‹ Mémoirs et correspondance de Mallet du PanChapitre 14 sur 42 · II · texte numérisé non relu

II

1« prairial. — Mort de Louis XVn. — On revient à Mallet^ et le comte d'Artois lui envoie M. de Sainte-Aldegonde. — Lettre du comte d'Artois. — Questions posées à Mallet. — Sa réponse dans deux notes adressées à Louis XVin. — Juillet 1795. — Lettre au maréchal de Castries. —Le comte François de Sainte- Aldegonde.

La tentative désespérée des Jacobins au 20 mai ( i " prairial ) ne parut pas à Mallet être de nature à arrêter le dénoûment de la crise; avant tout la victoire de la Convention était une victoire remportée sur le terrorisme ; le reste impur de la queue de Robespierre avait succombé, le règne des piques était fini *. La Convention ne pouvait tenir encore longtemps contre la haine irrésistible du peuple luimême. Mais un autre contre-temps , ou plutôt un grand malheur vint encore changer la face de la question , en enlevant aux efforts des monarchiens leur point d'appui. Le jeune roi, le captif du Temple , Louis XVII mourut.

La lettre suivante , adressée au maréchal de Cas-

* Un des correspondants de Mallet lui écrit : « Le 6 prairial, ordre de remettre les piques à la section , c'est-à-dire de désarmer les trois quarts des habitants , sous peine de prison : tout cela se fait sans murmure, on est à la queue pour attendre son tour; moi-même j'ai attendu trois quarts d'heure pour donner ma pique. On désarmerait ainsi toute la France sans coup féru*. »

tries, montre que Mallet du Paii aperçut tout de suite les conséquences de cette mort , et prévit nettement ce qui arriva en effet ; c'est que l'événement tournerait au profit, non de la royauté, mais de rétablissement d'un conseil exécutif auquel le peuple applaudirait.

LETTRE DE MALLET DU PAN AU MARÉCHAL DE CASTREES

17 juin 1795.

a Monsieur le maréchal ,

(( .... Les questions sur la régence s'évanouissent depuis la mort du jeune roi. Vous êtes déjà instruit, monsieur le maréchal , que ce malheureux prince a expiré le 8 , à la suite d'un dépérissement graduel de trois mois, et, deux jours après. Desaulx, le chirurgien qui le traitait. Paris est persuadé d'un empoisonnement....

(c Paris et les monarchistes sont consternés. Tous les rapports et toutes les réflexions me font craindre que cette perte inopinée ne consacre la république. Elle survient à l'instant même où la Convention va publier son plan de constitution. Les monarchistes ne se sentant pas, ni n'étant réellement assez forts pour faire un roi, ni même pour revenir à la constitution de 1791, s'étaient vus forcés de composer avec les Girondins et de se borner à obtenir des pierres d'attente pour la réédification monarchique. Les Girondins ayant adopté les bases mutilées de la constitution des Etats-Unis, les monarchistes demandaient que cette imitation fût complète ; que les propriétaires seuls fussent représentés et représentants ; que le corps législatif fût divisé en deux chambres au lieu de l'être en deux sections d'une même

chambre; enfin, qu^on admît un chef et non un conseil exécutif. Pendant la minorité, ils entendaient faire gouverner le conseil de régence comme vice-président, et ce mezzo-termine ralliait aux monarchistes un nombre de républicains. Aujourd'hui , la mort du roi fait évanouir ce plan et prévaloir le projet d'un conseil exécutif. C'est à cette dernière forme que je m'attends de voir rester la Convention : le public gémira, le peuple applaudira , tous obéiront.

« Telle est , monsieur le maréchal , la perspective du moment, et telles sont les dispositions générales. Le conseil de Sa Majesté pèsera dans sa sagesse les actes que peuvent lui prescrire des circonstances si difficiles : j'en suis trop effrayé et trop voisin pour oser même avoir un avis à cet égard. Je me bornerai donc à vous rappeler l'importance de notions exactes sur l'état actuel des choses et des esprits, la nécessité de repousser les illusions, les romans, les exagérations, les bulletins secrets .

i< La disette est toujours au même point, on s'y habitue, on n'en murmure plus. Le louis d'or valait le 13, à Paris , cinq cent soixante francs ; on s'attendait à le voir à mille francs dans la semaine suivante. Les campagnes profitent de cette détresse, vendent toutes les denrées à des prix excessifs et sont assez contentes de ce régime. Les villes sont au désespoir; mais ce désespoir n'inspire aucun projet : la crédulité publique attend le remède de la nouvelle constitution, ainsi que la paix générale.... Recevez, etc. »

Dans l'ordre légitime, la mort de Louis XVII faisait passer le titre de roi à Monsieur, et rapprochait le comte d'Artois de la couronne. Grave embarras poiu* les puissances, nouvelles difficultés dans la

