’à la moitié de sa hauteur. Le reste du globe oculaire n’est recouvert, comme tout le pédicule, que par la peau.
La partie centrale du globe oculaire qui est libre, est une sorte de cornée transparente, autour de laquelle il y à une zone colorée en brun foncé.
Cette couleur brune est produite par un pigment de cette
nuance qui colore la sclérotique jusqu'à la cornée transparente. Celle-ci a un reflet, dans l’état de vie, d’un beau vert d'émeraude, déjà remarqué par Poli.
Ce reflet vient d’une sorte de tapis qui est au fond du globe oculaire, et se compose de deux couches de pigment. L’extérieure est rouge , l’intérieure est d’un bleu céleste avec un reflet argenté (1).
Le globe oculaire renferme deux corps transparents. L'un, plus dense que l’autre, a la formelenticulaire, et touche par sa convexité supérieure à la cornée transparente. Îl est enchâssé, par la convexité opposée, dans le second corps transparent, sorte de corps vitré, ayant moins de consistance que le premier. Il remplit le reste du globe oculaire. C’est autour de ce corps vitré que s'élèvent jusqu’au cristallin les deux couches de pigment.
Un nerf optique, ainsi que je l'ai déjà dit, se detache du cordon et pénètre dans l’axe du pédicule jusqu’à la capsule oculaire ou jusqu’à la sclérotique du globe de l'œil, Là il se sépare en deux branches : l’une se divise en filets très-fins et se perd dans la base du globe oculaire; l’autre s'élève jusqu'à la hauteur d’une sorte de diaphragme qui sépare le corps vitré du cristallin (2).
(1) M. Krohne, qui a décrit cet organe avec beaucoup de détails et d'exactitude, mais dans d’autres espèces que le Pecten maximus, n'y a pas vu le pigment bleu; il ne parle que du reflet argenté. Suivant cet observateur, la cornée transparente est un peu plus convexe que la partie du globe qui l'entoure. Archives de JT. Müller pour 1840. PI. 1x, f. 16.
(2) Voir le mémoire de M. Krohne, déjà cité, et la note que j'ai insérée dans le Bulletin de la Societe philomathique, pour la séance du 9 février
Les figures que nous publions du système nerveux du Pecten mazxinus, et de la structure de ses yeux, donneront une idée exacte de ce que nous avons observé de cette si remarquable organisation.
Vare MONOGRAPHIE.
Système nerveux du Jambonneau ou de la Pinna nobilis, .
(PL. 3 et 4, fig. À, 1-a, 1-b, 4-c.)
La disposition générale du système nerveux de cette espèce a les plus grands rapports avec celle que nous venons de décrire dans les Auitres, V'Anomie et le Peigne. Quoique le Jambonneau ait un petit muscle adducteur antérieur de plus que ces mollusques, qui sont Monomyaires, il a un cordon nerveux circumpalléal monocirculaire, dans lequel se rendent, en rayonnant, les nerfs qui prennent leur origine en plus grand nombre dans les ganglions postérieurs et dans les ganglions labiaux, en petit nombre.
Lorsque nous avons étudié cette espèce en 1844, nous ne nous étions aperçu de l'existence du cordon palléal monocirculaire que dans la partie élargie du manteau.
Mais nous n'avons pas tardé à voir que, la disposition rayonnante des nerfs du manteau faisant partie du plan qui comprend ce nerf, ce cordon devait nécessairement exister dans ce genre, aussi complétement que dans les précédents.
Il y a d’ailleurs, dans les proportions des parties centrales et périphériques de ce système nerveux, des caractères organiques qui sont évidemment en rapport avec la forme singu-