‹ Mémoires sur quelques mammifères fossiles des phosphorites du QuercyChapitre 6 sur 43 · PRE QE · texte numérisé non relu

PRE QE

OBSERVATIONS RELATIVES AU HYÆNODON BRACHIRHYNCHUS

Le Hyænodon brachirhynchus a été décrit en 1840, par Dujardin, d’après une portion de tête découverte à Rabastens, dans le Tarn, au milieu de calcaires d’eau douce. Cette pièce fait partie des collections de la Faculté des sciences de Toulouse. Elle a été représentée par Blainville sur une des planches de son Ostéographie. A l’époque où ce savant professeur du Muséum traçait la description du Æyænodon brachirhynchus, il ne lui avait pas été possible d’étudier encore la pièce signalée par Dujardin. Il est résulté de ce fait quil a dû se rapporter à la description donnée par ce dernier auteur, et qu'il ne lui a pas été possible de discuter la valeur des caractères invoqués pour établir cette nouvelle espèce d’Hyænodon. Comme de Blainville a rapporté les passages principaux de la note de Dujardin, parue dans les Comptes-Rendus de l’Académie des sciences (1840), je vais citer le passage le plusimportant de la courte description qu’il a consacrée au Hyænodon brachirhynchus.

« La forme générale de la tête n’est pas indiquée dans la note citée ; je sais seulement, d’après ce que m’en a dit M. de Roissy, qui l’a vue, qu’elle était fortement étranglée en arrière des orbites ; mais, dans les particularités, M. Dujardin nous fournit les suivantes : les pariétaux, de forme triangulaire, ont leurs bords antérieurs se portant très obliquement en arrière vers la cavité glénoïde ; les frontaux sont séparés par une goutlière profonde entre les crètes temporales très saillantes qui, vers le milieu de l'os, se constituent en une crête sagittale, s'avançcant ainsijusqu’aux orbites. Les os du nez, très développés, s’articulent largement avec les frontaux par une longue suture à angle droit et se rétrécissent un peu en se portant en avant.

« À la màchoire supérieure, les palatins se prolongent en arrière au moins jusqu'aux fosses glénoïdes, en formant un canal aussi haut que large. Le lacrymal, très développé dans la joue, y produit une large échancrure. Le maxillaire est percé d’un trou sousorbitaire, semblable à celui du chien, maïs placé plus en avant au-dessous de ia troisième molaire. Enfin le prémaxillaire, dans sa branche verticale, est fort éloigné de s'élever jusqu’au frontal.

« À la màchoire inférieure, le squammeux s'élève beaucoup en

arrière, et la mandibule, dont les condyles et les apophyses angu-

ARS 2 laires étaient malheureusement brisées, était du reste, d’après l'observation de M. Dujardin dont je continue à copier la description entièrement semblable à celle qu'ont figuré MM. de Laiïzer et de Parrieu. Seulement il parait qu’elle était notablement plus courte (1). »

J'ai pu examiner à la Faculté des sciences de Toulouse la portion de tête de Hyænodon découverte à Rabastens et constater l'exactitude des observations faites par Dujardin. Seulement cette pièce est très écrasée, et l’on comprend en la voyant qu’il était impossible d'arriver à savoir quelles étaient les formes générales du crâne et de la face de l'animal dont elle provenait. Ce qui en a subsisté montre très nettement qu’on est en présence d’un carnassier devant différer beaucoup du Hyænodon leptorhynchus. Ainsi, si l’on mesure l’espace occupé par les prémolaires et les molaires inférieures, à partir du bord postérieur de l’alvéole de la canine, l’on trouve pour le fossile de Rabastens 0"091 et également pour celui de Cournon 0091. Seulement la hauteur du corps du maxillaire est de ("030 sur le premier échantillon au niveau de la portion moyenne de la deuxième prémolaire, et de 0,020 sur le second. D'autre part le menton était beaucoup plus arrondi et plus large sur le Hyænodon brachirhynchus, et le bord inférieur du maxillaire était en même temps plus arrondi. Infin, les dents dans cette dernière espèce étaient plus espacées sur le bord aivéolaire, les prémolaires laissant entre elles de grands espaces vides. Il est bien évident, lorsque l’on constate ces faits, que le Hyænodon décrit par M. Dujardin ne devait pas avoir la tête et surtout la face allongée comme l'était celle du Hyænodon découvert par MM. Laïzer et de Parrieu, qu’il devait être plus fort, plus robuste, plus trapu. La forme du maxillaire faisait prévoir chez les Hyænodon brachirhynchus une face courte, large, arrondie, un peu comme celle de nos boule-dogues.