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situation des émigrés et des princes eux-mêmes. Si les questions de régence avaient été assez épineuses, que serait-ce pour la reconnaissance des droits du nouveau roi légitime? Quel qu'il fût, l'héritier du trône de France était un prétendant , ainsi Tavait voulu la force des choses , et toutes les cours étrangères n'étaient pas d'humeur à consacrer en le reconnaissant ce titre de roi qui les engageait dans un moment plus que difficile. Une telle situation devait rendre le parti des princes et des émigrés plus attentif à l'état de l'opinion, plus intéressé à connaître et à bien comprendre ses chances et les conditions de succès. Comme à l'ordinaire, on revint à Mallet, tout en autorisant Ferrand et les d'Entraigues à préparer leurs incroyables manifestes et leurs manœuvres insensées. Le comte François de Sainte-Aldegonde , en qui le comte d'^tois avait grande confiance et qui avait été mis en relation d'amitié avec Mallet par sa belle -mère. M"® de Tourzel, gouvernante des enfants de France, fut chargé de lui demander rendez-vous et de lui poser une série de questions. Le comte d'Artois, en écrivant au comte de Sainte-Aldegonde à cette occasion, lui disait : « Je connais les talents et l'esprit de M. Mallet du Pan, je lui crois des sentiments purs et honnêtes, et je sais combien il était opinioné par mon vertueux frère. Je n'entre point ici dans le détail des nuances qui pourrraient subsister encore sur la manière d'envisager la situation actuelle.de notre malheureuse patrie. Je crois qu'avec un homme d'esprit et de bonne foi comme M. Mallet, il ne faut pas beaucoup d'efforts pour se bien entendre. »

Le rendez-vous fut accepté ; le comte et Mallet se rencontrèrent à Schafïbouse en juin 1795. Mallet, d'abord par une note à Tusage de Louis XVIII, puis par divers autres mémoires sommaires , répondit à la plupart des questions qui lui étaient posées, soit sur l'état de la France , soit sur la politique , les principes à suivre et les mesures ultérieures à prendre ; sur quelques-unes, comme le rétablissement du clergé , il déclina sa compétence en se déclarant insuffisamment éclairé.

La note préalablement envoyée à Louis XVIII exposait d'abord le véritable état des choses et des personnes à Paris et dans l'intérieur : les traits de ce tableau nous sont déjà connus. Cette base solidement établie, le politique consulté abordait la grande question : sur quelles chances de succès Louis XVIII pouvait-il compter pour le rétablissement de la monarchie, et surtout comment devait-on agir pour en faire naître ou pour les développer ? On prévoit la réponse , mais ces consultations importent trop à l'objet de ces mémoires comme à l'histoire même de cette époque critique de la révolution , pour que nous les passions sous silence. En voici les parties les plus intéressantes :

NOTE DE MALLET DU PAN POUR LOUIS XVni.

3jiimeti793.

« Il n'y a à espérer aucune insurrection spontanée à Paris ou ailleurs en faveur de la monarchie. La Convention maîtrise le peuple ; tout ce qui n'est pas peuple frémit à l'idée d'une nouvelle secousse.

[1795] CHAPITRE SEPHÈME. iSi

« Cet éloignement pour toute insurrection générale dans le sens monarchique rendrait funestes les insurrections partielles ; la Convention aurait contre elle le poids de sa puissance , ses armées, et la lâcheté publique y qui se rangerait sous ses étendards comme étant plus sûrs.

M JjOl guerre civile est une chimère du même genre ; les éléments de la guerre civile n'existent point sans princes, sans grands, sans généraux puissants, qui entraînent dans leur parti des provinces, des armées, des commandants hiérarchiques ; ils n'existent point là où il ne se présente aucune faction rivale à qui le crédit, Topulence , les ressources personnelles des chefs donnent de la consistance et des forces. Sous l'anarchie populaire on ne voit que des cabales démagogiques éphémères , des brigandages , des tueries , des 2 septembre, des 31 mai , des 9 thermidor.

« La ressource de la guerre étrangère n'est pas moins usée maintenant dans le fait et dans l'opinion : rien n'égale le mépris qu'on porte en France aux armes et à la politique des alliés , si ce n'est la haine non moins générale qu'ils ont inspirée. Ces sentiments sont aussi prononcés chez les monarchistes que chez les républicains. Lyon, ville la plus royaliste de France, n'est pas moins animée contre l'Angleterre qu'un club de Jacobins. Tout le royaume , sans distinction de parti , se ralliera éternellement contre les étrangers , considérés comme ennemis de la France et non comme ennemis de la révolution. Il n'y aurait de tempérament à cette animosité que dans le cas où les puissances, abandonnant leurs systèmes, leurs variations, leurs ambassades, leurs négociations secrètes ou publiques , montreraient à la fois des forces imposantes , unies , et des succès , et

d'autre part, dëclareraient d'une manière authentique et solennelle qu'elles ne prétendent attaquer ni l'intégralité , ni l'indépendance législative de la France , ni inslituer son gouvernement ; mais qu'elles sont prêtes à donner la paix et à rouvrir les portes du commerce et des échanges, au moment où l'on sera revenu à la monarchie quelconque. Tant qu'elles gardent le silence sans poser les armes, elles alimentent la défiance et le fanatisme : tant qu'elles restent inactives, désunies, simulant la guerre, et faisant des démarches pacifiques, on n'a pour elles ni crainte, ni considération.

