ÉCOLE DES SOURDS-MUETS A MONTRÉAL
En 1832, le Parlement du Bas-Canada passa une loi héciale, l’acte 2e Guil IV. ch. 20, pour l’établissement ‘me école pour les sourds-muets à Québec, sous l’haile direction de Donald McDonald, Ecr., élève du coiige de Québec. |
M. McDonald alla se former, pour cette fin, à Hartxd, dans l’Etat de Connecticut, en prenant des leçons e M. Clerc qui avait été lui-même élève de l’abbé Siard, successeur du célèbre abbé Charles-Michel de l’Ee, inventeur de la méthode de l’enseignement des urds-muets en France. (1)
Après quatre années, la Législature cessa malheureument de subventionner cette école si utile et déjà flosante, et elle fut discontinuée faute de moyen. Elle formé plusieurs élèves dont un est un négociant pros-
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au fait qi (1) Roch Ambroise Cucurron, abbé Sicard, né en 1742, mourut en 22. L'abbé de l’Epée auquel il succéda avec tant de succès dans une autre neignement des sourds-muets, naquit en 1712, et mourut en 1790.
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père à Québec, et un autre s’était consacré à Ll’instry. tion de ses compagnons d’infortune. C'est M. Carr, qui n’a survécu que peu de temps à cet acte de dévow. ment si méritoire.
La Législature allégua, pour raison de son refus de co. tinuer une allocation en faveur de cette école, qu’elk était trop dispendieuse à la Province. Cependant, por rendre moins odieux ce refus inopiné, on exprima ‘le re; gret de ne pouvoir continuer l’allocation, en promettant de rétablir, dans des circonstances plus favorables, cett importante école.”
En 1836, M. le Supérieur du Collége de St. Hyacir the, Jean Charles Prince, aujourd’hui évêque de 8! Hyacinthe, voyant l’école des sourds-murts tombée et}: besoin d’en avoir une sur pied dans le Bas-Canada, at la généreuse pensée d’adjoindre au pensionnat de « collége, une nouvelle école pour l'instruction des garçon
sourds-muets, et appela, pour la diriger, ce même ME
Carron, élève de M. McDonald. Ils sont tous deux dé funts ainsi que M- Clerc, déjà depuis plusieurs années.
Afin de pouvoir admettre gratuitement à cette écok]
un certain nombre de sourds-muets pauvres, on s’adre sa à la Légisiature pour en obtenir une aide pécuniair, mais ce fut en vain. Les Législateurs, trop préoccuph alors de leurs ardentes constestations politiques, ou nt purent pas s'occuper effectivement de cette demand, ou ne trouvèrent pas les circonstances assez fa vorabla pour rétablir l’importante école des sourds-muets. L corpuration du collége de St. Hyacinthe fut donc obligée après trois années de sacrifices, de renoncer temponi rement à Cétte bonne œuvre, si généreusement ent prise,
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En 1848, Mgr. Ignace Bourget, deuxième #vêque de à L’inhtrut. Montréal, qui s’était déjà fort intéressé à l’école des M. Car, sourds-muets établie à Québec et à celle établie subséde dévone. Mi auemment à St. Hyacinthe, alors compris dans son vaste diocèse, voyant que la Légisiature ne paraissait pas disfus de co. posée à s’occuper du triste sort de 1500 s urds-muets le, qu’elle que comptait déjà alors le Canada, entreprit de fonder, ndant, por Mur l'instruction de ces infortunés, une école double, pour les deux sexes, dont la direction fut offerte à M. Charles Irénée Lagorce, alors curé de St. Charles sur la rivière Chambly.
Ayant abandonné sa cure pour se consacrer à cette œuvre humanitaire, M. l’abbé Lagorce se rendit auprès de M. McDonald, l’ancien decteur de l’école des sourds-
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tombée etkMnuets à Québec, pour en recevoir quelques renseigne- Canada, eMuents, ef, en Novembre 1848, il put, avec l’assistance onnat de lid'un jeune sourd-muet, M. Reeves, ouvrir cette troisiè-
me école, dans un hospice d’orphelins au faubourg Québec de Montréal.
Durant 18 mois, l’école des sourds-muets tenue en et endroit fut fréquentée par une dizaine d’élèves, dont trois seulement purent payer une partie de leur penion. Le produit de quelques bazars et la charité publique furent, pendant ce temps, les principales ressour- Les de ce nouvel établissement.
