‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 199 sur 232 · À TOUT AUTRE PARTI · texte numérisé non relu

À TOUT AUTRE PARTI

héritier de sa Mine, implorer la paix comme à ses geûouî. Suivons par les Pièces tout ce que Torcy y essuya , poursuivons tous les sacHfices offerts et méprisés , qui , dans cette extrémité , ne rebutèrent pas le roi d^envoyer ses plénipotentiaires à Gertruydelnberg ; continuons , par les Pièces , de repasser les traitements indignes et les propositions énormes dont on se joua d'eux et du roi , et l'état de Ce prince à la rupture d'une négociation où, en lui prescrivant jusqu'à l'inhumanité qu'il n'osa refuser en partie, on exigea encore qu'il se soumît à s'engager à ce qu'ils ne déclareroient que quand il leur plâiroit, et aux augmentations vagues qu'ils pourroient ajouter. Réfléchissons sur une situation si forcée et si cruelle , fruit déplorable de cette ancienne conquête de la Hollande , et de tant d'autres exploits. Qui après ne demeurera pas , je ne dis pas persuadé , niais convaincu que le roi n'eût donné tout ce qu'on eût voulu , pour n'avoir jamais doUnù Louvois ni les flatteut-s , nloins encore les moyens de franchir ce qu'il avoit encore trouvé de barrières à un pouvoir illimité , dont toutefois il s'étoit montré si jaloux , et ne se pas trouver , et inutilement encore , aux genoux et à la merci de ceux dont il avoit triomphé , et qu'il avoit insultés par tant de monuments et de médailles? Tenons-nous-en donc à cette réflexion transcendante , pour ne pas craindre la banqueroute par rapport à l'autorité des rois.

Tranchons une dernière objection possible. Que diront les étrangers sur un édit qui, sur des fondements aussi bien établis, rend le successeur à la couronne pleinement libre de tout engagement de son prédécesseur , et que deviendront leurs traités et les engagements réciproques? La réponse est aisée. Les rois ne traitent point par édits avec les puissances étrangères. Il y a des traités, et c'est le plus grand nombre, qui ont des temps limités , ou qui ne sont que pour le règne des princes qu i les font. S'il s'en trouve qui les outre-passent , alors ce n'est plus le roi seulement , mais sa couronne qui est engagée avec un autre État , ce qui n'a point d'application aux sujets de la couronne , et alors les traités subsistent dans leur vigueur. De plus , quand , ce qUi île peut tomber dans ce cas , le successeur ne seroit pas obligé de tenir les traités de son prédécesseur , le bien de l'État voUdroit qu'il le ftt peut-être pour le fruit du traité même , certainement pour le maintien de la Confiance el de la sûreté des traités. Ainsi nulle comparaison des sujets avec les puissances étrangères, ni d'un traité avec elles et l'effet d'un édit qui, remontant à la source du droit de la inaison régnante , le montre tel qu'il est , d'où suit ce qui vient d'être expliqué qui n'a trait ni application quelconque aux puissances étrangères , ni aux traités subsistants , avec lesquels il ne s'agit ni d'héritage , ni de substitution , ni des différents effets de ces deux manières de succéder. Cette réponse parott péremptoire , sans s'arrêter plus longtemps à cette spécieuse mais frivole objection.

M. le duc d'Orléans ne me trouva donc pas plus disposé à me charger des finances après le loisir qu'il m'âvoU donné pour y penseï*. Même empressement , mêmes prières , mêmes raisonnemeùts de sa part ; mêmes réponsies. même fermeté de la mienne. Il se fâcha, il n'y gagna rien.

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