« On n'aperçoit aucun moyen de force praticable aujourd'hui , qui ne contrarie les causes lentes mais certaines qui font rebrousser la révolution vers la monarchie. C'est à seconder ces causes que doivent tendre les efforts ; elles seules peuvent créer la force qu'on chercherait vainement dans les soulèvements intérieurs ou dans les armes étrangères. Pour découvrir ces causes et les employer sans faire de méprises, on doit se pénétrer de l'état certain du royaume, et considérer le point où on le prend, au lieu de considérer abstraitement le point où l'on désirerait l'amener. »

Ici Mallet trace en raccourci le tableau que sa correspondance nous a déjà offert, et il en fait ressortir ce premier fait, que les constitutionnels qui ne sont rien dans ce moment, n'en sont pas moins les premiers sur la route de la monarchie, et que l'on se retourne vers la constitution de 1791, si mauvaise qu'on la trouve.

« C'est une persuasion générale, qu'il faudra , avant tout , repasser par cette fondrière de 1 791 pour parvenir à une bonne monarchie. Toute autre transition

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offre trop de difficultés et de dangers à des hommes intimidés par deux ans de tyrannie féroce , qui a fait perdre au peuple même le sentiment de ses forces , pour Tabsorber dans celui de la force de ses oppresseurs;

i< £n thèse générale , il n'est que trop vrai que la grande pluralité des Français ayant participé à la révolution y par des erreurs de conduite ou par des erreurs d'opinion^ elle ne se rendra jamais à discrétion à Tancienne autorité et à ses dépositaires : il suffit de descendre dans le cœur humain pour se convaincre de cette vérité. La vanité exaltée pendant quatre ans consécutifs, froissée et non étouffée par le terrorisme , se révolte de même à la pensée d'un pardon, surtout lorsqu'il est offert par les chefs légitimes de la monarchie, sans puissance actuelle pour la rétablir, et reçu par une masse dliommes qui se regardent comme seuls en posture d'en devenir les restaurateurs. J'ajoute que l'on ne peut pas se dissimuler qu'une partie des principer du jour a résisté aux horreurs de la révolution , et qu'infectée de ce levain, la génération courante ne peut s'en délivrer qu'avec le temps et sous un gouvernement ferme et éclairé.

« Les constitutionnels qui abandonnent l'acte de 1 791 considèrent sous cent rapports différents la manière de le refondre ; mais les points fondamentaux de l'opinion générale sont l'affaiblissement des prérogatives populaires, le renoncement au fatras des droits de l'homme, la puissance royale considérablement augmentée , et la représentation publique réservée aux seuls propriétaires*

rr Tel est l'esprit , l'inclination , tels sont les vœux des villes en général , des bourgeois de toutes les classes.

« A beaucoup d'égards, mais par d'autres motifs, les campagnes partagent plus ou moins ces dispositions.

i54 MÉMOIRES ET œRRESPONDANCE.

Écrasées sous Robespierre, elles respirent aujourd'hui, elles s'enrichissent de la misère des villes, elles font des gains fabuleux ; un sac de blé paye au fermier le prix du bail d'une terre. Les paysans aisés sont devenus calculateurs , agioteurs , achètent des meubles recherchés, se disputent les ventes des biens d'émigrés , n'acquittent aucune imposition, se félicitent journellement de l'abolition de la dîme et des droits féodaux , et seront, jusqu'au changement de cette prospérité, jusqu'au retour d'une nouvelle oppression, assez contents de leur sort pour recevoir la république sans murmures. Ils la recevront sans y croire ; car tout en aimant le régime actuel , ils pensent tous qu'on reviendra un jour à un roi quelconque.

(( La nouvelle constitution sera reçue sans opposition. Qu'on l'approuve, qu'on la blâme, on la reconnaîtra, on lui prêtera le serment de fidélité, on renouvellera même les folies de 1791 ; on se couchera sur ce volcan comme sur un lit de repos, en attendant à son réveil la paix générale , le rehaussement et la diminution des assignats, le retour de l'abondance et la moitié de l'âge d'or.

{< D'après cette esquisse rapide on demande quel plan de conduite auraient à suivre le roi et les augustes princes de la maison de Bourbon.

« La réponse à cette demande serait aussi compliquée que les difficultés. Ce n'est ni un moyen, ni deux, ni trois, mais un concours de ressources qu'exigeraient peut-être des conjonctures inouïes.

« Deux partis généraux se présentent : ou former dans l'intérieur une guerre civile pour le rétablissement de la monarchie , ou se servir des éléments actuels de sa recomposition , se borner à seconder leur action, et

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s'y amalgamer soi«même pour leur donner force d'unité dans leur développement.

