MORT À ROME DU CARDINAL DE BOUILLON
vice-roi du Hexiqne ; ta forinne, son caractète. — Princene des Unlos à Paris. — Dégoûts qaVlle essuie. — Je passe huit heures de suite lête i lête avec elle. — Court et triste Toyage de la princesse des Ursins i Versailles. — Elle obtient quarante mille livres de rente sur la ville, au lieu de sa pen* tion de vingt mille livres.
Le cardinal de Bouillon mourut à Rome le 7 mars de cette année , à soixante et onze ans çt six mois; il y fit une fin digne de sa vie. Quoiqu'on ait souvent parlé de lui en ces Mémoires , la singularité de ce personnage si étrange mérite au moins un court abrégé par dates. Il étoit né à Turenne , le 24 août 1643 ' , dans Tapogée de sa plus proche famille. On a vu par quel art le roi se crut quitte à bon marché de lui donner sa nomination, qui le fit cardinal, 5 août 1669. Il n'avoit pas vingt-six ans faits. En décembre 1671, à vingt-huit ans et quelques mois , il fut grand aumônier de France par la mort du cardinal Antoine Barberin, et eut rapidement les abbayes de Cluny, Saint-Ouen de Rouen, Saint-Waast d*Arras, Saint-Martin de Pontoise, Saint-Pierre de Beaujeu , Tournus et Vigogne. Il se trouva aux conclaves où furent élus Clément X, Innocent XI, Alexandre VIII, Innocent XIÎ et Clément XI qu'il sacra évêque avant son couronnement. Il ouvrit la porte sainte à Rome pour le grand jubilé de 1700, par l'indisposition du pape et celle du doyen du sacré collège dont il étoit sous-doyen, et dont sa vanité fit faire des tebleaux. Il devint doyen et évêque d'Ostie et de Velletri par la mort du cardinal Cibo , de la manière qui a été rapportée. Il fut aussi grand doyen de Liège et prévôt de Strasbourg , et songea toujours à se revêtir ou ses neveux de ces deuxévêchés. Le premier lui coûta un exil avec la déclaration formelle du roi contre lui , l'autre le précipita dans l'abîme d'où il ne put sortir^
L'éclat de M. de Turenne, son oncle, le mit fort avant dans la faveur du roi. La brouillerie ouverte de ce fameux capitaine avec le puissant Louvois lui ouvrit la confiance du roi , parce que M. de Tiirenne obtint que tout ce qu'il écriroit au roi de l'armée, et ce que le roi lui êCriroit aussi , ne passeroit point par Louvois , mais uniquement par le cardinal de Bouillon. Louvois ne voyoit pas moins les lettres de M. de Turenne, et n'étoit guère moins maître des ordres et des réponses du roi à M. de Turenne ; mais , comme il étoit censé ignorer les unes et les autres , c'étoit au roi que ce général écrivoit au lieu du secrétaire d'Etat , et le roi, au lieu du secrétaire d'Etat, qui lui faisoit réponse, ou qui directement lui en voyoit ses ordres. Gela faisoit donc un commerce continuel entre le roi et le cardinal de Bouillon , à qui , pour abréger des écritu* res, le roi disoit mille choses et mille détails de bouche pour les mander de sa part à son oncle, cela qui initioit d'autant plus le cardinal de Bouillon dans les affaires que M. de Turenne se mêloit aussi assez souvent de projets , de négociations et de commerces secrets , du su du roi, qui , pendant qu'il étoit sur Ja frontière ou à l'armée , passoient tous par le cardinal de Bouillon. La présence de M. de Turenne à la cour l'y re-
i . Voy. notes à la fln du volume.