CHAPITRE PREMIER
Principe» yënëraux relatiCi aux tracëii.
SECTION PREMIÈRE
Tracé des ouvrages considérés isolément.
1. L'objet de la fortification est de mettre un certain nombre d'hommes en état de résister k un nombre plus considérable.
2. La première chose k faire quand on est trop faible pour lutter corps à corps avec son ennemi, c'est de le tenir k distance; la seconde, de se couvrir, pour se mettre k l'abri des traits qu'il peut lancer ; et la troisième , de se ménager l'avantage de la mobilité et du développement de ses forces.
De ces troiîs considérations, qu'on peut regarder comme autant de principes, découle naturellement la forme des différents ouvrages de fortification.
C'est akisi que , pour tenir son ennemi k distance , on creuse un fossé ; que, pour se dérober k ses coups , on se sert des terres qui proviennent de l'excavation pour en
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faire un masque; et qu'en «'élevant sur cette terrasse, on se donne l'avantage physique de la position.
Plus le fossé sera large et profond , nâeux il atteindra son but; il y a cependant des limites fi^^ées par la nature même de la chose , et par les moyens d'exécution.
Les terres provenant du fossé formeront un massif qui résistera d'autant mieux aux armes de Tattaquant , qu'il sera plus épais; et, d'un autre côté, ce même massif favorisera d'autant mieux le^ coups des défenseurs , qu'il sera plus élevé. Il semble donc d'abord qu'on doit le faire le plus épais et le plus élevé possible , ce qui s'accorderait parfaitement avec ce que nous venons de dire du fossé; mais ce massif ne doit pas dépasser non plus certaines limites, ni dans son épaisseur, ni dans sa hauteur. Ainsi, par exemple , si l'arme dont l'assaillant doit se servir ne peut péliétrer les terres que de deux à trois mètres, il est inutile de donner au massif plus de quatre mètres d'épaisseur. En second lieu, il faut que, sans trop se découvrir, on puisse diriger ses coups sur l'ennemi qui aurait atteint le bord du fossé ; de Ik , une limite pour la hauteur du ](néme massif, limite qui dépend, comme on le voit, de la largeur du fossé.
Profil primitif.
3. C'est en remplissant toutes ces coh^ditions que l'expérience a fixé, dans les différentes circonstances, les dimen-r sions et la forme du massif couvrant auquel on donne le nom de parapet ; elle a fixé de même la largeur et la profondeur du fossé.
Quelle que soit l'arme dont se serve l'assaillant, il faut toujours être également à couvert derrière le parapet; d'où il suit que, toutes choses égales d'ailleurs, le parapet doit
loojours avoir la même bauteur ; aiusi AB est une quantité constante ordinairement de 2"',50 (fig. 1). Il n'en est pas de même de la largeur BC ; elle varie suivant la force des projectiles auxquels le parapet doit résister.
La hauteur moyenne de Thomme étant une quantité fixe, la distance de la petite terrasse ou banquette DE, audessous du point À, est également une quantité constante lovariablement fixée à 1^,30; c'est la hauteur nécessaire pour qu'on puisse tirer par-dessus le parapet. La rampe EF, qui conduit sur cette banquette, a toujours une base GF, double de sa hauteur EG.
On donne ordinairement un mètre de largeur à la banquette.
Le dessus AI du parapet a une pente ou plongée, afin de laisser découvrir, de la tête aux pieds, l'ennemi qui serait arrivé sur le bord du fossé ; cette plongée est un mal nécessaire : je dis qu'elle est un mal, car il est évident que le parapet aurait beaucoup plus de force si l'angle  , dont le sommet prend le nom de crête intérieure , de ligne courvrante, ou de ligne de feu, n'était pas aigu. Pour conserver à cette crête une force convenable, on fixe au quart le maximum de la plongée AI , c'est-à-dire que IK ne peut pas être plus du quart de AK, et c'est Ih ce qui limite dans tous les cas, ainsi que nous l'avons dit au n^ 2 , la hauteur du parapet.
Pour assurer au côté AD une solidité suffisante, et permettre en même temps l'approche du parapet, on donne h ce talus intérieur 0"*,30 de base ; c'est donc encore là une quantité constante.