« Le temps n'est plus où le panache de Thonneur et du devoir, où le sang de Henri lY inspirait un enthou* siasme hardi et belliqueux. Le caractère des mœurs du siècle, les ravages de la révolution , TafTaiblissement de toute énergie ont fait disparaître en France ( et dans l'Europe entière) ces sentiments héroïques et profonds de fidélité^ d'attachement, d'opinion exaltée, qui déterminent les hommes à de grands sacrifices, les électrisent rapidement et les rallient sans réflexion. Pas un Français aujourd'hui dans l'intérieur qui ne calcule ses devoirs sur ses dangers.

« Ainsi j'ose assurer que le chef le plus éminent , le plus digne d'affection, arrivant en France sans moyens, ou sans en avoir préalablement créé qu'on pût saisir et employer à l'instant où ils paraîtraient, se verra ou abandonné ou hors d'état de faire des progrès et de résister aux ressources de la Convention.

« Il faudrait donc , je le répète, créer ces moyens et les rendre assez imposants pour devenir des moyens de guerre et de résistance soutenue avant que de se montrer. Rien de si aisé que de fomenter et faire éclater quelques insurrections locales ; ces coups de main, dont on s'est beaucoup trop occupé depuis cinq ans , sont pernicieux tant qu'on n'a point pourvu à leur lendemain. L'exemple a prouvé et prouvera éternellement la facilité d'éteindre ces mouvements. Je ne suis pas assez instruit de l'état de la Vendée pour savoir si ce théâtre offre ces avantages préalables , sans lesquels toute invasion, conduite par l'un des augustes princes de la maison de Bourbon , aboutirait à une catastrophe. Dans Paris et la France entière on a estime et bienveillance

156 MÉMOIRES ET CORRESPONDATNCE.

pour la Vendée ; la Convention la craint et la ménagera toujours; mais si elle reprend les armes sans qu'une nouvelle oppression légitime ses hostilités aux yeux de la nation y elle sera réduite à ses propres forces , gagnera peu de prosélytes , et sera attaquée par tout ce que la paix plus ou moins générale laissera d'armées disponibles à la Convention.

(( Ce retour d'oppression me paraît, soit à la Vendée, soit à Lyon, soit ailleurs, le seul cas où l'on puisse espérer de former un noyau de résistance.

<( Tant que la Convention ne peuplera ni les cachots ni les tombeaux, tant qu'elle ne fera pas sentir un joug insupportable, il ne faut pas s'attendre à une révolte de quelque valeur. Un peuple , réduit depuis cinq mois à vivre de deux à quatre onces de pain par jour, à payer soixante francs une paire de souliers, et à disputer sa subsistance à la misère , ce peuple-là restera tranquille sous les usurpateurs toutes les fois qu'il ne verra ni les prisons , ni les comités révolutionnaires, ni les guillotines et qu'il ne désespérera pas d'un changement de sort.

t< Il n'existe aucun parti royaliste ; or, sans parti , point de guerre. Pour former ce parti il n'existe pas d'autres éléments que l'intérêt et les sentiments les plus génét*aux parmi leà partisans du régime monarchique. La première étude doit donc être celle de cet intérêt et de ces sentiments , et le plan de conduite quelconque établi sur cette base.

(( Je prends la liberté de solliciter avec respect qu'on se défie des romanciers et des hommes exaltés par l'esprit de parti ; les premiers offrent la France comme tendant les bras à l'ancien régime, les autres s'épouvantent de tout régime constitutionnel ou limité , comme d'un

malheur irréparable. Ces deux points de vue sont également faux en fait et en raisonnement. La grande plu* ralité des Français ne veut pas Tancien régime; mais quelle que soit sa volonté pour un autre système , il n'est j ne sera , et ne peut être qu'une transition de la république à la monarchie. »

Dans une seconde note écrite quelques jours après la première, Mallet du Pan indique les mesures que lui paraissent commander les circonstances.

Le 10 juillet 1795.

« Les moyens militaires quelconques sont trop audessous des difficultés , pour laisser aucun espoir de conquérir jamais la monarchie à main armée , s'ils ne procèdent pas collatéralement avec les moyens de po- Htique et d'opinion.

« Je n'excepte pas même les entreprises de la Vendée. Reprît-elle les armes , lui l'edonnât-on l'un des princes du sang ou Sa Majesté elle-même; le débarquement des forces destinées à passer en Bretagne fût-il opéré ; ces projets, ces succès n'entameront pas la république, à moins qu'en même temps et avant tout, on ne frappe juste sur les esprits et les intérêts, en saisissant le point de conciliation auquel on peut espérer d'amener les volontés et les efforts. Tant que la Vendée se présentera en armes pour reconquérir l'ancien régime, l'universalité de la France la combattra de gré ou de force, et finira par 1 étouffer.

(( Ces dispositions rassurantes pour gagner des pro«* sélytes et déterminer l'ébranlement des bien intentionnés, deviendront d'autant plus nécessaires, que, si l'uniforme anglais parait en Bretagne ou en Normandie, surtout avec une apparence de commandement, la

défiance s^emparera de tous; la haine, les soupçons, la crainte donneront des avantages incalculables à la Convention.

« Je supplie de nouveau et avec autant d'ardeur que de respect, qu'avant tout , on réduise à sa juste valeur l'importance des levées, des entreprises militaires, et qu'on ne fonde point là-dessus ses espérances.