Au mois de Mai 1850, l’école fut transportée du fau- , demandeourg Québec au Côteau St. Louis, vw/go Mile-end, à enfa vorabialiron un mille hors de la ville, dans une bâtisse à demi-
uets. Lltrminée, érigée sur un terrain assez spacieux donné à nc obligtMEvèque de Montréal pour des fins religieuses et d’édus temporiE" ion, par M. le Dr. Pierre Beaubien de cette ville. On
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a érigé depuis une belle église catholique, à côté même de cette maison d’école, pour l’usage de ce populeux quartier.
Depuis le mois de Mai 1851, jusqu’au mois d’Octobr 1852, M, l’abbé Lagorce fut obligé d’interrompre sn école de garçons sourds-muets, pour aller visiter les'prin. cipales institutions des sourds-muets en France, y étu. dier les meilleures méthodes d'enseignement, et se pr. curer un maître bien formé au langage des signes, le seul, ajouté au langage des gestes, dont puissent se ser. vir les sourds: muets, pour communiquer leurs idées et comprendre celles d'autrui. Cet habile maître, du non de William Young, anglais et sourd-muet de naissance, est actuellement enseignant au Côteau St, Louis, pri Montréal.
En 1853, le parlement provincial commença, la pre mière fois sous l’acte d’union, à favoriser l'institution des sourds-muets à Montréal, par une allocation annuelle de £150 qui a été heureusement continuée jusqu’à ce jour.
M. l’abbé Lagorce a sacrifié les revenus d’une bell cure, et l’on peut dire sa santé pour le succès de cette œuvre de philanthropie et de bienfaisance chrétienne En se livrant, pour se former et pour en former d’autra spécialement, pour l'enseignement des élèves qui fé quentent les écoles des sourds-muets des deux sexes te nues à Montréal, il ne put continuer d’en prendre la dr rection.
Ainsi, en 1856, M. l’abbé Lagorce, dont la santé étal très affaiblie par les fatigues de ce pénible enseigne ment, fut obligé d’abandonner la direction de l’école d Côteau St. Louis pour la confier aux Clercs de St, Vi
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teur, ordre re'igienx auquel appartient Frère William Young qui a généreusement quitté su patrie pour venir instruire, en Canada, ses compagnons d’infurtune.
Aujourd'hui que l’cole de gurçons sourds-mnets ant Côtenu St. Louis, est remise aux muins des Cleres de St, Viuteur, M. l’ubhé A. J. Duhaut en est le Directeur, ayant, comme instituteurs aidant, les Frères William Young et Alfred Bélanger, sous la supéri rité du R, P. Lahaye, tous d' l’ordre de St, Viateur.
En 1856, Mgr. l'Evêque de Montréal adressa une circulaire à ses diocésuins en favrur des écoles tenues en son diocèse pour les sourds-muets des deux sexes, et comme toujours, lorsqu'il s’agit de quelque bien à faire, les fidèles répondirent généreusement à l’appel qu’il fit
| à leur charité pour le succès de cette œuvre de bienfai-
sance chrétienne. Cet appel était d’autant plus à propos que le zélé fondateur avait moins de ressource à sa disposition, et que la Législature ne lui était pas suffsamment venue en aide pour le mettre en état d’accomplir, aussi utilement que désirable, sa tâche humanitaire si heureusement commencée, |
Cette année, il n’y a que 12 élèves pensionnaires à l'ecole tenue au Côteau St. Louis pour les garçons sourdsmuets, mais plusieurs sourds-muets de la ville y vont recevoir aussi, à certains Jours, des instrictions particulières avec plus où moins de succès, suivant le degré de leur intelligence et le temps qu’ils donnent à leurs ingénieux instituteurs pour la cultiver.
