DU PAN
Brémen, 3 novembre 1796.
« .... Louis XVIII est toujours à Blanckenbourg, où il est très-aimé des habitants. Sa suite est peu nombreuse, j'ignore ce qui s'y passe, parce que ne voulant nullement me mettre en avant, je me tiens très à l'écart et
j'évite surtout avec beaucoup de soin toute correspondance qui m'y donnerait des rapports. Je n'en veux qu'avec l'Ecosse, où l'on me témoigne plus que jamais de l'amitié, de l'intérêt et de la confiance. On y est affligé ( ceci de vous à moi ) de voir que le roi soit aussi loin du temps présent, et se laisse ainsi abuser sur sa véritable position. On travaille sans cesse, et j'en ai la certitude, on travaille, dis-je, à la lui bien faire connaître. On voudrait pouvoir jouer le rôle de médiateur entre lui et l'intérieur, mais ce rôle ne vous paraît-il pas trop difficile à remplir ; le croyez- vous faisable, même avec les meilleures intentions ? On voudrait à Edimbourg se mettre le plus en rapport possible avec l'intérieur, y augmenter le nombre, ou pour mieux dire, sans doute, s'y créer des partisans : on voudrait travailler sur des bases fixes ; on a enfin le plus grand désir de s'accommoder. ...»
LETTRE DE MALLET DU PAN AU œMTE DE SAINTE-ALDEGONDE.
Le 2 noyembre 1796.
« Voilà donc une ambassade anglaise, in Jiocchi, à Paris. Personne, excepté les badauds de journalistes, ne croit à la paix. Les Anglais ne l'obtiendront qu'en sacrifiant leurs alliés, la Belgique, la Hollande, etc. Paris ne change pas de couleur, c'est d'un bout de la France à l'autre le même esprit, mécontentement et nullité, désir de la tranquillité sous tel gouvernement que ce soit. Excepté à Lyon, la royauté n'est qu'une vague réminiscence.
Les émigrés rentrent et se font rayer en foule : il y a une caisse pour cela au bureau de Cochon, on paye et
se rendre à Baie. Les cantons lîmitropheF ^^îreux transit , sans police , sans ordre , sans r c- ^^ ont arrêté les armes , il est vrai , mgages ont défilé.
(c On a pris ici Téveil tout d^ par une note du ministre î- 6 novembre 1796.
jointe une lettre du comt^ ^ dû répondre à vos deu:^
général signifiait aux Suî' ^ j octobre ; mais une absence,
çais sur leur territoir jénoûment sur nos frontières,
passage. Le peuple je mon fils pour l'Angleterre, et
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pris tous Af^^\^ m'a ôté la plume *.
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/ ^ pas un Français sur la rive droite jusqu'à la
^ que de deux cent mille il n'en reviendrait pas
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^ les chasserait du Danube à Dusseldorf, et des portes
jeMunich à celles de Strasbourg, que les hussards autri-
iJiiens se promèneraient dans la basse Alsace depuis
trois semaines , après avoir renversé les lignes de la
Quesch, convenez que nous eussions été incrédules !
L'archiduc a montré de grands talents, et ce qui est
bien plus rare, du caractère, une activité, une célérité
soutenues, une émulation de patriotisme et de grandeur
' Cet argent fut yoIé à Mallet par un domestique, qui avait été plusieurs années à son service, et qui se retira peu après avec son butin sur une petite propriété dans le pays de Vaud. Vingt ans après, cet homme mourut, laissant par son testament à M*"' Mallet, Tusufruit de l'argent qu*il avait volé.
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Ci 796] CHAPITRE ONZIÈME. 273
i a exalté ses troupes découragées ; enfin, ce que nul
^ce de son sang ne montra avant lui, Tunion de la
»ur et de la sévérité, d'une affabilité loyale et du
n de sa dignité. A ces qualités, il a joint une bra-
Tsonnelle qui en a donné aux plus lâches, A
\ Rinzig, le 19, ses troupes mollissaient; il
.ete d'un bataillon de grenadiers hongrois,
aicier qui commandait l'attaque, charge le pre-
et emporte la ville. Il y a de l'étoffe dans ce
une homme, et je m'applaudis de l'avoir jugé ainsi
« Le Directoire avait très-réellement formé le projet d'aller à Vienne, il n'en doutait même pas, tout Paris le répétait par écho, tandis que le reste de l'Europe faisait marcher en toute hâte des négociateurs impériaux. Cependant il est de fait que cette puissance, tant accusée de vouloir la paix et de traitailler, n'a jamais fait ni voulu recevoir une seule proposition; que, trahie par ses alliés, livrée à toutes les perfidies des Cercles, voyant deux cent mille Français à la porte de ses États, elle a bravé le danger. C'est qu'elle l'a vu, et que jusque alors elle n'avait fait que le lire. Les illusions sont tombées, et l'on a fait des efforts qui eussent prévenu trois campagnes, si l'on eût voulu en déployer la moitié il y a trois ans. »
LETTRE DU COMTE DE SAINTE-ALDEGONDE A MALLET DU PAN
24 novembre 1796.
« Le roi ne tardera pas à quitter Blanckenbourg, il ira, dit-on, à Zerbst , petite principauté appartenant à l'impératrice de Russie depuis la mort du prince d'Ânhalt, son frère. J'ignore, au reste, quels sont ses
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%l<i MEMOIRES ET CORRESPONDANCE.
Ton est réintégré bien ou mal ; mais ce dangereux passer port ne vaut que pour le temps qui court, w
AU MÊME
6 novembre 1 796.
