GRANDS D'ESPAGNE, PAR CHARGE OU ÉTAT
Hais ces grands sont imperceptibles. Rien de si rare qu'un majordomemajor du roi d'Espagne ne soit pas pris d'entre les grands, et plus rare encore, s'il se peut, qu'il Jie soit pas fait grand, s'il ne Test pas, fort tôt après être fait majordorae-major. Le grand prieuré de Gasûlle de l'ordre de Malte , qui vaut cent mille écus de rente , est donné i un des infants , et tant qu'il y aura de ces princes , il y a toute appamace que ce riche morceau demeurera entre leurs mains. A l'égard des moines , ce n'est que très-improprement qu'on les dit être gran4s d'Espagne. Ils n'ont Jamais eu nulle part hors de l'Espagne aucune des distinctions , cangs ni honneurs des grands d'Espagne ; ils en reçoivent à titre de généraux d'ordre, et quoique ce puisse ^re à titre de gran- 4esse, et jusqu'à présent les choses ont toujours été ainsi en Espagne; même quand ils y vont pour la visite de leurs couvents ou les affaires de leurs ordres , ils n'y sont pas autrement traités qu'à titre de généraux d'ordre. Tout ce qu'ils ont de particulier en Espagne, et qu'ils n'ont nulle part ailleurs, c'est que la première fois seulement qu'ils vont saluer le roi d'Espagne, il les fait couvrir, et ils se couvrent en effet, et c'est de là qu'ils sont dits grands d'Espagne. Mais après cette première fois , s'ils reparoissent devant le roi d'Espagne , ils ne se couvrent point et n'y ont aucune distinction différente de celles qu'y ont les autres généraux d'ordre qui ne sont point grands, c'est-à-dire qui ne se couvrent jamais devant le roi d'Espagne. Il en est de même en Espagne à leur égard partout , comme à l'égard de ces derniers , d'avec lesquels ils n'ont aucune différence. Depuis mon retour , le général des jésuites a été associé au même honneur, aussi imperceptible pour lui que pour les six autres.
Il faut maintenant réparer l'oubli que j'ai fait des marquis de Tavara et de Yillafranca. Je veux me flatter qu'il n'y en a point d'autre dans ce qu'il y avoit de grands d'Espagne existant eu avril 1722, que je suis parti de la cour d'Espagne pour revenir en celle de France. Je n'oserois toutefois m'en répondre, quelque soin que j'y aie pris dans le peu de temps que j'ai pu y donner en Espagne, et en matière si étendue en tant de pays, et si diverse par tant de transmissions d'héritières. Cet oubli n'est pas dans la table des grands précédente.
Tavàrà, Tolède y Emmanuel, par sa mère A. M. de Cordoue y Pimentel , dont la mère étoit A. M. Pimentel , sixième marquise de Tavara. Tavara m'a été donné pour grandesse par le duc de Yeragua , et j*ai de sa Hiain une liste de grands d'Espagne , à laquelle j'ai conformé celle que j'ai mise ici , dans laquelle Tavara est compris entre les marquis grands d'Espagne. Mais je n'ai pas eu ou le temps de m'instruire de toutes les grandesses, ou d'en garder toutes les instructions en note , ou de retenir tout ce que je n'ai pas eu par écrit. Il s'en faut donc beaucoup que je paisse rendre compte de toutes ces grandesses , et celle de Tavara est de ce nombre.
ViLLAFRANCÂ, Tolèdê. Ce marquis et le précédent étoient enfants des deux frères. Cette terre, dans le royaume de Léon, fut érigée par les rois catholiques en marquisat, ver 1490, en faveur de Louis Pimentel, mort, en 1497, ayant son père, quatrième comte de Benavente. Sa fille
174 liAAQUIS DS VnXAFRANQÀt .
unique porta 9a grandesse et 3es biens en mariage à Pierre Alrares de Tolède , second fils du second duc d'Albe , dans la maison duquel cette grandesse est demeurée jusqu'à celui que j'ai vu en Espagne, qui étoit petit-fils du marquis de Yillafranca, duquel il a été tant parlé à Voccasion du testament de Charles II * ; de l'arrivée de Philippe V en Espagne , dont il fut piajord orne-major, et qui fut un des cinq premiers seigneurie espagnols à qui le feu roi enyoya Tordre du Saint-Esprit. Son même petit- ^ù fut par sa mère , héritière de Moncade y Aragon , duc de Mpntalte e\ de Vibonne , et par sa femme , marquis de tos Yelez , de sorte que je le laissai avec quatre grandesses. H étoit jeune , et ne faisoit pas encore souvenir de son grand -père. Ces trois dernières sont en Aragon, Qn Sicile, et au royaume de Naples, toutes trois de Ferdinand le Catholi^ que, les quatre rico-hombreries alors sont devenues grandesses sous Charles-Quint, et n'ont fait que passer d'un état et d'un nom à uu
autre. . -
un a yu, lorsque j'ai traité, t, il , p. 251 et suiv», des grands et de leur dignité , le soin qu'ils apportent de tout temps k faire un mystère 4e leur ancienneté et de leurs classes. Tous conspirent^ vouloir cacher leurs différentes classes, qui, en effet, ne sont sensibles que dans leur diplôme d'érection dans leur couverture , et dans le style de chancellerie À leur égard ; et quant à l'ancienneté à laisser croire , en l'étouffant parmi eux , qu'ils viennent tous de ces anciens ricos-hombres abolie par Charles < Quint, et transforméâ en grands d'Espagne, dont il imagina la dignité destituée de la puissance de celles des ricos-hombres qu'il abqlit peu 4 peu en leur substituant la grandesse. J'ai tâché de pénétrer autant qu'il m'a été possible le secret de l'ancienneté. Il est yrai qu'il m'en est échappé une vingtaine sur cent douze grands, existant en 1722 que j'ai quitté l'Espagne, et qu'il y en a plusieurs autres, dont je n'ai pu fixer l'érection qu'ayec incertitude , en disant yers telle année. Dans cei cas, je me suis régl^ aux générations ou aux emploi? le plus vraisemblablement qu'il m'a été possible, sans reculer ni avancer trop celui qui le premier a eu la qualité de grand d'Espagne, et dont les pères ne l'avoient pas. Et comme ces grandesses ^ dont les héritières femelles sont presque toutes capables , tombent quelquefois par elles à des grands postérieurs anx grandesses qu'elles leur apportent, j'ai eu soin de lès marquer quand cela est arrivé , ce qui s'est trouvé ^are*
Quant aux classes, je n'ai pu rien y démêler, sinon que Philippe II ^ comme je Pai remarqué (t. II , p. 256) , en traitant de la grandesse , n'a fait de grands que de la seconde classe. On voit afs^z au long,, dans la première liste alphabétique des grandesses , ce qui regarde ceux qui les ont poi^sédées. Je me contenterai , dans l'abrégé suivant, rangé, non plus par ordre alphabétique ni de titres^ mais par l'ordre d'ancienneté que j'ai pu découvrir, [4'indiquer] pour qui érigées, et 4 qui toml^ées, sans m*y étendre davantage , ni rien répéter de ce qui se trouve dans la première liste alphabétique , sinon quelques légers suppléments.