Postérieurement à l’époque à laquelle Dujardin et de Blainville eurent fait connaître le Hyænodon brachirhynchus, Gervais, dans un mémoire paru dans les Comptes-rendus de l’Académie des sciences de Paris, considéra, comme provenant d’une espèce différente de celle du Tarn, divers ossements trouvés à la Débruge, et il proposa de désigner ce carnassier encore inconnu par le nom de Pterodon Requieni. Plus tard, dans la deuxième édition de son traité de

(1) De Blainv. Ostéog. Subursus, p. 193.

Se j'ose

paléontologie française, il revint sur cette première détermination et plaça le carnassier qu’il avait découvert dans le genre Hyænodon. Il fit figurer en mème temps, sur la planche XXIV de son atlas, une màchoire inférieure portant les incisives, la canine et les six premières molaires. La courte diagnose consacrée par le savant professeur du Muséum à cette espèce est ainsi conçue : Formes plus trapues que dans les Hyænodons leptorhynchus et brachirhynchus ; plan vertical de la mandibule bien plus élevé; les fausses molaires et la canine contiguës (1). »

Si l’on compare le maxillaire inférieur du Hyænodon Requieni figuré par Gervais au maxillaire inférieur du Æyænodon brachirhynchus figuré par de Blainville, l’on voit que l’espace occupé par les six premières dents en série, situées en arrière de la canine, est de 0065 pour la première espèce et de 0069 pour la seconde. Quant à la carnassière du Hyænodon Requieni, que Gervais a fait représenter sur la planche XX V, figure 5, elle a 0"021 de longueur au collet, alors que celle du Xyænodon brachirhynchus , mesurée sur l'échantillon type, en a 00290. Par conséquent la différence relative à l'étendue de la série dentaire correspond au chiffre insignifiant de 0004. Si l'on examine la disposition des dents dans les deux échantillons, on voit que la première prémolaire est distante du bord postérieur de la canine de 0"0020 sur le Hyænodon brachirhynchus et de 0v0015 sur le Hyænodon Requieni. Dans la première des espèces, la deuxième prémolaire a ses alvéoles antérieurs et postérieurs distants de 0,001 de ceux de la première et de la troisième dent en série. Chez les Hyænodon Requieni, la deuxième prémolaire est contiguë à la troisième et se trouve seulement séparée de la première par un intervalle de 0"0005. Telles sont les seules différences que l’on note dans l’agencement des dents. Si maintenant l’on examine les proportions, l'on trouve les nombres suivants :

HYÆNODON BRACHIRHYNCHUS HYÆNODON REQUIENI qre Pré. eue 00065 00040 00070 0m0037 2 Prém: O0. 00090: 0m0060 00090. 0w0080 Sa BPrémed; 4 0x 00120. 0=0090 00110 00090 Ge Prénis de dire 00120 00080 00130 00130

(1) P. Gervais, Zool. et Paléont. franc. 234.

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La différence la plus importante qui soit accusée par les chiffres précélents est relative à la hauteur proportionnellement plus grande de la quatrième prémolaire du Hycænodon Requieni, mais je ne pense pas que ce fait constitue un caractère suffisant pour faire considérer cette dernière forme animale comme distincte du Hyænodon brachyirynchus. Quant aux autres prémolaires, elles ont à deux millimètres près les mêmes proportions sur les deux maxillaires que j'ai étudiés.

Il reste à comparer la hauteur du corps du maxillaire inférieur sur les deux mammifères fossiles. Or, cette hauteur est de 0030 sur le Hyænodon Requienti au niveau de la portion moyenne de la deuxième prémolaire, et elle est de 0"029 au même niveau sur le Hycœnodon brachirhynchus. La hauteur du maxillaire au niveau du bord de la dernière dent en série est de 0,032 dans la première espèce et de 0030 dans la deuxième.

