SÉMINAIRE ET COLLEGE DE QUÉBEC
En 1663, Mgr. Laval, premier évéque du Canada, fonda le Séminaire de Québec, désigné alors sous le nom de missions étrangères, et, en 1668, il établit le Petit Séminaire, ou Collège de Québec-, qu'il confia aux soins des membres du Séminaire de Québec, pour aider à donner l'éducation classique à la jeunesse du Canada. Ce Collège a seul rem placé, à Québec, celui des Jésuites depuis que celui-ci est occupé par les troupes anglaises.
Mgr. Laval ouvrit le Collège de dans une
maison achetée de Dame veuve Couillard,et où il instruisit huit Français et six Hurons, en qualité de pensionnaires, pour les éloigner du contact des sauvages.
Dans les commencements, l'instruction qui se donnait, dans cet établissement, se bornait à leur apprendre à lire, à écrire, le catéchisme, les prières, le chant grégorien, le service des autels, • . et les < i^ses françaises et latines allaient chez les Jésuites, où les jeunes gens terminaient leur cours d'études classique, après quoi ils revenaient faire leur cours de théologie au Grand naire, ou allaient à l'établissement de St. Joachim, apprendre l'agriculture ou des métiers. (1)
(1) Mgr. de St. Valier, dans le com pie-rendu de la visite qu'il fit du diocèse de Québec en 1CS7, dit : •' mon principal soin, dans le Cap Tourmente, fut d'examiner, l'on après l'autre. 31 enfants que deux ecclésiastiques du Séminaire de Québec y élevaient, et dont il ,- en avait 10 qu'on appliquait à l'étude, et le reste à des métiers : l'eloignement où ils étaient de leurs parents et de toute compagnie dangereuse, ne contribuait pas peu à le.- consenrer dans l'innocence." — Cette dernière observation, de la part d'un saint évéque qui a tant t'ait poulie bien du Canada, s'applique favorablement à toutes nos institutions classiques Bises à la campagne.
Les élèves du Collège de Québec continuèrent d'aller ainsi chez les Jésuites jusqu'en 1759.
En 1700, il y avait 80 pensionnaires au Collège de Québec, dit Lapotherie ; mais en 1705, la force des circonstances défavorables en réduisit le nombre à 57. Apres les vacances de 1757, on fut obligé de renvoyer les élèves, faute de moyen pour les nourrir.
L'année suivante, malgré la disette, le Séminaire en prit 20 des plus pauvres, et incapables de continuer leurs études au dehors du Séminaire. C'était des élèves en rhétorique et en philosophie. Parmi eux se trouvait Pierre Denaut, né à Montréal en 1743, plus tard dixième évêque de Québec, et l'un des fondateurs du Collège de Nicolet, en 1804.
Cependant, la guerre qui se continuait entre la France et l'Angleterre, tenant leurs colonies voisines, en Amérique, généralement sous les armes, et les combats, qui devaient décider du sort du Canada, étant devenus plus fréquents, plus acharnés, et plus concentrés sur Québec, le Séminaire se vit obligé de fermer ses classes, et de voir ses élèves, pour la plupart, s'enrôler pour la défense de la place.
MM. les directeurs Gravé et Pressard emmenèrent avec eux, à Montréal, les ecclésiastiques et ceux des autres élevés qui voulaient continuer leurs études et avaient les moyens de s'y rendre et d'y payer pension. Ces zélés éducateurs continuèrent à Montréal leur œuvre de l'enseignement jusqu'après la cession du Canada à l'Angleterre, en 1763, Ils retournèrent en cette année à Québec, et les classes furent rouvertes après que le Séminaire eût fait subir au collège les réparations néces-
saires. Ou ne put, toutefois, y admettre des pensionnaires qu'en 1765, et le premier, sur la liste, était Michel de Salaberry, père du héros de Châteauguay, nom canadien glorieusement attaché aux victoires signalées remportées sur les Américains pendant la guerre de 1812, entre l'Angleterre et les Etats-Unis d'Amérique.
Outre le Séminaire de Québec, -Mgr. Laval fit construire un bel édifice à Château-Richer, où il voulait établir une maison d'éducation pour les garçons, et une maison de 150 pieds pour les Dames de la Congrégation auxquelles ils voulait procurer 40 pensionnaires ; mais l'incendie du Séminaire de Québec, arrivé en 1705, interrompit ses travaux.
