TOAST DE H. ROBERT SURCOUF
Messieurs,
Tous ceux d'entre vous qui ont assisté au banquet qui clôtura, il y a sept ans, les fêtes données en l'honneur du Cinquantenaire de la mort de Chateaubriand, ont gardé le souvenir du toast si an, si éloquent, de M. Ferdinand Brunetièro, de l'Académie française.
Après avoir, avec une bonne humeur charmante, passé en revue un certain nombre des villes de France où le hasard des circonstances pourrait l'amener à adresser des remerciements et des compliments aux habitants, il nous dit:
« A Marseille, aux Marseillais, je dirais : votre ville est une des « plus antiques de France et vous aviez 600 ans d'histoire avant « Jésus-Christ.
« A Lyon, vous êtes la ville de la Renaissance et de la Soie.
< Aux habitants de Blois, je vanterais l'aspect particulier de leur « ville, qui 3 tissu pour ainsi dire sa propre histoire dans l'histoire « de nos rois.
• A Toulouse, je trouverais bien aussi quelque chose à dire ».-. (et ce n'est pas M. l'amiral Leygue qui l'aurait démenti î)
• A Saint-Malo, qui compte tant d'hommes illustres », et d'un geste large, dans un mouvement d'éloquence émue, salnant d'un mot précis, qui était toute une histoire, chacun des grands hommes qui pendaient au mur dans leurs cadres, évoquant invinciblement en nos esprits la scène des portraits d'Hernani ; ■ à Saint-Malo, B dit-il, que voulez-vous que j'ajoute à cette énumération sinon de « vous dire : Messieurs les Malouins, continuez ! »
Le compliment était à coup sûr Hatteur, mais il n'allait pas sans quelque ironie malicieuse.
POUR LERBCnON DU MONUMENT DB JACQUES CARTIER 51
Aujourd'hui, permettez-moi. Messieurs, de reprendre ce mot, en lui doDnant un autre sens.
S'il est vraiment présomptueux et surtout difficile de vouloir imiter les héros, alors que les temps héroïques ue sont plus, c'est toujours un devoir sacré pour nous de les célébrer et de les honorer.
Quatre de nos grands hommes seulement dressent à l'heure qu'il est leurs statues sur nos places ou sur nos murs: Duguay-Trouin, Chateaubriand, Robert Surcouf et Jacques Cartier, que nous allons inaugurer tout à l'heure.
C'est peu pour une ville qui compte tant de gloires de toutes sortes, car combien sont-ils encore d'illustres et qui attendent.
Et Lamennais, et Porcon de la Barbinais, et Maupertuis et Mahé de la Bourdonnais, et André Desilles, et Broussals, et La Mettrie, et Trublet, et tant d'autres...
Ah ! Messieurs, nous pouvons nous écrier, non sans fierté, avec Chateaubriand dans ses Mémoires d'Outre-Tombe : « Tout cela n'est pas trop mal pour une enceinte qui n'égale pas celle du Jardin des Tuileries! »
A quand donc, Messieurs, votre Panthéon Malouin ?
Vous avez commencé, Messieurs les Malouins, continuez !
Je lève mon verre aux jours que je souhaite prochains, où Saint- Malo rehaussera d'une ceinture de bronze sa ceinture de pierre !
Je bois à mes collègues du Parlement, qui ont honoré cette fête de leur présence, aux représentants do l'armée et de la Marine, au Président du Comité, à M. l'amiral Leygue, qui porte un nom si sympathique au Parlement, à la Marine du passé que je ne sépare pas de celle de l'avenir.
Je porte la santé de M. le Ministre du Canada, Turgeon, dont nous connaissons depuis longtemps la situation prépondérante dans son pays et qui était précédé chez nous par la sympathie que nous avons pour son parent, le distingué professeur à la Faculté de Droit de Rennes ; à M. le Maire de Saint-Malo, notre aimable amphytrion, et à la ville de Saint-Malo ! !
