‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 7 sur 200 · MESURES POUR APPRENDRE AU ROI · texte numérisé non relu

MESURES POUR APPRENDRE AU ROI

yeront la possession légitime; que les biens confisqués pendant la guerre seront rendus à leurs propriétaires y mais sans restitution de fruits et de revenus ; que les gentilshommes et autres habitants des proTÎnces cédées pourront prêter serment de fidélité au czar sans que cela les empêche de servir ailleurs ; que ceux qui refuseront de le prêter auront trois ans pour vendre leurs biens en remboursant les hypothèques dont ils se trouveront chargés ; que les contributions de la Finlande cesseront du jour de la signature du traité , mais que la province fournira des vivres aux troupes du czar jusqu'à ce qu'elles soient suf la frontière , et les chevaux nécessaires pour emmener tout le canon ; que les prisonniers seront libres de demeurer au service du prince dans les Ëtats duquel ils seront détenus. Le czar promet de ne se mêler en aucune manière, des affaires domestiques de la Suède (cet article déroge formellement au précédent traité d!Abo , où le czar se fit garant qu'il ne pourroit être rien changé en Suède à ce qui y fut établi pour la forme du gouvernement après la mort de Charles XII) ; que dans le règlement des différends qui pourroient arriver dans la suite , il ne sera dérogé en rien au présent traité ; enfin , que les ambassadeurs de part et d'autre et les autres ministres sous quelque nom que ce soit ne seront plus défrayés comme ils Tétoient auparavant dans la cour où ils résideront. Le roi de Pologne fût compris dans le traité , et le czar engagé de procurer aux Suédois d'être traités en Pologne pour le commerce comme la nation la plus favorisée ; liberté au czar et au roi de Suède de nommer dans trois mois après les ratifications ceux qu'ils voudront comprendre dans cette paix.

On voit aisément que cette paix si démesurément avantageuse à la Russie fut la loi du vainqueur au vaincu, et que, outre tant d'États vastes et riches dont la Suède se dépouilloit pour obtenir cette paix, elle demeuroit encore ouverte et à découvert en bien des endroits. De plus rien de plus clair et de plus nettement exprimé que toutes les cessions de la Suède , rien de pioins que les détails qui lui sont favorables , et sur lesquels elle essuya bien des chicanes et des injustices , et ses sujets , dans l'exécution. Aussi le czar dans l'excès de sa joie voulut-il des fêtes et des réjouissances publiques dans toute la Russie, et il en fit luimême d'extraordinaires. Pour la Suède si près de sa dernière ruine , elle se crut heureuse encore de s*en rédimer par de si immenses pertes , qui, en la jetant dans le dernier affoiblissement et la dernière pauvreté, lui ôtoient toute considération effective dans l'Europe , reléguée qu^elle demeuroit au delà de la mer Baltique , après avoir vu ses rois , même un moment le dernier , en être les dictateurs , et si puissants en Allemagne. Que de choses politiques à dire et à prévoir là-dessus qui ne sont pas matière de ces Mémoires ; mais le funeste fruit de l'intérêt personnel de Dubois qui avoit enchaîné la Prance à l'Angleterre , et qui malgré tout ce que je pus représenter bien des fois au régent , et que le régent sentit lui-même , ne voulut jamais lui permettre [de profiter] du désir passionné que le czar eut de s'unir étroitement avec la France , et que l'avarice et les ténèbres du cardinal Fleury achevèrent de livrer la Russie à l'empereur et à l'Angleterre.

Il est enfin temps de venir à ce qui regarde mon ambassade, pour là

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co&tinaer de saite, comme je me le ftuis proposé en racontant, comme je viens de le faire , plusieurs choses postérieures à ce qui s'est passé là-dessus entre M. le duc d'Orléans , le cardinal Dubois et moi , et à la déclaration des mariages. Je commencerai par celle-ci, pour n'en pas interrompre ce qui me regarde en particulier jusqu'à mon départ. Il commençoit à être temps de déclarer le mariage du roi, et M. le duc d'Orléans ne laissoit pas d'être en peine comment il seroit reçu de ce prince, que les surprises elTarouchoient, et du public, à cause de l'&ge de l'infante encore dans la première enfance. Le régent résolut enfin de prendre un jour de conseil de régence, et le moment, avant de le tenir, pour apprendre au roi son mariage et le déclarer sans intervalle au conseil de régence , pour que tout de suite ce fût une affaire passée et consommée.

U arriva par hasard que ce même conseil de régence , où la déclaration du mariage ne se pouvoit plus différer par rapport à l'Espagne, se trouvoit destiné à une proposition d'affaire de papier que j'avois fort combattue dans le cabinet de M. le duc d'Orléans , avec lequel j'étois enfin convenu qne je m'abstiendrois ce jour-là du conseil , comme on a vu ici que cela arrivoit quelquefois. Mais les lettres d'Espagne , qui arrivèrent entre cette convention et la tenue du conseil, ayant obligé M. le duc d'Orléans à y déclarer le mariage , et l'affaire du papier ne se pouvant différer, il voulut que je me trouvasse au conseil. Je m'en défendis, mais il craignoit quelque mouvement de ceux du conseil qu'on appe-i loit de la vieille cour , qui étoit la cabale opposée à M. le duc d'Orléans , et ce fut cette raison qui l'empêcha de déclarer les deux mariages en même temps. Nous disputâmes donc tous deux sur la manière dont j'opinerois sur l'affaire du papier , et après avoir bien tourné et retourné , et cédé à la volonté absolue de M. le duc d'Orléans , qui voulut que j'y assistasse à cause de la déclaration du mariage du roi , je compris que , quoi que j'y pusse dire contre Taffaire du papier, elle n*en passeroit pas moins , et que , dans la nécessité où je me trou vois de ne m'absenter pas de ce conseil et d'y opiner , je pouvois , pour cette fois , m'abstenir de m'étendre et de disputer, et me contenter d'opiner contre brèvement. M. le duc d'Orléans s'en contenta , mais je le suppliai de se persuader que je ne me rendois à cette complaisance que pour cette seule fois , à cause de la déclaration du mariage du roi, où il exigeoit si absolument que je me trouvasse , dans ce conseil , et de continuer à trouver bon ou que je m'opposasse de toutes mes raisons aux choses qu'il y voudroit faire passer dont je ne croirois pas en honneur et en conscience pouvoir être d'avis , ou de m'ordonner de m'abstenir du conseil où il les voudroit proposer, comme il lui étoit arrivé plusieurs fois de me le' défendre, à quoi j'avois obéi sans qu'on se fût aperçu de la vraie raison de mon ab* sence, coi^me je le ferois toujours quand le cas en arriveroit. Cette convention entre lui et moi fut donc renouvelée de la sorte , et je me trouvai à cet important conseil duquel je craignis moins que lui, sans toutefois que je le pusse bien rasffurer.

L^embarras , à mon avis , fut plus grand du côté du roi , qui , comme je l'ai dit , s'effarouehoit des surprises. Quelque coup d'œil ou quelque geste

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