‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 58 sur 232 · LE ROI DE SUÈDE A STRALSUND · texte numérisé non relu

LE ROI DE SUÈDE A STRALSUND

Prince électoral de Saxe an lever du roi. — Bergheyck prend congé pour sa retraite. — Électeur de Bavière voit le roi en particulier. — Albergotli de retour d'Italie. — Divers envoyés nommés. — Bissy abbé de Saint-Germain des Prés. — Rohan et Melun reçus ducs et pairs, Melun avec dispense et condition. — Folies de Sceaux. — Incpiiétude du duc du Maine ; mot plaisant qui lui échappe là-dessus. — Noir dessein du duc du Maine. — Digression nécessaire en raccourci sur la dignité de pair <le France, et-sur le parlement de Paris et autres parlements.

' Le roi de Suède arriva enfin , lui troisième , le 22 novembre , à Stralsund. Je m'abstiendrai d'en dire davantage sur un prince qui a fait tant et un si singulier bruit dans le monde , et sur lequel tant de plumes ont travaillé. Groissy , frère de Torcy , fut aussitôt nommé ambassadeur vers lui , et partit bientôt après.

La reine d'Espagne , en arrivant à Pau , trouva à quelque distance la reine d'Espagne douairière , sa tante , qui venoit à sa rencontre. Elle étoit arrivée de Bayonne exprès pour la voir. A l'approche de leurs carrosses, elles mirent toutes deux pied à terre en même temps, et après les salutations elles montèrent toutes deux seules dans une belle calèche, que la reine douairière avoit amenée à vide , et dont elle fit un présent à la reine sa nièce. Elles soupèrent seules ensemble. La reine douairière la conduisit jusqu'à Saint-Jean Pied-de-Port (car en ce pays-là comme en Espagne les passages des montagnes , à leur entrée , s'appellent des ports). Elles s'y séparèrent , .la reine douairière lui fit beaucoup de présents, entre autres d'une garniture de diamants. Le duc de Saint-Aignan joignit la reine d'Espagne à Pau, et l'accompagna, par ordre du roi, jusqu'à Madrid. Elle envoya Grillo , noble génois , qu'elle fit depuis faire grand d'Espagne , remercier le roi de l'envoi du duc de Saint-Aignan , et du présent qu'il lui avoit apporté. Le roi d'Espagne avoit nommé sa maison : le marquis de Santa-Gruz majordome-major, il l'a été jusqu'à sa mort, je l'ai fort connu en Espagne, et j'aurai occasion d'en parler; le marquis de Castanaga grand écuyer; la princesse des Ursins camarera-mayor , qui choisit toute cette maison ; la duchesse d'Havre , les princesses de Masseran , Santo-Buono , Kobecque et Lanti , dames du palais, dont la première et la dernière étoient fille et belle-fille de la feue duchesse de Lanti , sœur de la princesse des Ursins. On en ajouta d'autres dans la suite.

Alex. Sobieski, chevalier du Saint-Esprit, second fils du roi Jean Sobieski, roi de Pologne, mourut à Rome, sans avoir été marié. Il avoit mené une vie assez obscure et assez errante , par des prétentions d'aucune desquelles il n'avoit pu jouir nulle part. Le pape crut apparemment l'en dédommager par de magnifiques obsèques qu'il voulut voir passer sous les fenêtres de son palais.

Van Holl, riche financier, trésorier général de la marine, puis grand audiencier ' , qui donnoit grand jeu et grande chère à Paris , et à sa belle maison d'Issy , à beaucoup de gens de la cour , et que le prince et

■1 . Officier de la grande chancellerie. Voy. sur les grands audienciers te règlement fait par Louis XIV pour la tenue du sceau, t. Yi» p. 403.

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