F. HAYEZ, IMPRIMEUR DE L ACADÉMIE ROYALE
HDCOCLXXVIII.
Dès 4830, Dumont débutait dans la science par une œuvre qui , succédant aux travaux de d'Omalius d'Halloy, ouvrait une ère nouvelle pour la Géologie it la Belgique.
Dans son mémorable Mémoire sur la constitution géologique de la province de Liège le rôle des nombreux plissements qui affectent nos terrains primaires était dévoilé; il devenait possible, dès lors, d'établir Tâgc relatif des principaux groupes de couches dont ils se composent et qui renrerment plusieurs des sources de la richesse nationale.
Un arrêté royal du 31 mai i836, décrétant Texéeution de la Carte géologique de la Belgique , chargeait l'éminent stratigraphe d'en exécuter le levé dans tes provinces méridionales formées presque exclusivement de terrains primaires; l'année suivante, un autre arrêté royal du 2S septembre étendit cette mission à Tensemble du royaume.
Treize ans après, en i8i9, Dumont avait accompli sa mission et bientôt le pays se trouva en possession d^one Carte géologique que le monde savant a hautement appréciée.
Celle œuvre monumentale réelamail cependant un complément indispensable. C'était un ensemble de documents explicatifs sans lesquels elle ne pouvait avoir toute sa portée.
Dumont ne put en publier qu'une partie; de nombreux matériaux restaient manuscrits pour la rédaction des mémoires descripUrs^ quand il succomba à sa tache. Malheureusement plus de vingt ans s'écoulèrent avant que le gouvernement pût prendre des mesures efficaces pour que cette œuvre posthume prit enfin rang dans la science.
L'importance des manuscrits délaissés par Dumont a déjà été mise en évidence (*); aussi me bornerai-je à rappeler succinctement les principaux traits du plan qu'avait conçu le grand géologue et la manière dont il l'a exécuté, afin de faire ressortir la place que la présente publication était appelée à y occuper.
L'œuvre capitale de Dumont et qui a été la première à paraître, fut la carte connue sous le nom de Carte du sol en neuf feuilles et à l'échelle du J/„o.«««. Pour la basse et la moyenne Belgique , elle figure le sol superficiel, mais pour l'autre partie du pays,
(') Rapport de M. Éd. Dupont sur le Projet de publicalion (l'une nouvelle Carte géologique de la Belgique {BtilL de l'Acad. roy, de Belg., 2« sér, t. XL, pp. â9 1-508, I87îi). — Note sur les principaux manuscriis délaissés par feu André Dumont, par Éd. Dupont (Bull, de VAcad. ray. de Belg., 2* sér, l. XLI , pp. 458-471, I87G).
les terrains primaires qui Toccupent presqu ecxclu- MTement, y sont représentés avec leurs raccordements théoriques.
La carte dite Carte du «ot/^-so/^ également en neuf feuilles et à la même échelle du Vuo.oooi vint ensuite; elle avait pour but d'expliquer et d'interpréter la première; à cet effet, les contours des terrains y sont tracés comme si le pays était dépouillé des deux nappes juxtaposées de sable campinien et de limon hesbayen.
Les tableaux ci-après montreront l'importance de la légende de ces caries en ce qui concerne les terraîus crétacé et tertiaires, lesquels ne comptent pas moins de vingt groupes différents.
On voit aussi que, pour ne pas introduire d'éléments hypothétiques dans cette légende. Dumont eut l'idée de créer une nomenclature locale.
Ilsagissait, dès lors, d'établir les raccordements de nos terrains ainsi dénommés avec ceux de l'étranger. C'est ce que fit Dumont en exécutant d'abord sa Carie de la Belgique et des contrées voisines en une feuille et à récfacUe du VsoomoQ"^ P^^ la petilessederéchelle, remplit aussi le rôle de carte d'assemblage; puis sa Carte de l'Europe pour laquelle il fit de grands voyages, réunit, en les compulsant, tous les documents publiés sur la géologie européenne et obtint de plusieurs géologues des renseignements inédits.
En 1848 et 1849, Dumont présenta à l'Académie deux grands mémoires in-4^ qui. suivant l'expression
de d'Omalius ('). devaient former les deux premiers chapitres de Texplication de la Carte géologique.
Ces deux mémoires sont relatifs, le premier au terrain ardennais, le second au terrain rhénan.
Les autres parties sont restées manuscrites et l'on comprend qu'il devait en être ainsi, absorbé qu'était Dumont par la publication de ses quatre cartes.
A peine l'impression de celles-ci fut-elle terminée que leur illustre auteur mourait le 28 février 18S7 à peine âgé de 48 ans.