« La conquête s'achèvera et se conservera par les moyens militaires, elle ne doit pas commencer par eux, il faut les considérer dans leur extrême imperfection comme subsidiaires , et comme uniquement propres à seconder les opérations d'un autre genre.

« 1 ** La première opération, celle que les monarchistes attendent à Paris et dans les provinces, est la résurrection morale du roi. On désire, on demande, il est nécessaire que Sa Majesté parle et agisse sans délai en cette qualité ;

« 2^ Qu'elle parle non-seulement par une prise de possession publique , mais par un appel solennel à la nation. Les monarchistes sensés, les seuls qui, en ce moment aient quelque crédit et quelque part dans le mouvenient public, travaillent à provoquer les assemblées primaires pour leur faire reconnaître lé chef légitime de la nation. Le vœu général des honnêtes gens se rallie et se borne là , parce qu'il leur est démontré qu'une contre-révolution absolue et violente est la plus absurde des chimères. L'appel de Sa Majesté à la nation leur présente une base fixe, un motif puissant, un principe de ressources fécondes s'il est manié avec sagesse.

(( La nature de cet appel en déterminera l'efficacité. Il ne suffit point qu'il soit rédigé dans un sens pur, conforme aux lois fondamentales et à l'intérêt public bien éclairé ; toute sa force se trouvera exclusivement

[1795] CHAPITRE SEPTIÈME. iS9

dans le rapport de cette manifestation avec le sentiment et le vœu le plus général. Il importe principalement que ses principes et la conduite qu'il annoncera , soient compatibles avec ce qu'on peut espérer et pratiquer dans Tintérieur, par les ressources morales et politiques pour faire reconnaître le roi par la nation assemblée.

ce On pense que cet appel pourrait renfermer un tableau court, rapide et énergique des crimes commis contre la maison de Bourbon et de ses bienfaits^ no* tamment de ceux du roi Louis XVI. Qu'il devrait montrer à la nation ses calamités comme ayant marché de front avec les infortunes de la famille royale, la tyrannie avec la république , tous les fléaux avec la révolution antimonarchique.

(c Rappeler le vœu unanime des cahiers de 1 789, la consécration universelle du gouvernement monarchique par l'Assemblée constituante, malgré ses erreurs, et par la presque unanimité de la nation en 1 791 ; enfin la mémorable exécration à laquelle Paris et soixante et treize départements vouèrent la république au mois de juillet 1792.

(c Rappeler que depuis, la France livrée à la Convention, torturée par ses factions successives, exterminée par ses bourreaux, écrasée par un régime de fer et de sang, n'a pas connu un instant de liberté civile et d'opinion.

(c Finir par proclamer les droits éternels et indestructibles de Sa Majesté. Inviter la nation à s'y rallier ; lui promettre assistance, annoncer des espérances et des mesures avec dignité, et s'en remettre à elle pour concourir avec Sa Majesté à rétablir la monarchie, la religion, la liberté, la propriété, l'ordre public sur des bases dont l'expérience n'a que trop prouvé la nécessité.

«Promettre amnistie aux coupables qui reviendraient à leur devoir, protection, impartialité, distribution des emplois sans distinction de personnes et d^opinions antérieures, aux talents, à la probité et aux services, même de ceux qui furent passagèrement égarés par la révolution , sans avoir trempé leurs mains dans le sang, livré la France aux brigandages et participé à Tégarement féroce, où la minorité de la nation fut entraînée par une minorité plus féroce encore.

« 3° Que Sa Majesté agisse, et conformément à ses déclarations, en manifestant par les faits la pureté et la sincérité de ses intentions bienveillantes et de condescendance.

(( Qu'elle agisse, car la nullité est le prix des malheurs ; qu'on sente son existence, qu'on lui aperçoive des moyens, ou des mouvements pour s'en former d'analogues à ceux dont on s'occupe dans le royaume.

(( 4° Entamer des négociations, des conférences, des positions avec l'intérieur.

« 5® Ne choisir et ne faire agir que des agents en qui l'on puisse prendre confiance, qui n'aient point encouru une faveur trop marquée, et dont le nom, la réputation, le caractère, soient assez connus pour faciliter des rapprochements.

« 6° Si l'on adoptait un plan analogue, et dans tous les plans possibles, il est souverainement important de ramener la direction à un centre d'unité; souverainement important que Sa Majesté veuille se servir de son autorité pour prescrire impérativement à chaque agent sa ligne de conduite, et faire disparaître cette nuée d'émissaires, de ministres ambulants, de cerveaux timbrés, de légats, qui affluent partout, et spécialement en Suisse, les uns avec les brevets de Sa Majesté , les au-

[i7953 CHAPITRE SEPTIÈME. 161

très avec les patentes de M. le prince de G>ndë; de troisièmes, avec des commissaires britanniques, se croisant en tout sens, perpétuellement en activité pour ne faire que du mal , racontant leurs missions aux tables d'hôte , et jetant sur la cause royale une défaveur, une confusion, un mépris, qui écartent absolument toutes les personnes raisonnables, dont de semblables collaborateurs rendraient le zèle et les efforts aussi funestes qu'inutiles. »

Plusieurs des vingt-huit questions que M. de Sainte- Âldegonde avait apportées de la cour de Vérone à Mallet , trouvaient d'avance leur réponse dans les deux notes précédentes; aux autres il fut répondu succinctement.