Ces bâtisses, rétablies vers 1830, par Messire Maillargeon, alors curé de Château-Richer, aujourd'hui évéque de Tloa, et administrateur de l'archidiocèse de Québec, ont été restituées, en partie, à leur destination primitive, puisqu'on y fait les principales écoles de paroisse.
Mgr. Laval a eu deux fois lu douleur de voir le Séminaire de Québec incendié avant sa mort, arrivée en Mai 1708 ; mais il eut, nonobstant, la consolation de laisser cette fondation appuyée sur une base solide et durable. Disons que les MM. du Séminaire ont bien su la consolider dans toutes ses parties, depuis le décès de l'illustre fondateur de cette maison importante. (1)
Xé d'uue famille distinguée, Mgr. Laval en avait toutes les vertus, et son esprit de progrès littéraire et matériel
(1) Le séminaire de Québec, en comptant les magnifiques bâtisses que se3 membres ont fait ériger pour l'usage de l'Université Laval, est estimé à plus de £100,000.
n'était pas celle qui se faisait le moins remarquer en lui, parmi tant d'autres également honorables. Premier évêque du Canada, il y fut aussi le premier apôtre de la tempérance et le premier agronome. Outre ses travaux apostoliques, si glorieux pour sa mémoire et pour l'Eglise du Canada, tout le monde connaît les combats qu'il a soutenus contre l'intempérance, et contre ceux dont le commerce des boissons spiritueuses la favorisait parmi les sauvages et les colons.
Tout le monde connaît aussi le bel établissement agricole, sis à St. Joachim, sur la ferme des prêtres du Séminaire de Québec, où les membres des Séminaires et du Collège de Québec vont, tons les ans, se reposer de leurs travaux et retremper leur courage, tout en prenant part à la culture des champs et à la mise à exécution du meilleur plan d'une ferme-modèle. Eh bien, cet établissement si agréable, et surtout si utile aux propriétaires qui le dirigent, et si glorieux au district de Québec, doit son existence à Mgr. Laval qui, dans sa sage prévoyance, a voulu consacrer un lieu commun de retraite, de repos et d'observation, sur une des parties les plus romantiques et les plus salubres des bords pittoresques du beau fleuve 8t. Laurent, pour les membres des Séminaires et pour les élèves du Collège de Québec.
Or, ce magnifique établissement, qui doit son existence et sa prospérité au Clergé catholique, qui est dirigé par de ses prêtres les plus érudits, ne coûte rien au budjet, ni aux sociétés d'agriculture, pour en éclairer la marche et en diriger l'opération, et, cependant, il est tout à la fois un lieu d'agrément, une source de revenus et un modèle auquel les méthodes perfectionnées peuvent, sans
dépense et sans effort aucun, emprunter tous les jours quelque chose d'utile. Cet établissement est donc tout en même temps glorieux pour le clergé et exemplaire pour nos cultivateurs.
Vingt-deux terres sont attachées à l'établissement de St. Joachim, lesquelles sont autant de fermes-modèles, et dont onze sont louées à des cultivateurs choisis et expérimentés, qui les cultivent sous les auspices des MM. du Séminaire de Québec, et cnze autres sont cultivées aux frais et h la responsabilité immédiate de ce Séminaire. Ces 22 terres sont les plus belles de la paroisse de St. Joachim, et l'on peut dire qu'elles sont les plus profitables à leur propriétaire. Le profit de ces terres constitue une des ressources principales du revenu du Séminaire de Québec, et l'on sait le noble usage qu'il en fait. Ces revenus, comme ceux du Séminaire de St. Sulpice de Montréal, sont tous employés pour le bien de la religion et pour l'avancement de l'éducation dans le pays.
Bu faisant l'historique des travaux et des fondations de Mgr, Laval, il est juste de faire observer qu'il est un homme qu'on ne peut guères séparer de cet illustre pontife ; c'est Messire Ango des Maizerets qui était compagnon de voyage de Mgr. Laval, lors de son arrivée à Québec en 1G59, qui fut son ami et collaborateur; et l'un de ses Chanoines les plus éclairés Si l'on peut dire que M, Maizerets a contribué beaucoup à former l'auréole de gloire dont est entouré le nom de Mgr. Laval, on peut dire aussi qu'il a grandement contribué à établir la haute réputation dont jouissent les Séminaires et le Collège de Québec,
Il est sorti du Collège de Québec des sujets très habiles dans toutes les sciences, et qui se sont distingués dans le clergé et dans les autres professions savantes, surtout dans la médecine et dans le barreau.