Il résulte de ces observations que les maxillaires inférieurs de deux espèces fossiles, que je mets en parallèle, avaient à deux millimètres près la même hauteur. Par conséquent les seuls caractères tirés de l’étude du maxillaire inférieur pouvant servir à faire distinguer le Hyænodon de Rabastens du Hyœænodon d'Apt sunt relatifs à une différence de quatre millimètres dans l'étendue de la série dentaire, à une différence de deux millimètres dans la hauteur du corps de l'os, à une différence de un demi millimètre à deux millimètres dans les portions diverses des trois premières prémolaires, a une différence de cinq millimètres dans la quatrième prémolaire. Peut-on en présence de c2s caractères considérer comme spécifiquement distincts les deux carnassiers dont proviennent les débris que je viens d'étudier ? Je ne le crois pas, et je pense seulement quele Hyænodon de la Débruge constituait une race à face un peu plus raccourcie que ne l'était ceile du Hyænodon de Rabastens.

D'ailleurs j'aurai l’occasion dans un prochain mémoire de revenir sur ces faits, en exposant le résultat des observativns que j'ai pu faire sur une s2rie de maxillaires de Hyænodon. Je montrerai, comme je l'ai fait pour les Amphicyon de Saint-Gérand-le-Puy et pour les Ælurogale des phosphorites, que les Hyœænodon ont varié beaucoup au point de vue de leur taille, de leur force, et qu'il est actuellement possible de rattacher les uns aux autres par des intermédiaires toutes les formes, que l’on considérait jusqu'ici comme se rapportant à des espèces diverses. Mais actuelle-

PCT

ment je me bornerai à faire remarquer qu'il n’y a pas lieu de regarder comme appartenant à deux espèces distinctes le Hyænodon brachirhynchus et le Hyænodon Requieni. Le but que je me propose dans ce travail est, d’après l'étude que j’ai pu faire d'un maxillaire inférieur et d’une portion de tête découverte dans les dépôts de phosphorite de chaux du Quercy, de faire connaitre les caractères et la structure anatomique de la face du Hyænodon brachirhynchus. L'état de la portion de tête trouvée à Rabastens n’a jamais permis d'arriver à apprécier la forme que devait avoir la face du carnassier dont elle provenait. Cette lacune peut être comblée maintenant, gràce au magnifique échantillon que j'ai fait reproduire sur la planche I de ce travail. Mais, avant d’aborder l’exposé des faits qui résultent de l’étude de cette pièce, je rappellerai les caractères propres au maxillaire inférieur de l’Hyænodon brachirhynchus des phosphorites. La pièce dont je vais indiquer les caractères a déjà été décrite par moi dans mon travail sur les ossements fossiles des dépôts de phosphate de chaux du Quercy. Je l’avais rapportée à cause du plus grand resserrement des dents au Hyænodon Requieni. Mais les considérations dans lesquellles je suis entré plus haut devant nous conduire à rapprocher cette espèce du Hyænodon brachirhynchus, c’est sous ce nom que je décrirai actuellement le carnassier dont j'ai eu des débris.

J’ai dit en parlant de cette pièce que les deux mandibules étaient réunies et occupaient l’une par rapport à l’autre leur position normale. Les branches montantes seules étaient brisées de deux côtés.

Les incisives en nombre normal, trois sur chaque mandibule, étaient assez serrées les unes contre les autres. Cette disposition a eu pour conséquence d'amener le déplacement de la deuxième de ces dents du côté droit, où elle a été repoussée assez fortement en arrière. La mème disposition se retrouve du côté gauche, mais elle est moins accusée. La première incisive, la plus interne, était plus petite que les deux autres dont le volume allait en croissant; sa forme était plus arrondie et sa couronne était moins comprimée suivant ses faces latérales que ne l’était la couronne de la deuxième incisive. Ses diamètres antéro-postérieurs et transversaux étaient de 0"003 et de 0005.

La deuxième incisive possède une couronne fort petite, un bord antérieur convexe et peu étendu, car il n’atteint

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