Le talus extérieur IH doit toujours se faire à terre coulante : sa pente varie donc suivant la nature du terrain ; cependant, dans les cas ordinaires, il ne s'éloigne pas beaucoup de l'angle de 45®, et on le fait toujours tel dans
le dessin des profils semblables k celui que représente la figure première.
La ligne d'intersection du talus extérieur HI et de la plongée AI , ligne qui se projette en I, se nomme la crête extérieure du parapet.
Le repos HL, nécessaire à la solidité de louvrage, est la herme. On ne doit lui donner que O^^'jSO de largeur, pour qu'elle ne facilite pas trop Tescalade ; sous ce point de vue mieux serait sans doute de n'en point mettre du tout; mais la berme est trop utile dans la construction du parapet pour se permettre cette suppression, et d'ailleurs elle retient les terres qui peuvent s'ébouler, éloigne la poussée, et contribue ainsi k la solidité de l'ouvrage. Cette berme, construite ordinairement sur le terrain naturel, doit, dans tous les cas, être au moins de deux mètres plus basse que la crête intérieure, pour que l'ennemi, arrivé dessus, ne puisse pas plonger dans l'ouvrage.
Le talus LN est Yescarpe du fossé ; le talus MO en est la contrescarpe. Ces deux talus varient d'inclinaison sui^ vant la nature des terrains, les moyens qu'on a de les soutenir, et la durée présumable de l'ouvrage. Si cet ouvrage doit être stable pendant plusieurs saisons, et qu'on n'ait aucun moyen de consolider les terres, les talus d'escarpe et de contrescarpe seront k terre coulante ; mais quand il ne doit durer qu'une campagne, et qu'il est construit en terrain ordinaire , on peut faire ces talus au tiers ou au quart, c'est-k-dire que leur base aura le fiers ou le quart de leur hauteur.
Quant k la largeur et a la profondeur du fossé, ce sont des quantités variables suivant l'épaisseur du parapet; nous verrons par la suite la manière de fixer ces dimen«siens.
On fait quelquefois subir une modification au profil
primitif, en ne lui donnant point de banquette, et fort peu de plongée ; c'est lorsque le parapet ne doit servir que de masse couvrante : on lui donne alors le nom d'épaulement. L'artillerie se sert d'épaulements pour couvrir ses batteries ; et l'on en élève quelquefois pour garantir les escadrons des ravages du boulet pendant tout le temps qu'ils restent dans Tinaetion.
4. Les ouvrages qui doivent durer des années constituent la fortification permamnte ; ceux qui ne sont destinés à rester sur pied que pendant l'espace d'une campagne appartiennent k la fortification passagère. Les uns et les autres sont également du ressort de Tingénieur militaire.
Dans la fortification permanente, on a tous les moyens de consolider, de polir et de perfectionner les ouvrages ; à la guerre, au contraire, ou manque souvent du nécessaire. C'est là que l'officier donne des preuves de son coup d'œil, de ses ressources, de sa patience et de son activité. Il faut qu'il fasse flèche de tout bois, qu'il sache mettre a profit tout ce qu'il trouve sous sa main , et tirer tout le parti possible des ouvriers qu'il dirige et des soldats qu'il commande. 11 doit faire travailler avec vigueur les hommes qui lui sont confiés , sans cependant trop exiger d'eux ; il évitera de leur donner des ordres qui se contrarient ; il saura allier la douceur avec la sévérité ; et il mettra dans les affaires une certaine rondeur ennemie de l'esprit minu- Jtieux qui cherche toujours une perfection intempestive, perd de vue l'ensemble pour s'attacher à des riens, consomme du temps et fatigue les agents subalternes. Mais, par-dessus tout, Tofficier du génie doit savoir se concilier l'attachement de ses subordonnés ; il faut qu'on le craigne et qu'on l'aime ; que son ajpprobalion fasse doubler de zèle, et que ses réprimandes ne restent pas sans efiet; qu'il soit tou-
jours sur ses travaux ; qu'il sache endurer le froid et les ardeurs du soleil ; qu'il ne craigne pas de se nnouiller ou de se salir ; qu'il soil toujours le premier arrivé et le derner à partir; qu'il s'assure de tout par lui-même, car on cherchera souvent à le tromper; enfin, qu'il ne dédaigne pas de manier quelquefois les instruments pour enseigner aux ouvriers le meilleur usage h en faire.