Ces questions , faisant du reste connaître la direction des idées qui occupaient le conseil des princes, nous en reproduisons les principales avec les réponses.

« D. Quelle est la disposition des esprits quant au gouvernement à venir, en distinguant l'esprit public des provinces de celui de la capitale ; celui des propriétaires, des artisans et des capitalistes, divisés, sans doute, entre la république et la monarchie. Il faudrait connaître de quelle monarchie on veut parler, et jusqu'à quel point on ferait des sacrifices pour obtenir un gouvernement vigoureux et tel que l'état présent de la France l'exige ?

(c R. J'ai satisfait dans la note de Schafïhouse à cette question. J'ajoute que, l'esprit public dans les provinces est un royalisme vague et incertain, sans énergie aucune, et servilement plié à toutes les modes de Paris. La disposition publique la plus générale est en faveur d'un gouvernement analogue à la constitution de 1 791 , n. il

épurée dans sa partie démocratique, et renforcée d'un gouvernement vigoureux. Telle est surtout Topinion des propriétaires et des capitalistes. Les artisans qui travaillent à des prix fous, les fermiers qui vendent à des prix exorbitants, les paysans aisés qui achètent des biens d'émigrés et ne payent aucune imposition, désirent moins un changement qu'un ordre fixe, quel qu'il soit. Quant au bas peuple , à Paris surtout, ouvriers, maçons, forgerons, charretiers, porteurs d'eau, petits boutiquiers, sont encore septembristes^ par goût, par habitude, et toujours prêts à servir celui qui voudra causer du désordre et du mal.

(( D. Les malheurs qui ont accompagné le gouvernement républicain ont-ils ramené la multitude à la raison, et si le vœu général est pour la monarchie, serat-il assez prononcé pour devenir une volonté ?

ti R. La multitude n'a pas plus de raison qu'elle n'en avait et n'en aura jamais. Abuser de sa force lorsqu'on l'emploie , trembler lorsque l'autorité est vigoureuse^ voilà son partage exclusif. Aucun fléau, aucune expérience n'a encore corrigé la masse de la nation.

(( D. Il faudrait connaître jusqu'où la persévérance des royalistes pourrait être portée dans le maintien des deux principes ( Dieu et le roi ) qu'ils ont posés en prenant les armes?

« R. Je ne connais pas assez la Vendée pour répondre à cette question. »

La manière dont la question suivante est posée , doit être remarquée :

« D. Il serait nécessaire de pénétrer dans quelles dispositions les chefs royalistes (de la Vendée) ont appelé les étrangers et s'ils peuvent s'en passer?

[1798] CHAPITRE SEPTIÈME. Ifâ

f( R. J'ignore les vues des chefs royalistes dans leurs demandes de secours étrangers ; ils ne peuvent s^en passer pour continuer la guerre ; ils devraient les ëcarter, si, jugeant toute la force de leur position morale et politique, ils émettaient un vœu, au lieu de batailler, et ralliaient les esprits au lieu de les combattre.

« Z>. Quelle est la mesure d'utilité qu'on peut retirer des curés jureurs, s'ils restent ?

« R. Les curés jureurs sont dans le cas des constitutionnels ; persuadés d'être chassés et punis après une contre-révolution, et par conséquent intéressés à la prévenir, une portion nombreuse et la plus vile de leur classe ayant abjuré la prêtrise sous Robespierre, et toute religion, ceux qui restent se considèrent comme des fidèles, professent le plus grand zèle pour la religion catholique, sont dirigés par leurs évêques qui publient des mandements et des instructions pastorales, et qui font rédiger un journal ecclésiastique, dont le but est de prouver que les jureurs ne sont nullement schismatiques, qu'il n'existe qu'une Église et qu'ils en sont des ministres parfaitement légitimes. La plupart des jureurs reviendraient à la monarchie et à l'ancien clergé si leur conduite était oubliée et leur état conservé; ils ont de l'influence dans beaucoup de provinces, et feront un grand mal en éloignant, le plus qu'ils le pourront, le retour plein et entier de l'Eglise orthodoxe.

« D, Si les curés non jureurs étaient rappelés et rentraient, ne croit-on pas qu'il fût possible de former en France une manière d'être dont les âmes timorées se contenteraient et qui permettrait de se passer de la hiérarchie (du moins pour quelque temps), avec quelques évêques seulement pour faire des prêtres ?

« R. Je ne puis répondre à cette question qui n'est

164 BIÉMOIRËS El' G0RRESP0NDAI9GE.

pas de mon ressort. J'observe seulement que la hiérarchie existe dans TÉglise constitutionnelle, et que, vraisemblement, faute d'autre, les peuples s'en contenteront.