Parmi les nombreux manuscrits délaissés par Dumont il en est une partie qui est moins connue et sur laquelle il me sera permis d'insister ici, ne fût-ce que pour montrer toute l'étendue du plan que leur auteur s'était (racé.
Il voulait couronner la série de ses grands travaux par une Statistique géologique du royaume.
L'établissement géographique, fondé et dirigé par Ph. Vandermaelen, venait de doter le pays d'une carte
à l'échelle du V,.,.o.
Dumont s'empressa d'utiliser ce beau travail dû
exclusivement à l'initiative privée, en reportant sur les deux cent cinquante feuilles dont il se compose^ les numéros correspondant à ses notes de voyage, ainsi qu'un grand nombre d'autres annotations géologiques.
(•) Annuaire de t'Ara/lémie royale de Belgique, I8:)fi- 1858, l. XXI.
La feuille de Spa , Theux et Pepinster fut seule publiée et, quant aux autres feuilles, on en ignorait même l'existence jusque dans ces derniers temps.
Il y a peu d'années (') , on constatait que les cartes da grand géologue étaient épuisées et que ses mémoires descriptifs restaient à l'état manuscrit sans que h science pût en profiter.
Il semblait ainsi que l'œuvre de nôtre illustre compatriote s'annulait sans même avoir pu porter tous ses fruits par la publication des éléments qui avaient servi à la confection de son grand travail.
Mais, en 1876, M. le capitaine Hennequin exécuta spontanément un nouveau tirage de la carte géologique de la Belgique et des contrées voisines.
Sur ces entrefailes,le Gouvernement, ayant nommé one Commission chargée d'étudier le projet de lever une nouvelle carte géologique du pays, fut saisi par elle des trois vœux suivants, sur l'initiative de Ton de ses membres, M. le major d'état-major Adan, faisant fonction de directeur du Dépôt de la Guerre (*) :
l« « Que la publication des nouveaux tirages des o cartes géologiques du sol et du sous-sol de la Bel- *> gique soit accompagnée de l'impression des manu-
(•) Rapport de 1875, loc. rit.
0 Procès-verbaux de la Commission spéciale, présentes aux Chambres législatives par M. le Ministre de Tlutéricur. Chambre des RepréscnUnls, session de 1876-1877, n* !219.
» serifsdeDumont relatirsàla descriptiondes lerrains >' créUicé. tertiaires et quaternaires du pays. »
2* a Que le Dépôt de la Guerre soit mis eu mesure »* de reporter, sur les quatre cent trente planchettes H de la carte to|K>grapbique au '/„^. les indications n renseignées par Dumont dans les deu\ cent cin- M quante fruilles-minutes au Vf««>« ^^ '^ ^^^^ géolo- »> gique du sol de la Belgique, et que des copies ou »> des épreuves imprimées de ces planchettes puissent » élre mises à la disposition des géologues prenant X part aux travaux de la carte à grande échelle. »
3<* « Que la publication des notes de voyage de » Dumont relatives à la Belgique soit faite par cahiers » autographiés dont chacun comprendra les annota- » tions se rapportant à Tune des planchettes au *',ooeo »> de la carie tographique du Dépôt de la Guerre. »
Le Gouvernement s'empressa de faire droit à cette proposition, et M. le Ministre de l'Intérieur demanda à la Législature les crédits nécessaires pour l'exécution de ces travaux.
Le Dépôt de la Guerre fut chargé de la partie cartographique et le Musée ro>'al d'histoire naturelle de la publication des textes.
Les deux cartes au Vimooo seront incessamment remises en circulation et le Dépôt de la Guerre vient de faire connaître que la transcription des annotations des cartes-minutes de Dumont sur les planchettes au Vtrtwo d® ^^^ établissement, est déjà fort avancée.
L'Administration du Musée m'ayant confié la mis-
sioo de publier les mémoires manuscrits sur les lerrains crétacé et tertiaires, cette publication s'est faile sur une copie coUationnée au moyen des manuscrils originaux qui ont été remis au Musée.
J'y ai joint^conformémentaux instructions que j'ai reçues, des notes hors texte destinées à unifier la légeode. Dumont semble, en effet, avoir arrêté le dernier trait de ses cartes, après avoir déjà rédigé la plus grande partie de ses mémoires. Il y avait donc opportunité à établir la relation existant entre ses descriptions et les déterminations figurées sur les cartes qui sont Texpression définitive de sa pensée.
La série des légendes qui vont suivre et qui marquent révolution des idées de Dumont, définissent les changements successifs que l'illustre savant a dû apporter à sa nomenclature des terrains crétacé et tertiaires dans le cours de ses recherches.
Ce premier volume est également accompagné d une table analytique des matières et d'une table des localités, ainsi que de la liste chronologique des publirations de l'illustre stratigraphe.