L'école établie pour l’instruction des filles sourdesmue tes, est confiée aux religieuses de la Providence, et elles s’acquittent également bien de cette tâche difficile
et méritoire. L'année dernière, cette école comptait 95 élèves, mais celle des garçons n’était pas aussi nombreu. se, sans doute, en partie parce qu’on n’avait pas encore complété les arrangements nécessaires pour rendre cette école aussi commode et profitable que possible aux él. ves. Les moyens ne permettaient pas de le faire. et il peut se faire aussi que les parents de ces infortunés re. buts de la nature n’aient pas eu eux-mêmes le moyen de les envoyer à l’école. Des parents sont même obligés d'utiliser au foyer domestique leurs enfants sourds. muets, en les faisant travailler suivant leur capacité respective, afin de pouvoir leur procurer plus sûrement leur subsistance.
Souvent, dans le cours ‘2 mes visites, j’ai été témoin de circonstances pénibles qui m'ont porté à m’enquérir des parents et des voisins, à l’égard des enfants qui ne fréquentaient pas les écoles, et j’ai pu me convaincre aisément que la pauvreté des parents en était seule la cause, même lorsque les écoles établies pour leurs enfants étaient tenues dans le voisinage. Il fallait, nonobstant, vêtir décemment ces enfants et les nourrir sans en obtenir aucun service, et les parents ne pou: vaient pas le faire convenablement.
Or, cette gêne, pour ne pas dire cette impossibilité, se fait bien plus sentir à l’égard des enfants sourds-muets qu’à l’égard des autres, parce que, pour les envoyer à Pécole, il faut presqu’invariablement les déloger et les éloigner, quelquefois considérablement, du toit paternel, et parce qu’il n’y a qu'une seule école pour les enfants sourds-muets de chaque sexe dans toute la province.
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Ces faits, plus connus que pesés, sont plus que .suffsans, ce me semble, pour porter notre Législature à approprier une certaine somme pour venir en aide, nonseulement aux dignes instituteurs de ces écoles, mais encore aux parents dont la pauvreté ne leur permet pas de faire seuls tous les frais nécessaires pour envoyer à l’école leurs enfants sourds-muets. On le fait bien pour aider à former des instituteurs, lorsque nos divers collèges et lycées envoyent chaque année, au milieu de nous, nombre de sujets instruits et capables de prendre utilement part dans l’enseignement pratique, sans avoir jamais fréquenté une école normale, et je ne vois pas pourquoi notre Législature, autrement si libérale et généreuse, ne consacrerait pas une somme convenable pour aider efficacement à rendre à la société et à Dieu, ces sujets dégradés de la nature, en les mettant, par l'instruction et le développement de leur intelligence, en communication moraie et intellectuelle avec les deux. Sans instruction, ils en restent isclés et comme rebutés, et,avec l’instruction, chrétienne au moins, on les initie heureusement au sein de l’une et de l’autre.
Plusieurs fois j’ai recommandé, dans mes rapports d’éducation, et notamment dans celui de 1818, à la législature de la Province unie, l’appropriation d’une certaine somme pour aider à établir et à maintenir en opération des écoles pour l'instruction des sourds-muets, dans un établissement provincial, mais la nécessité d’un enseignement religieux séparé, pour les catholiques au moins, et quelques autres difficultés inséparab!es de l’entreprise, et qu’on s’est sans doute exagérées démésurément, ont empêché l’établissement de ces écoles sous
les isénices de la législature, Ainsi, les écoles heureu. sement établies aujourd’hui dans le Bus Can:da, pour l'iustruchion des suurds-muets des deux sexes résidant duus la province, sont une fondution toute catholique, confiée entièrement aux svins charitubles du clergé du divcèse de Montréal.
Esjérons, toutefois, que la législature du Canada, plus c'airvoyante et plus favorablement impressi nnée, à la vue du besvin de tant d’infurtunés, à la vue de tant de sympathie montrée à leur égard, à la vue de tant d'efforts spontanés et de tant de sacrific s généreux faits pour changer leur condition et leur faire un meilleur sort, se laissera appitoyer, etappropriera enfin une sowme convenable pour ce d uble objet.
D'ailleurs, le compte-rendu suivant, emprunté à la Minerve, journal de Montréal, fera mieux connaître que tout: autre observation ce quilest important de savoir relutivement à cette instit tion. Il n’y est question que de l’école de garçons sourds-muets ; mais, ce qu’en dit l'auteur, s’applique avec avtant d’intérèt et de force, à l’école de filles tenue par ‘:s Sœurs de la Providence maintenant en la paroisse de la Longue-Pointe, à même distance de cette ville, pour ies filles sourdes-muettes.