On applaudit à l'espoir que nous ouvre le toast de M. Robert Surcoût de nous retrouver à pareille fètc pour une nouvelle statue, et c'est maintenant au tour de M. La Chambre, député de la première circonscription de Saint-
HÉMOniAL DES FÊTES FRANCO-CANADIENNES TOAST DE H. O. LA OHAHBRE
SaD9 vouloir anticiper sur les discours qui seront prononcés tout à riieui'o â la cérémonie d'inau^ration, je cède au désir d'adresser dès maintenant de chaleureuses félicitations au Président et aux Membres si dévoués du Comité qui s'est forme pour l'érection d'un monument à Jacques Cartier. Ils doivent êitre remerciés d'autant mieux que leur tâche a été plus laborieuse et plus difficile ; et après avoir été si longtemps à la peine, ils ont bien mérité d'être enfin aujourd'hui â l'honneur. Le paya malouin tout entier, le département d'Ille-et-Vilaine, la France elle-même, et jusqu'au Canada s'associent à cette fête, qui prend ainsi un caractère de solennité particulière ; le salut de l'escadre à la terre natale du grand navigateur vient en achever le couronnement.
Aux yeux de tous, Jacques Cartier apparaît comme le bardi pionnier, comme l'illustre découvreur de la Nouvelle-France, cette terre qui fut la plus ancienne colonie de la mère-patrie. Pour ses concitoyens, il est cela, et il est aussi quelque chose de plus : il personnifie et il symbolise pour ainsi dire celte race de vaillants marina de nos côtes qui se sont fidèlement transmis de siècle en siècle les glorieuses traditions du grand ancêtre.
C'est Duguay-Trouin faisant, à la tête d'une escadre française, le siège fameux de Rio-de-Janeiro. Ce sont les capitaines malouins de la Compagnie des Indes apportant un tel degré de prospérité à la Cité, qu'elle est en mesure de prêter trente millions â Louis XIV; — ce sont ensuite nos hardies générations de corsaires qui, pendant un siècle et demi, exercent sur les mers un véritable empire !
Enfin, Jacques Cartier a montré â ses compatriotes le chemin de ce qu'on appelait à l'époque les « terres neuves a ; depuis, dans ces parages, nos vaillants pêcheurs n'ont pas cessé de poursuivre leurs périlleuses campagnes ; ils en reviennent aguerris, prêts à former l'élite des équipages de cette belle escadre qui est sur notre rade-
A tous ces signes divers, il n'est pas possible de se méprendre : c'est bien là toujours le sang de Jacques Cartier!
Mais, en même temps que la cérémonie d'aujourd'hui est la fête de notre grande famille maritime, l'éclat s'en trouve encore rehaussé par la présence de l'honorable Ministre des Terres de la Province de QuÉbee et des membres insignes de la délégation canadienne que nous sommes heureux de saluer ici.
Ils noua apportent comme le témoignage vivant de l'œuvre entre-
POUR l'érection du monument de JACQUES CARTIER 53
prise par Jacques Cartier au delà de l'AlIantique, et ils ont tenu à venir renouer, au milieu de aous, La chaîne de tradition qui les unit à notre commun ancêtre.
N'eat-ce pas à eui tout particulièrement que semble s'appliquer ce beau vers du poète :
Tont homme a deux pays : le sien, et pais la France I
Admirons, Messieurs, ce grand exemple de fidélité à la mère-patrie que donnent nos trèrea d'outre-mer, et levons nos verres à la proapéritë des deux pays : au Canada, à la France!
Od applaudit vigoureusement ces nobles sentiments. Si le Comité avait eu la parole, ce jour-là, son Président aurait remercié celui qui a droit à tous les remerciements, qui veut bien donner des éloges et qui en mérite tant pour son actif et inlassable dévouement, sa large générosité, son zèle constant.
Mais voici que M. Hector Fabre est debout. Le Commissaire Général du Canada à Paris est un Canadien de bonne race, nous le savons ; c'est un Méridional aussi et du meilleur crû, nul n'en peut douter. C'est par le a bouquet o de son toast élégant et spirituel que s'acbèvera le feu d'artifice d'éloquence, qui a pétillé avec le vin de Champagne.
Voici les paroles prononcées par M. Fabre ; il y faudrait encore le ton qui en soulignait la malice et la mimique qui en rehaussait l'accentuation spirituelle.
TOAST DE L*HOHORABLE HECTOR FABBE
Je suis heureux de répondre à votre appel, Monsieur le Président; cependant, j'ai un léger reproche à vous faire : vous m'appelez à parler après des orateurs éloquents. Au début de ma carrière, un de mes maîtres me disait : • Ne prenez jamais la parole après un orateur éloquent ; attendez les autres, ils surviendront toujours, et alors n'hésitez plus. ■
Je voudrais tout de même, M. le Maire, voua remercier, au- nom des Canadiens, du concours que vous avez prêté à l'œuvre qui