5. Nous avons fait connaître dans le n^ 3 la forme ordinaire du profil d'un parapet, sans rien fixer sur la nature de l'ouvrage auquel ce parapet doit appartenir; c'est-àdire que, quel que soit cet ouvrage, le profil sera toujours le même dans des circonstances semblables.
Nous avons dit en commençant que le défenseur devait chercher à se procurer l'avantage de la mobilité. Cela nous fait de suite voir qu'une disposition quelconque d'ouvrages de fortification, ou simple, ou composée, doit être convexe au dehors , c'est-à-dire du côté de l'ennemi , afin que le défenseur n'ait que les cordes à parcourir pendant que l'attaquant se mouvra sur des arcs d'autant plus grands que l'arme avec laquelle on lui résistera aura une plus grande portée. Et d'ailleurs il faut qu'un ouvrage défensif enve-loppe ceux qu'il doit protéger.
Les différentes manières de résoudre ce problème donnent naissance aux différents ouvrages ou retranchements connus en fortification. Nous ne parlerons que de ceux qui sont généralement employés à la guerre, et, pour les représenter , nous ne donnerons que la projection horizon-taie de la crête intérieure, en recommandant toutefois aux jeunes militaires de les dessiner avec toutes leurs lignes et exactement d'après une échelle connue, pour se faire une idée juste de l'espace occupé par les parapets et par les^ fossés.
Du Redon.
6. La manière la plus simple de disposer un ouvrage dont la convexité soit tournée du côté de Tennemi, est de le faire de deux branches ou faces qui se réunissent pour former un angle. Cet ouvrage, le plus minime de tous ceux qu'un ingénieur puisse être appelé à construire, a reçu le nom de redan.
L'angle BAC (fig. 2^)^ formé par les deux droites AB, AG qui se rencontrent au point A, est ainsi la projection horizontale de la crête intérieure d'un redan. La partie ouverte de ce redan en est la gorge. On voit donc que, pour donner quelque valeur à cet ouvrage, il faut en défendre la gorge, soit par d'autres ouvrages en arrière, soit par des obstacles naturels. Aussi n'emploie-t-on le redan que pour faire partie d'une ligne destinée à couvrir un camp ou un front de bataille, pour défendre -une avenue de village, une digue, un pont, etc.
Le principal défaut de cet ouvrage, considéré isolément, est d'avoir un fossé sans défense, et ce défaut, il le partage avec la plupart des ouvrages que Ton fait communément en campagne. De plus, il est un fait d'expérience, c'est que le soldat placé derrière un parapet fait toujours feu devant lui , perpendiculairement à la direction de ce parapet : ainsi, on verra qu'en élevant au point A les perpendiculaires AP, AQ sur les faces AC, AB, le secteur QAP sera privé de feux, et favorisera en conséquence l'attaque de l'ennemi. On remédie, en partie, à ce dernier défaut en construisant au saillant ce qu'on appelle un pan coupé; c'est un répaississement intérieur, qui ne change rien à la forme extérieure du parapet.
7. Plus Tangle BAC sera ouverl, moins le secteur privé de feux sera considérable; mais plus aussi, à mesure qu'on s'approchera de la ligne droite , on sera loin de donner à l'ouvrage la forme convexe au dehors. Il y a donc une limite à l'ouverture de l'angle, et nous la fixerons à 120 degrés, division sexagésimale.
Ce même angle est susceptible d'une limite inférieure que nous allons faire connaître. Plus il se rétrécit, mieux on satisfait à la condition de présenter au dehors une convexité bien prononcée , mais plus aussi l'espace intérieur diminue; le secteur QAP augmente alors, et l'angle saillant A, devenant trop aigu, n'est plu$ capable de résister aux grandes pluies , et bien moins encore aux coups de l'ennemi ; il forme une arête extérieure facile à gravir, et le grand rétrécissement rend impossible l'emplacement du canon vers le saillant. Toutes ces raisons réunies* font voir que l'angle A ne peut pas se resserrer au delk d'une limite, qui a été fixée par l'expérience à 60 degrés , c'est-à-dire b la moitié de la limite supérieure.
La limite de GO"" est applicable aux angles saillants de toute espèce d'ouvrages, en sorte que nous pouvons la poser pour première règle générale.