« D. Y a-t-il à l'égard des princes des dispositions défavorables ? Dans cette supposition que faut-il faire pour ramener l'opinion ?

a R, L'opinion générale se représente les princes et les émigrés comme des ennemis implacables et irréconciliables, de qui il n'y a pas plus à attendre de liberté, de traités, de sûreté, de merci, que de Robespierre. Ijes écrits journellement publiés au dehors ont rendu ce préjugé aussi fort qu'il peut l'être. J'ai indiqué dans les notes les seuls moyens de l'aifaiblir; des déclarations où l'on ménagerait le sens le plus dominant, des démarches publiques qui prouveraient la sincérité des intentions et le désaveu le plus éclatant de tous ces brochuriers incendiaires, de tous ces frénétiques massacrants qui parlent à l'armée de Condé, dans les cabarets, dans les cercles, comme Gengis-Khan ne parlait pas à la tête de deux cent mille Tartares.

« D. Que leur reproche-t-on ? qu'en craint-on ?

« R. On leur reproche un éloignement absolu pour toute liberté , un attachement exclusif aux deux premiers ordres de l'Etat, un ressentiment inexorable contre tous ceux qui participèrent aux erreurs de la révolution, la provocation de la guerre, leurs liaisons avec les puissances étrangères, le dessein de ramener la puissance absolue, et de donner leur confiance à des personnes qui ne peuvent inspirer en France que la crainte de leurs principes et de leurs sentiments.

« D* Jusqu'à quel point les gens de la campagne tienneut-ils à l'affranchissement de la dîme et des droits seigneuriaux ?

[i795] CHAPITRE SEPTIÈME. 165

« /?. Les gens de la campagne ne se dessaisiront jamais de Taffranchissement de la dîme^ et ce ne serait pas sans beaucoup de dextérité et d'efTorts, qu'on les ramènerait au rachat des redevances féodales. Ils sont à peu près unanimes sur ces deux avantages positifs que leur a procurés la révolution.

« D. Quels moyens pourrait-on proposer pour encourager les bons, et les armer contre les méchants ?

(c R, Les notes répondent à cette question ; mais on ne peut la résoudre avant d'avoir défini ceux qu'on entend comprendre parmi les bons, et ceux qu'on considère comme les méchants. Dans le sens des brochures et des propos d'émigrés, les bons se réduisent à la Vendée, aux chouans et à une poignée d'individus dans chaque ville^ individus absolument privés de moyens, de crédit et d'énergie.

« D. Quel est l'esprit de l'armée ? Quels moyens peut-on employer pour l'attirer à soi, en distinguant le sentiment de l'officier de celui du soldat? Le général a*t-il l'influence qu'on lui suppose, et qui lui appartient, sur l'officier subalterne, et ceux-ci sur leurs soldats ? Du temps de Dumouriez on a eu la preuve que les représentants conventionnels avaient plus d'ascendant sûr l'esprit de l'armée que les généraux. On a des raisons pour croire que cette disposition est changée. Or, toutes ces connaissances sont nécessaires pour diriger le travail qu'il convient de commencer.

« R. Les rapports sur l'esprit de l'armée sont si contradictoires, qu'il serait téméraire de ma part de définir les sentiments des officiers et des soldats. Fanatiques contre l'ennemi extérieur, sujets passifs de la Convention au dedans, voilà les deux seuls symptômes qu'on

ne peut méconnaître ^ non plus que du malaise et des mécontentements.

« Le général n'a pas plus d'influence personnelle aujourd'hui que n'en eurent La Fayette et Dumouriez. Il y a vingt à parier contre un, que dans un conflit entre l'autorité du chef militaire et celle du député conventionnel, ce dernier l'emportera. La chute des assignats, le renchérissement immodéré des vivres et la misère où ces deux causes doivent réduire le soldat, altéreront sans doute de plus en plus sa soumission, à moins que de nouvelles victoires ne soutiennent encore le fanatisme. »

La dernière question en post-scriptum était la plus délicate^ et la réponse fiit d'une franchise qui eût été cruelle si elle n'avait été impérieusement nécessaire.

« D. Quel effet a produit sur les esprits la mort du jeune roi? Est-elle favorable ou désavantageuse à la monarchie ? Quelles en sont les conséquences pour le roi actuel ?

w R. La mort du jeune roi a vivement affecté les honnêtes gens, déconcerté les monarchistes, étonné le public; on l'a oubliée à Paris aussi vite que la prise du l^uxembourg ; elle a seulement servi à enhardir la pitié en faveur de Madame royale. Dans la circonstance, cette perte est une calamité ; elle a fait ajourner la monarchie et sert de base à la coalition à laquelle on travaille entre les républicains et les constitutionnels. Sa Majesté ne comptait pas comme régent, on la redoute comme roi. »

Ces questions étaient sans doute sincères. Les adresser à l'intraitable Mallet du Pan, c'était vou-