NN. SS. les évêques Desgly, Hubert, Bailly, Plessis, Denaut, Deniers, Panet, Signay, Tnrgeon, Gaulin, Horan, et les deux frères Blanchet, Frs. Norbert, archevêque de l'Orégon-City, et Magloire, évêque deNesqualy, sont sortis du Collège ou Séminaire de Québec. (1)
MM. Brassard, Girouard et Fainchaud, respectivement fondateurs des Collèges de Xicolet, de St. Hyacinthe et Ste. Anne, sont aussi sortis de cette institution antique et justement estimée.
Le nombre ordinaire d'élèves qui fréquentent le Collège classique de Québec est au-dessus de 300, annuellement, et pour se convaincre du degré de connaissances positives qu'ils y acquièrent, il n'est besoin d'assister qu'une fois ou deux à leurs examens privés et publics.
u Dès 1809, le cours d'expériences chimiques donne au Collège de Québec fut admiré des savants européens
(1) Outre les Canadiens résidant, qui contribuent avec tant de zèle et de succè9 à la prospérité de la mission de l'Orégon, un respectable citoyen du Bas-Canada, M. Jos. Laroque. qui fait en ce moment sa demeure à l'Ottawa-City. a généreusement contribué à l'établissement d'une espèce de Collège catholique à Wallamette, dans le territoire de l'Orégon.
Cet établissement, connu sous le nom de Collège St. Joseph, eu l'honneur du donateur, fut érigé par Mgr. Blanchet, et ouvert £ la jeunesse de son diocèse en Octobre 1343. Messire Langlois fut chargé de la direction de ce Collège, tout en remplissant tout à la fois les devoirs de missionnaire. M. Langlois, élève du Collège de Ste. Anne, est Canadien, ainsi que NX SS. Blanchet, et M. le Grand Vicaire Brouillet, engagés dan3 la même mission. Outre les deux évéques susdits et la plupart de leurs prêtres, cette belle mission compte un bon nombre de Canadiens-Français, et de nouveaux établissements sont en voie de progrès rapide.
qui étaient étonnes que la collection d'instruments fût aussi complète, et disaient que les expériences ne se faisaient pas sur un plus grand plan dans les Universités d'Europe." Je puis dire, au moins, que celles dont j'ai été témoin en 1835 et subscquemment, au Collège de Québec, n'étaient pas inférieures à celles que j'avais suivies 14 et 10 ans auparavant, au Collège de Middlebury et à l'Université Dartmouth. (1)
Le Collège de Québec, qui est maintenant uni à l'Université Laval, a l'usage d'une bibliothèque qui renferme plus de 15,000 volumes très bien choisis, et d'un cabinet de physique qui a coûte plus de «£2,500.
Le Collège de Québec a, en outre, l'usage d'un laboratoire richement fourni d'instruments de toutes les espèces, pour les expériences de physique et do chimie. M. le Grand Vicaire Demers et .M. l'abbé Holmes ont mis ce département de la science sur un pied d'uniformité et d'efficacité qui ne laisse rien à envier aux meilleures institutions classiques établies sur le continent de l'Amérique, et les continuateurs de l'œuvre de ces deux hommes, distingués sous tous les rapports, n'épargnent rien pour y faire les améliorations que le progrès de la science et l'esprit de progrès indiquent tous les jours. (Voir l'article sur l'Université Laval.)
(1) L'Université Dartmouth, sise à Hanover, Etat de Xew-Hampshire, fut foudée parle Comte de Dartmouth en 1769. Elle jouit d'une grande réputation comme institution classique et médicale. C'est à cette Université que le K. P. Barber, converti au catholicisme, avait reçu son éducation classique.
La fondation du Collège de Middlebury, Etat de Vermont, date de
1800, et celle de l'Université de Vermont, sise à Burlington, à 60
milles de distance, date de 1701. Ces deux institutions florissantes,
ainsi que le Collège de Castleton, établi en 1815 à 40 milles au sud-
llebnry. dans le- même Etat, sont bien favorablement