LA PARISIÈRE, ZOPYRE DU P. TELLIER
mesures pour les perpétuer après sa mort , aux dépens de TËglise et de l'État.
A propos de la constitution, un trait du P. Tellier et de ses créatures, arrivé en ce même temps-ci , ne sera pas déplacé en ce lieu , et mérite d*y tenir place. La Parisière , homme de la condition la plus obscure , et dont le savoir ne consistoit qu'en manèges et en intrigues , avoit succédé au savant et célèbre Fléchier en l'évêché de Nîmes. C'étoient là les gens d'élite du P. Tellier. Instruit par lui , il fit sourdement le zélé contre la constitution, refusa même de l'accepter; et par cette démarche s'initia aux états de Languedoc , parmi les évêques. Il y fit si bien son personnage qu'étant député pour le clergé par les états , il reçut défense de venir à la cour , et les états ordre de nommer un autre évéque. Cette éclatante disgrâce acheva de lui ouvrir tous les cœurs opposés à la constitution. Il sut donc le nombre des évêques, des curés, des supérieurs séculiers et réguliers, les prêtres , les moines , les personnes principales séculières qui ne vouloient point de la constitution ^ leur force en capacité, en zète , en amis , en soutiens , en un mot tout le secret de gens opprimés qui se concertent. Ce nouveau Zopyre mit en mémoires toutes ses connoissances et les envoya au P. Tellier. Quant il se crut en état de n'avoir pliis rien à apprendre , il monta tout à coup en chaire dans sa cathédrale, fit un sermon foudroyant contre les réfractaires aux ordres du roi et du pape , reçut là même la constitution de la manière la plus précise et la plus absolue; et peu de jours après montra un ordre du roi pour lui rendre la députation des états , dont il apporta les cahiers à Versailles avec un front d'airain. Ce fut lui qui dans la suite se licencia de donner l'exemple de consulter les évêques et les universités d'Espagne, de Portugal -et d'Italie, sur la constitution, qui n'avoient garde de n'y pas adhérer , dans la frayeur de l'inquisition , et dans l'opinion ultramontaine de l'infaillibilité du pape. 6e malheureux , abhorré partout et dans son diocèse , y mourut banqueroutier , et en homme sans foi ni loi , quelques années après.
L'abbé de Lyonne , fils du célèbre ministre d*Ëtat , mourut aussi en ce mois de jantier. Ses mœurs , son jeu, sa conduite, l'avoient éloigné de l'épiscopat et de la compagnie des honnêtes gens. Il étoit extrêmement riche en bénéfices qui lui donnoient de grandes collations'. L'abus qu'il en faisoit engagea sa famille à lui donner quelqu'un qui y veillât avec autorité. Il fallut avoir recours à celle du roi, par conséquent aux jésuites, puisqu'il s'agissoit de biens et de collations ecclésiastiques. Ils découvrirent un certain Henriot de la plus basse lie du peuple, décrié pour ses mœurs et pour ses friponneries. Ce fut leur homme ; ils le firent tuteur de l'abbé de Lyonne , chez lequel il s'enrichit par la vente de toutes ses collations. Ce nonobstant , Henriot , valet à tout faire , parut un si grand sujet au P. Tellier, et si à sa main, qu'il le chargea dans Paris de plusieurs commissions extraordinaires dans des couvents de filles , appuyé par Pontchartrain, qui se délectoit de mal faire , et qui faisoit bassement sa cour au P. Tellier. Tous deux firent l'impossible