[179îri CHAPITRE SEPTIÈME. 167

loir sérieusement la vérité sans détours; mais il devint bientôt évident que ce désir était né avec la persuasion que les changements survenus rendraient cette vérité plus flatteuse. Le langage que tenaient la plupart des émigrés et des conseillers écoutés avec faveur à Vérone dans la petite cour du nouveau roi de France , devait rendre déplaisante la franchise de Mallet, et particulièrement, peutêtre, Toubli où il laissait, parmi les chances du roi, certaines qualités d'esprit dont le prince se piquait et sur lesquelles on comptait beaucoup autour de lui. Le baron d'Erlach, revenu de Constance où il avait rencontré un grand nombre de Français , écrivait à Mallet : w Ils font une bien grande affaire à présent et s'occupent beaucoup des tournures fines, spirituelles, aimables, recherchées, et même un peu afTectées que contiennent les nombreuses lettres de leur nouveau roi , qui pour un roi me parait courir beaucoup après Fçsprit. »

A peine Mallet avait-il quitté Schaflfhouse, qu'il put s'assurer d'avance que ses renseignements seraient sans effet. Il écrivit au maréchal de Castries la lettre suivante :

LETTRE DE MALLET DU PAN AU MARÉCHAL DE CASTRIES

« Monsieur le maréchal,

« J'apprends de Constance que vous n'êtes point encore parti et qu'il est incertain que vous partiez pour Vérone , où j'ai eu l'honneur de vous adresser deux paquets consécutifs. Dans le dernier, et pour satisfaire au vœu de M. de Sainte-Aldegonde, je vous annonçais

que les frais de mon voyage auprès de lui avaient été de seize louis d'or, laissant à votre convenance le moment et le moyen de me faire toucher cette somme.

« Je n'ai rien à ajouter, pour le moment, à l'extrait inclus d'une lettre que j'écrivis hier à Brème : l'état des choses se gâte de plus en plus. Sa Majesté avait honoré, il y a deux mois, M. Mounier d'une lettre aussi fortement écrite que judicieusement pensée, et qui exprimait un plan de conduite très-sage dans des conjonctures moins désastreuses ; mais les inconvénients de sa publicité nous frappèrent assez M. Mounier et moi, pour que le premier se décidât à en faire une pièce de portefeuille : il eut l'honneur de l'écrire à M. le baron de Flachslanden. Aujourd'hui, cette lettre, envoyée de Vérone à Paris, y est imprimée, y circule, et a produit les effets que nous avions raison de craindre. Je vois avec une profonde douleur qu'on persévère à se dissimuler l'état des esprits, des affaires et des ressources de l'intérieur, et qu'on est entraîné par de fausses informations. Je ne puis plus être bon à rien dans le système que l'on poursuit, et qui peut-être amènera bientôt des regrets superflus.

« Recevez l'assurance, etc., etc.

« P. S. Je reçois mes lettres de Paris du 22. H y a eu, le 18, tumulte très-grave à l'Opéra, où les jeunes gens, c'est-à-dire les débris de l'ancienne garde nationale , ont forcé de jouer le Réi^eil du peuple. On a couvert la Convention d'imprécations. La cavalerie s'est présentée, on l'a repoussée. Trois acteurs arrêtés ont été réclamés le lendemain par les jeunes gens, dont soixante sont emprisonnés, ainsi que plusieurs journalistes. La fermentation, le désespoir et l'effroi sont très-grands. »

[4795] CHAPITRE SEPTIÈME. i69

Mais ces efforts de pensée et de travail qui minaient sans profit la santé de Mallet, furent du moins récompensés dans cette circonstance par l'amitié étroite qui se forma entre lui et le digne gentilhomme qu'on lui avait dépêché à Schaffhouse. Le comte François de Sainte-Aldegonde, d'une grande maison flamande, était le type du gentilhomme; le cœur élevé, l'esprit délicat, le commerce des plus aimables : loyal , dévoué sans être courtisan , d'une extrême modération , d'une grande sagesse d'opinions ; l'austérité de Mallet, qu'il avait connu à Bruxelles, ne le rebuta point, il sut apprécier l'âme généreuse qui animait ce penseur un peu misanthrope , ce juge souvent sévère des hommes et de leurs fautes. Une correspondance active s'établit ensuite entre le familier de Charles X et le républicain genevois, et leurs sentiments réciproques d'estime et d'affection ne se démentirent jamais. Nous recueillerons de cette correspondance politique quelques confidences, en supprimant autant que possible les redites inévitables dans un tel commerce. Au surplus, c'est dans la correspondance de Mallet qu'est tout l'intérêt de sa biographie, pour le reste de cette année et celle qui va suivre; et c'est là aussi que nous allons le chercher en choisissant parmi les lettres écrites ou reçues par lui , les fragments qui se rapportent aux événements publics ou aux personnages qui y jouèrent un rôle.

Lettres de Mallet du Pan au comte de Sainte- Aldegonde et au maréchal de Castries (juillet-septembre i 795), sur Pétat intérieur, les plans et les expéditions des émigrés. — Descente de Quiberon. -^ Mounier. -~ Les constitutionnels.

LETTRE DE MALLET DU PAN AU COMTE DE

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