« Mon cher ami, j'aurais dû répondre à vos deux excellentes lettres des 8 et 9 octobre ; mais une absence, mais Tincertitude du dénoûment sur nos frontières, mais enfin le départ de mon fils pour TAngleterre, et puis le vol qui m'a été fait huit jours après d'une cassette oîi j'avais soixante-cinq louis en écus par un voleur sûrement familier et dont je n'ai pu découvrir la trace, tout cela m'a ôté la plume ^
i< Oui, les Impériaux ont fait des fautes, mais il faut mettre ces fautes en décompte des difficultés. Si l'on nous eût dit au 30 juillet, qu'au 30 octobre, il ne resterait pas un Français sur la rive droite jusqu'à la Sieg, que de deux cent mille il n'en reviendrait pas soixante mille au point de départ, qu'en six semaines on les chasserait du Danube à Dusseldorf, et des portes de Munich à celles de Strasbourg, que les hussards autrichiens se promèneraient dans la basse Alsace depuis trois semaines, après avoir renversé les lignes de la Quesch, convenez que nous eussions été incrédules ! L'archiduc a montré de grands talents, et ce qui est bien plus rare, du caractère, une activité, une célérité soutenues, une émulation de patriotisme et de grandeur
* Cet argent fut volé à Mallet par un domestique, qui avait été plusieurs années à son service, et qui se retira peu après avec son butin sur une petite propriété dans le pays de Vaud. Vingt ans après, cet homme mourut, laissant par son testament à M""' Mallet, Tusufruit de l'argent qu'il avait volé.
[17lMk] CHAPITRE ONZIÈME. 273
qtal a exalte ses troupes découragées; enfin, ce que nul prince de son sang ne montra avant lui, Tunion de la douceur et de la sévérité, d'une affabilité loyale et du maintien de sa dignité. A ces qualités, il a joint une bravoure personnelle qui en a donné aux plus lâches. A l'attaque de Rinzig, le 19, ses troupes mollissaient; il se met à la tête d'un bataillon de grenadiers hongrois, casse l'officier qui commandait l'attaque, charge le premier, et emporte la ville. Il y a de l'étoffe dans ce jeune homme , et je m'applaudis de l'avoir jugé ainsi en 1793.
« Le Directoire avait très-réellement formé le projet d'aller à Vienne, il n'en doutait même pas, tout Paris le répétait par écho , tandis que le reste de l'Europe faisait marcher en toute hâte des négociateurs impériaux. Cependant il est de fait que cette puissance, tant accusée de vouloir la paix et de traitailler, n'a jamais fait ni voulu recevoir une seule proposition; que, trahie par ses alliés, livrée à toutes les perfidies des Cercles, voyant deux cent mille Français à la porte de ses États, elle a bravé le danger. C'est qu'elle l'a vu, et que jusque alors elle n'avait fait que le lire. Les illusions sont tombées, et l'on a fait des efforts qui eussent prévenu trois campagnes, si l'on eût voulu en déployer la moitié il y a trois ans. »
LETTRE DU COMTE DE SAINTE-ALDEGONDE A MALLET DU PAN
24 novembre 1796.
« Le roi ne tardera pas à quitter Blanckenbourg, il ira , dit-on , à Zerbst , petite principauté appartenant à l'impératrice de Russie depuis la mort du prince d'Anhalt, son frère. J'ignore, au reste, quels sont ses
projets politiques. Je sais seulement qu^on a plusieurs choses en vue^ mais elles ne me sont pas connues. Je vous instruirai de ce que j'apprendrai. J*ai la certitude qu'on a donné à ce prince, mais ceci est entre nous, beaucoup de préventions contre vous, que Monsieur ne partage nullement, je vous le certifie, et par suite aussi contre moi, en raison de notre liaison. Je trouve que nous sommes Tun et Tautre parfaitement au-dessus de toute espèce d'intrigaillerie , et que nous nous sommes, j'ose le dire, trop bien conduits pour qu'on puisse nous faire l'apparence d'un reproche. Je me console aisément de cette défaveur que je n'ai point méritée, et jamais je ne serai ni valet ni courtisan. J'ai offert mes services et ceux de ma famille à Louis XVIII peu de temps après son avènement au trône ; on m'a répondu d'une manière insignifiante^ je me le suis tenu pour dit, mon cher Mallet, et j'ai fait plus, j'ai prié mes amis de ne pas même prononcer mon nom devant lui, ni devant les personnes qui l'entourent. J'ai dédaigné d'être ou leur flatteur, ou leur bas valet. Je n'étais pas fait pour jouer un pareil rôle. Je me suis conduit avec la mesure et la réserve qui convenaient a mon nom et à mon caractère. Il n'en est pas de même de son malheureux frère, qui me comble de bontés, et qui voudrait à tout prix rattacher la couronne sur la tête du roi, et qui se trouverait le plus heureux des princes s'il pouvait servir de médiateur entre la France et lui. Si jamais, mon cher ami, l'on vous fait quelques propositions de la part du roi, ce qui peut très-bien arriver, malgré ses préventions, n'oubliez pas <le faire vos conditions par 'écrit, et de lier le prince par sa propre signature. Il n'a de véritable confiance qu'en un seul individu, et encore ne lui dit-il pas tout : c'est le comte d'Avaray son favori ;
il trompe tous les autres. A cela près, c'est le plus poli, le plus aimable, et le plus instruit de tous les princes. Il a tourné toutes les têtes de Blanckenbourg; à Bruns* wick même on n'en parle qu'avec admiration et intérêt. »
LETTRE DE MALLET DU PAN AU CHEVALIER